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16/12/2013 07:46 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Daniel Paillé démissionne de son poste de chef du Bloc québécois

MONTRÉAL - Le chef du Bloc québécois Daniel Paillé a officiellement annoncé, lundi à Montréal, qu'il a démissionné de son poste, guidé par les conseils de son médecin. «Je passe la main. Savoir partir, c'est maintenant», a-t-il lancé.

Atteint d'épilepsie, M. Paillé n'a pas voulu élaborer. Il a toutefois invité le parti à poursuivre la route sans lui. «Continuez, continuez, je vous le demande, poursuivez. Poursuivez le chemin, je rentre chez moi.»

Entouré de gens du Bloc québécois, il a rencontré la presse pour confirmer la nouvelle qui avait commencé à filtrer dans les médias au cours des dernières heures. Il a assuré que si ce n'avait été de sa maladie, «je serais sûrement là» encore.

Il a rapporté avoir ressenti des malaises depuis quelques mois et avoir consulté son médecin. Son épilepsie «est gérable et stabilisable, mais avec un rythme et un mode de vie plus stables» que ce qu'exige un poste de chef de parti politique, a-t-il relaté. Ceux-ci sont souvent appelés à voyager, à tenir des assemblées en soirée et les week-ends, en plus de prendre souvent la parole devant des groupes, ce qui nécessite «une énergie incroyable et une capacité à toute épreuve», a-t-il rappelé.

Il a donc avisé ses collaborateurs au cours des derniers jours. Et il a profité de sa conférence de presse pour rappeler qu'il a travaillé au «redressement» du Bloc québécois, amoché après la dernière élection générale. Le parti fédéral souverainiste compte tout de même 35 000 membres _ qui auront d'ailleurs droit de vote pour le choix du prochain chef, a-t-il précisé.

M. Paillé ne sait pas encore ce qu'il fera comme travail, mais rappelle qu'il a travaillé dans le domaine de la finance et de la gestion administrative pendant 32 ans, hormis ses six années en politique active. «Ce que je vais faire, je n'en ai aucune idée, a-t-il admis. Je vais prendre un recul reposant, profiter du temps et des gens qui m'entourent. Éventuellement, j'aurai une nouvelle vie professionnelle.»

Il pense tout de même rester actif au Bloc québécois, peut-être comme militant. «J'ai collé des pancartes en 1966 pour le RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale). Quand on est indépendantiste, on l'est toujours.»

Il ne jouera toutefois pas les belles-mères et, dans cette veine, n'a aucunement l'intention de prodiguer des conseils ou des préférences en vue de la prochaine course à sa succession. «Je ne me mêlerai absolument pas de qui va me remplacer», a-t-il prévenu. Les membres du Bloc le décideront.

Il a souligné la pertinence du Bloc québécois encore aujourd'hui. «À Ottawa, il est le seul à mettre en valeur et à défendre les intérêts du Québec sans compromis. Une nation ne peut vivre sous le contrôle d'une autre.»

Âgé de 63 ans, M. Paillé est devenu chef du Bloc québécois le 11 décembre 2011.

Il avait été élu député d'Hochelaga à la Chambre des communes en 2009, à l'occasion d'une élection complémentaire. En 2011, il avait été battu dans cette même circonscription montréalaise.

Auparavant, il avait siégé comme député à l'Assemblée nationale. Il a été ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie entre 1994 et 1996.

En vertu des statuts du Bloc québécois, Annie Lessard, présidente du Bureau national du parti, devient présidente intérimaire. Elle était d'ailleurs aux côtés de M. Paillé, lundi.

Le leader parlementaire du Bloc, André Bellavance, député de Richmond-Arthabaska, a souligné sa «grande déception» de voir son chef partir. «Lorsqu'il s'est présenté en 2011, on savait qu'on ramerait dans la 'gravelle'» pendant un certain temps, mais depuis, M. Paillé a fait un bon travail de redressement, a affirmé M. Bellavance.

Pour le Bloc québécois, la prochaine étape sera de réunir son bureau national, le 11 janvier, afin de déterminer la suite des choses. Un congrès est également prévu en 2014.

M. Bellavance est demeuré optimiste malgré le contexte. «Il n'y a pas grand monde qui donnait cher de la peau du Bloc quand Lucien Bouchard a quitté», a-t-il rappelé. Pourtant le parti a non seulement survécu, mais s'est fort bien tiré d'affaires, jusqu'à la dernière élection, où le Nouveau Parti démocratique lui a raflé pour l'essentiel la faveur des Québécois.

Réactions

Depuis Bruxelles où elle est en mission, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a remercié le chef bloquiste pour son travail de défense des intérêts du Québec. «Je veux le remercier pour ce qu'il a fait pour le Bloc québécois et pour le mouvement souverainiste. Je veux lui souhaiter bonne chance pour la suite des choses. Je pense que c'est toujours nécessaire qu'il y ait des gens pour défendre les intérêts du Québec. Tant qu'on ne sera pas indépendant, il y aura toujours un intérêt à ce que des gens défendent les Québécois sur la scène fédérale», a-t-elle commenté.

Sur Twitter, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a «souhaité un prompt rétablissement à Daniel Paillé au cours de cette période difficile».

Au nom du gouvernement fédéral, le ministre Denis Lebel a adressé un message personnel à M. Paillé. «Daniel, j'espère que tu recouvreras la santé rapidement et que toi et les tiens aurez une belle période des Fêtes et je te souhaite bien sûr une belle continuité de carrière et une belle continuité de vie.»

Le chef de l'Opposition officielle à la Chambre des communes, Thomas Mulcair, a souligné la «contribution» et le «dévouement à la vie publique» de M. Paillé. «Au nom de toute l'équipe du NPD, je lui souhaite tout le soutien possible en ces moments difficiles», a fait savoir M. Mulcair dans un bref communiqué.

Sur Twitter, le chef libéral fédéral Justin Trudeau s'est dit «attristé d'apprendre que Daniel Pailé a des problèmes de santé. Je lui souhaite bonne chance dans cette épreuve».

La députée indépendante et ex-bloquiste Maria Mourani, expulsée du caucus bloquiste par M. Paillé, a brièvement commenté le départ de M. Paillé. «Les problèmes de santé de M. Paillé sont malheureux. J'espère qu'avec le temps, il puisse récupérer avec sa famille et ses amis. Je lui souhaite de tout coeur un prompt rétablissement», a-t-elle fait savoir par voie de communiqué. L'ex-députée bloquiste a refusé d'accorder des entrevues.