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16/12/2013 12:02 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Congo : panique à Brazzaville après des tirs

La panique s'est emparée lundi pendant plusieurs heures du centre de Brazzaville après des échanges de tirs entre l'armée congolaise et des éléments de la garde d'un officier condamné par la justice.

Les raisons de ces fusillades n'étaient pas clairement établies lundi en fin d'après-midi.

Des tirs d'armes lourdes et légères ont été entendus dans la matinée près du domicile du colonel Marcel Tsourou, ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité. Il avait été condamné en septembre à cinq ans de travaux forcés avec sursis dans l'affaire des explosions meurtrières du 4 mars 2012 à Brazzaville (près de 300 morts officiellement) qui avait fortement ému l'opinion.

"Les militaires sont bien rentrés dans la maison du colonel Tsourou, mais ils ne l'ont pas trouvé", a affirmé à l'AFP un habitant, Oscar, 28 ans, avant de se mettre à l'abri.

A 10H20 (09H20 GMT), un hélicoptère a sillonné le ciel pendant environ dix minutes pour une mission de reconnaissance, a constaté un journaliste de l'AFP. Vers 10H50, un tir de canon a retenti, suivi de nombreux tirs d'arme automatique.

Ces tirs, qui selon un diplomate et plusieurs habitants ont suivi une première fusillade dimanche soir, ont créé un mouvement de panique.

Commerces, administrations et écoles ont aussitôt fermé. Des habitants sont restés terrés chez eux , d'autres, surpris, ont fui dans toutes les directions. Un gros embouteillage s'est formé. "Même des prisonniers sont sortis de la maison d'arrêt (située à proximité) et ont pris la fuite", selon Oscar.

Les habitants peu rassurés

"Ca tire toujours, on m'a conseillé de ne pas rentrer déjeuner chez moi ce midi", a expliqué une habitante à l'AFP. Selon un internaute s'exprimant sur Twitter, "ça tire vers le CCF", le Centre culturel français dont les employés étaient terrés dans le sous-sol.

"Ce matin, j'ai vu des militaires, des chars", a affirmé l'habitante de Brazzaville. Mais selon un diplomate, il n'y avait pas de chars.

Dans le périmètre de la maison du colonel Tsourou, de nombreux militaires de l'armée régulière, coiffés de bérets noirs, portaient des kalachnikovs en bandoulière, a constaté le journaliste de l'AFP.

Les versions divergent concernant l'objectif de cette opération.

Selon un adjudant de gendarmerie, interrogé par l'AFP, le colonel Tsourou, n'étant plus au Conseil national de sécurité, "doit quitter la maison de fonction qu'il occupe". Les militaires "ont reçu mandat du haut-commandement pour (le) déloger (...). De gré ou de force, on doit le faire partir aujourd'hui".

Le directeur de la police nationale, le colonel Jean-François Ndenguet, a expliqué à l'AFP qu'un véhicule ayant participé à l'attaque d'une patrouille policière dimanche soir avait été "repéré au domicile du colonel Tsourou" et qu'une perquisition avait été ordonnée.

Mais "les officiers judiciaires (...) ont essuyé des tirs. C'est donc un cas de flagrant délit de constitution de milice, d'où l'intervention de l'armée", a-t-il précisé.

Pour l'épouse du colonel, Charlotte Tsourou, "tout ça, ce sont des faux-fuyants". "Ils veulent à tout prix atteindre mon mari pour des raisons qui leur sont propres", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Dans l'après-midi, la circulation reprenait timidement dans le centre-ville et on n'entendait plus de tirs. Mais des habitants, peu rassurés, continuent de sortir de chez eux avec des baluchons pour tenter de se mettre à l'abri ailleurs.

Les alentours restaient quadrillés par les militaires. Ceux de la garde républicaine, en bérets violets, ont fait leur apparition et interdisaient à quiconque de s'approcher de la zone sensible.

Les explosions dans le quartier résidentiel de Mpila, le 4 mars 2012, avaient fait officiellement près de 300 morts, plus de 2.300 blessés et 17.000 sans-abri.

Six militaires ont été condamnés et vingt-six autres accusés acquittés par la justice congolaise dans le cadre de cette affaire. Le colonel Tsourou avait écopé de cinq ans de travaux forcés avec sursis pour complicité d'incendie involontaire et détention illégale d'armes de guerre.

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