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16/12/2013 11:18 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Centrafrique : Paris menace de sanctionner le président de transition

La France a menacé, lundi, de sanctions, le président de transition de la Centrafrique Michel Djotodia, qui a limogé dimanche trois ministres, dont celui de la Sécurité, Josué Binoua, accusé d'avoir caché des armes à son domicile.

Cette initiative pourrait aggraver l'instabilité en Centrafrique, car elle ne respecte pas les termes d'un accord ayant conduit à la formation d'un gouvernement de transition après la prise du pouvoir par les rebelles de la Séléka, qui ont renversé, en mars, le président François Bozizé.

La France s'est déclarée lundi « préoccupée » par ce limogeage, effectué sans l'accord du premier ministre, rappelant que, conformément à la résolution des Nations unies, des sanctions sont possibles en cas de non-respect des accords de transition.

« La France rappelle que la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies ouvre la voie à des sanctions contre les personnes qui enfreignent les accords de transition ou dont l'action a pour effet de menacer ou d'entraver le processus politique », a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères.

« Il est indispensable que le cadre de la transition, et notamment les prérogatives du premier ministre, soit respecté », a-t-il ajouté lors d'un point de presse.

D'après le porte-parole du gouvernement centrafricain, Guy-Simplice Kodégué, des caisses d'armes de différents calibres et du matériel militaire ont été retrouvés au domicile du ministre de la Sécurité lors d'une perquisition durant la récente flambée de violences dans le pays. « Le ministre Binoua a toujours affirmé ne pas avoir d'armes pour les gendarmes et la police. D'où venaient ces caisses d'armes? », a-t-il interrogé.

Josué Binoua n'était pas joignable dans l'immédiat.

Le ministre des Finances, Christophe Bremaidou, porté aux abonnés absents durant la crise, selon Guy-Simplice Kodégué, et le ministre du Développement rural, Joseph Bendounga, jugé trop critique envers le gouvernement, ont aussi été limogés.

Une décision « nulle et non avenue »?

Un responsable gouvernemental a cependant déclaré à Reuters que le premier ministre, Nicolas Tiangaye, n'avait pas entériné ces mises à l'écart comme cela doit pourtant être le cas aux termes de l'accord ayant permis la mise en place d'un pouvoir de transition.

« Il n'a même pas été consulté et en a entendu parler comme tout le monde à la radio », a dit ce responsable, qui a qualifié la décision de Michel Djotodia de « nulle et non avenue ».

La France a déployé 1600 soldats pour tenter de ramener le calme et de désarmer les belligérants.

Après le renversement de François Bozizé, Michel Djotodia a progressivement perdu le contrôle des combattants de la Séléka, essentiellement musulmans. Les exactions de ces derniers ont conduit à l'émergence de milices chrétiennes baptisées antibaraka, « antimachettes » en langue sango.

Des affrontements ont éclaté entre les deux camps début décembre, faisant plus d'un demi-millier de morts et 189 000 déplacés rien qu'à Bangui, la capitale. L'ONU a recensé plus de 680 000 déplacés à travers le pays, soit près d'un septième de la population de la Centrafrique.

Michel Djotodia a déclaré samedi que des contacts avaient été établis avec des représentants des antibarakas et que ces échanges allaient se poursuivre.

Dans un communiqué manuscrit vu par Reuters dimanche, un groupe disant s'appeler la Jeunesse de la révolution antibaraka a appelé ses partisans à observer immédiatement un cessez-le-feu afin de donner une chance à ces discussions.

On ignore la représentativité de ce groupe. Un tel appel laisse sceptiques des organisations de défense des droits de l'homme. « La question, c'est de savoir si les antibalatas sont suffisamment structurés pour respecter des promesses de déposer les armes », a réagi Peter Bouckaert, directeur des situations d'urgence au sein de Human Rights Watch.