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15/12/2013 02:09 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Une année d'attaques islamistes laisse un flot de victimes en Afrique

D'un complexe gazier en Algérie à un centre commercial au Kenya, l'Afrique a été secouée pendant toute l'année par une vague d'attaques islamistes qui a fait des centaines de victimes civiles, frappées pour avoir été "au mauvais endroit au mauvais moment", comme témoigne une rescapée kényane, Faith Wambua.

Dans le centre commercial Westgate de Nairobi pris d'assaut par un commando somalien islamiste en septembre dernier, Mme Wambua s'est fait passer pour morte pendant quatre heures. Elle est ainsi parvenue à sauver sa vie et celle de ses deux enfants -- une fille de neuf ans et un garçon de 21 mois -- avec qui elle faisait ses courses.

"Je ne faisais que protéger mes enfants. Je leur disais de rester tranquilles, calmes. A un moment, j'ai senti la poudre. Une femme, à deux mètres de nous, venait d'être abattue", raconte la rescapée à l'AFP.

Secourue par la police, Faith Wambua et ses enfants sont sortis physiquement indemnes du centre commercial. Mais non sans traumatisme psychologique.

Les quatre jours de siège du Westgate ont été revendiqués par les somaliens shebab, un groupe affilié à Al-Qaïda, déterminé à montrer sa force à l'intérieur mais aussi à l'extérieur de la Somalie, en dépit d'une perte de terrain à domicile face à un contingent de l'Union africaine.

Le carnage de Nairobi, qui a fait au moins 67 morts, a ponctué une année marquée par une flambée de violences islamistes à travers l'Afrique.

2013 a commencé avec l'attaque en janvier du complexe gazier de Tiguentourine dans le sud algérien, revendiquée par les "Signataires par le sang". Le groupe a été créé par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar après son départ d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont il était l'un des principaux dirigeants au Mali.

Là déjà, les quatre jours de siège, au cours desquels des otages ont dû porter des explosifs, et d'autres ont été sommairement exécutés, s'est terminé dans un bain de sang : 38 morts.

La guerre au Mali a aussi charrié son lot de victimes civiles. Même si les groupes liés à Al-Qaïda ont eu leurs bases décimées lors de l'intervention militaire française, de plus petites unités ont continué d'opérer et de mener des attaques éclair à Gao, Tombouctou et Kidal.

Amputations au Mali

"Je ne leur pardonnerai jamais, ils ont ruiné ma vie", dit Issa Cisse, ex-chauffeur de 21 ans dont une main a été amputée par des islamistes dans la région de Gao (nord). Ils l'accusaient de vol d'armes et d'argent.

"Ils ont pris ma vie (...) Ici, en Afrique, quand un homme ne peut rien faire, il n'est pas un homme. Je vis dans la honte, je ne peux plus travailler".

Dans le nord du Nigeria, en dépit des affirmations du gouvernement, Boko Haram conserve une capacité d'action. Le chef de ce groupe islamiste, Abubakar Shekau, vient de revendiquer une attaque de grande envergure menée début décembre contre des installations militaires à Maiduguri.

"La violence de Boko Haram a déclenché tellement de mauvais sentiments, de suspicion entre musulmans et chrétiens", déplore Kamal Busari, 42 ans, qui a perdu un ami proche dans une attaque à la bombe à Kano cette année. Cependant, il est clair pour lui maintenant que Boko Haram est "l'ennemi des deux religions, personne n'est épargné".

"Ils ont fait tellement de tort à l'économie nigériane, aucun étranger ne voudra venir et investir dans le pays, en particulier dans le nord".

Officiellement considéré par les Etats-Unis depuis novembre comme une "organisation terroriste", Boko Haram se bat pour la création d'un Etat islamique dans le nord du Nigeria, et plusieurs milliers de personnes ont été tuées depuis le début de son insurrection en 2009 et sa féroce répression.

Pour les analystes, ces groupes islamistes inspirés d'Al-Qaïda sont solidement implantés en Afrique et continueront de tisser leur toile, alors même que des organisations se réclamant de la même nébuleuse islamiste paraissent davantage sur la défensive au Pakistan, en Afghanistan et au Yemen.

Pour J. Peter Pham, de l'Atlantic Council, la déliquescence des Etats africains et les frontières poreuses entre pays facilitent l'émergence de tels groupes.

"L'absence d'une approche intégrée et complète pour s'attaquer à ces différents groupes" permet aux djihadistes de se déplacer facilement quand ils essuient quelque part une défaite, estime-t-il.

Cet expert cite comme probable prochain foyer de tension la chaotique Centrafrique, où la France vient d'envoyer des troupes pour mettre un terme aux violences entre anciennes milices Séléka à majorité musulmane et groupes armés chrétiens.

Si, pour l'heure, les groupes islamistes africains sont encore incapables de renverser des Etats, ils mettent en péril leurs développements.

"Les campagnes de contre-insurrection sont, pour le moins, des opérations très onéreuses qui captent des ressources au détriment des infrastructures, de l'éducation et de la santé", estime M. Pham.

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