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15/12/2013 12:45 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Lviv, ville ukrainienne au seuil de l'UE, défie le régime de Kiev

Depuis le début de la contestation en Ukraine, habitants et autorités locales de Lviv, principale ville de l'Ouest ukrainien située à moins d'une centaine de kilomètres de la frontière avec l'Union européenne, défient ouvertement le pouvoir de Kiev et soutiennent l'opposition au régime.

Ces dernières semaines, jusqu'à 20.000 personnes ont manifesté quotidiennement dans cette ville de 700.000 habitants réputée pour être un bastion russophobe, un chiffre qui montait à 50.000 le dimanche.

Et si moins de gens ont été recensés ces derniers jours, c'est uniquement parce que des dizaines de milliers d'habitants se sont rendus à Kiev, à bord de bus affrétés spécialement, pour soutenir l'opposition pro-européenne sur la place de l'Indépendance.

"A bas la bande! A bas le détenu", chantent lors des défilés les manifestants, faisant allusion aux condamnations pour vol, coups et blessures, prononcées contre Viktor Ianoukovitch dans sa jeunesse.

Selon les organisateurs, jusqu'à 300.000 personnes au total pourraient gonfler à terme les rangs des manifestants à Kiev.

La ville, dotée d'une splendide architecture aux influences européennes et où les habitants parlent fièrement l'ukrainien et non le russe, a toujours été hostile envers M. Ianoukovitch, originaire de la région industrielle du Donbass proche de la Russie, mais cette animosité s'est nettement amplifiée ces dernières semaines.

L'archevêque Igor, de l'Eglise gréco-catholique qui compte beaucoup de fidèles à Lviv, a ordonné de faire sonner les cloches des Eglises toutes les heures pour mobiliser la population.

A l'inverse de celles de Kiev, les forces de l'ordre locales n'ont rien fait pour empêcher les manifestations. Le chef du conseil municipal, Vassyl Pavliouk, a même appelé à une grève générale.

Cette défiance a toutefois déjà fait sentir son coût. Le Trésor a empêché Lviv de dépenser environ 70 millions de hryvnias (6,1 millions d'euros) de ses propres fonds et des employés communaux attendent toujours leurs salaires d'octobre.

"Il y a eu plusieurs menaces à l'encontre des villes, de couper les financements, ce qui sera dur. Ils essaient de nous effrayer!", a déclaré le maire de Lviv, Andriy Sadovyi.

"Mais qui essaient-ils d'effrayer? Nous? des Galiciens? nous effrayer? Nous avons connu les prisons, les déportations, les répressions. Je pense que nous avons enduré tellement que nous ne pouvons nous sentir que plus forts", a-t-il lancé.

Lviv et plus généralement la région de Galicie ont appartenu à l'empire austro-hongrois, puis à la Pologne pendant l'entre-deux-guerres avant de se retrouver annexée par l'URSS en 1939, en application du fameux pacte germano-soviétique.

Des combattants de l'armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne ont lutté contre l'Armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale dans les montagnes des Carpates, et jusque dans les années 1950, valant à la ville une répression disproportionnée de la part du pouvoir soviétique après la guerre.

En 1991, Lviv a joué un rôle primordial dans les manifestations qui ont mené à l'indépendance de l'Ukraine.

Vassyl Pavliouk a de son côté annoncé la formation d'unités d'auto-défense.

"Nous employons la méthode pacifique mais nous devons être prêts à protéger nos maisons en cas de danger", a-t-il souligné.

En attendant, les fêtes de Noël et du Jour de l'An auront pour thème centrale l'Europe et la protestation, a indiqué la chef du département de la culture à la mairie, Iryna Podoliak.

"Les écoliers dessinent des décorations pour les sapins de Noël représentant les armoiries ukrainiennes et les étoiles de l'Europe", a-t-elle raconté, ajoutant que l'arbre de Noël de la ville serait le "symbole de la solidarité avec Euromaïdan".

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