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15/12/2013 04:26 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Centrafrique: dimanche de prières dans les églises, les violences persistent

Des milliers de chrétiens centrafricains se sont rendus dimanche dans les églises à Bangui, où la situation reste tendue avec toujours des lynchages et des tirs sporadiques, une semaine après les affrontements inter-religieux qui ont fait près de 600 morts dans tout le pays.

A Bimbo, en périphérie sud de Bangui, un musulman a été tué dans la matinée par des chrétiens, selon une habitante du quartier qui a requis l'anonymat. "Il y a un mouvement de foule et les gens fuient", a-t-elle ajouté.

Des tirs sporadiques, symptômes d'une situation encore tendue, ont également été entendus dans le centre de la capitale à l'aube, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans les rues dimanche, des milliers de chrétiens rejoignaient à pied ou entassés dans des taxis leurs paroisses et lieux de culte. Les églises sont pleines, d'autant que beaucoup d'entre elles accueillent des déplacés depuis les affrontements entre chrétiens et musulmans le 5 décembre.

L'archevêque de Bangui avait lui choisi de se rendre à l'église Saint-Charles à la sortie nord de Bangui au PK-13 pour une messe à laquelle ont assisté environ 1.500 personnes.

Message d'apaisement

"Je suis venu apporter un message d'apaisement et de réconfort", a affirmé Monseigneur Dieudonné Nzapalainga. "Il est temps d'arrêter les violences, d'être tolérant, de considérer l'autre comme un être humain et non pas comme un animal qu'on déchiquette comme je l'ai vu les derniers jours".

Le prélat était accompagné de deux soldats de la force africaine qui assurent sa sécurité.

Samedi soir, le président centrafricain Michel Djotodia, issu de l'ex-rébellion Séléka (qui avait pris le pouvoir par les armes en mars 2013), a proposé de dialoguer avec les milices chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes, en langue Sango), afin de tenter d'enrayer la spirale des violences.

Dans un entretien à Radio France internationale (RFI), Michel Djotodia assure que ces miliciens, aujourd'hui en lutte contre les combattants de l'ex-Séléka, "ne sont pas des ennemis", "ce sont nos frères".

"Je suis prêt à discuter non seulement avec les +anti-balaka+, mais aussi avec tous ceux qui sont épris de justice et de paix, je suis prêt à tendre la main", a ajouté M. Djotodia, devenu à la faveur de la rébellion le premier président musulman de Centrafrique, pays très majoritairement chrétien

Jusqu'à l'arrivée au pouvoir de la Séléka -coalition hétéroclite de groupes armés musulmans- en mars 2013, chrétiens et musulmans vivaient en bonne entente dans ce pays très pauvre de 4,5 millions d'habitants, chrétien à 80%.

Les hommes en armes de la Séléka se sont depuis lors rendus coupables d'une multitude d'exactions --vols, pillages, exécutions sommaires-- contre les populations chrétiennes qui ont soif de vengeance et assimilent désormais tous les civils musulmans à l'ex-rébellion.

Les tueries inter-religieuses ont augmenté de façon alarmante ces derniers mois, à Bangui mais également en province, plus particulièrement dans le nord-ouest du pays.

Le 5 décembre, des milices "anti-balaka" infiltrées parmi la population avaient lancé une offensive dans Bangui sur des positions de l'ex-Séléka et des quartiers musulmans, entrainant des représailles sanglantes.

Selon l'ONU, les tueries de cette dernière semaine ont fait "plus de 600 morts" dans tout le pays, dont 450 dans la seule capitale.

Ces violences ont précipité l'intervention militaire de la France, lancée le soir-même après un feu vert de l'ONU, et qui mobilise près de 1.600 hommes déployés pour l'essentiel dans la capitale.

Paris intervient officiellement en soutien à une force africaine, la Misca, qui compte pour sa part plus de 3.000 militaires. Les soldats français mènent depuis une semaine une vaste opération de désarmement des milices et groupes armés, qui dans les faits vise principalement les ex-Séléka, les seuls à circuler en armes dans Bangui.

Loin de calmer les esprits, l'intervention française a été vue par beaucoup de chrétiens comme le signal de la vengeance, face à des ex-Séléka aujourd'hui neutralisés car presque tous désarmés, et furieux de ne pas pouvoir défendre leurs proches et la communauté musulmane.

Ces derniers jours, les autorités religieuses des deux communautés multiplient les appels au calme et tentent de mener des opérations communes en faveur des déplacés, dons de nourriture ou cérémonies oecuméniques.

La Centrafrique compte actuellement près de 159.000 déplacés et connait une grave crise humanitaire. Dans la capitale, ces déplacés, privés de tout et souvent souffrant de la faim, se concentrent autour de l'aéroport, où sont basés les soldats français, dans les églises et les mosquées.

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