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14/12/2013 07:22 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Turquie: l'île de Yassidia repabtisée "Ile de la démocratie"

La petite île turque de Yassiada où un ex-Premier ministre a été jugé avant d'être pendu par la junte militaire après le coup d'Etat 1960, est devenue samedi officiellement "l'Ile de la démocratie et de la liberté", après publication au Journal officiel samedi .

Yassiada est pour les Turcs, un nom de sinistre mémoire. C'est sur cette petite île inhabitée de 10 hectares, faisant partie de l'archipel des îles des Princes, dans la Mer de Marmara, à quelques kilomètres à peine du centre d'Istanbul, qu'ont été internés pendant des mois, torturés et jugés les membres du Parti démocrate (DP), après le putsch du 27 mai 1960.

Opposé à la ligne étatiste et laïque du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, le DP avait remporté en 1950 les premières élections multipartites de la République turque.

Plusieurs des accusés ont été condamnés à mort par pendaison, dont le Premier ministre Adnan Menderes, ainsi que deux ministres de son cabinet, Hasan Polatkan (Finances) et Fatin Rüstü Zorlu (Affaires étrangères).

Grand admirateur de Menderes, l'actuel Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan avait lancé il y a trois ans l'idée de transformer Yassiada en "Île de la démocratie", en y érigeant un musée de la démocratie pour donner une "leçon" aux générations futures.

Mais les modifications apportées en juin aux plans d'occupation des sols (POS) de Yassiada et de la petite île voisine de Sivriada, que l'AFP a pu consulter, montrent un projet immobilier d'une toute autre ampleur.

Jusque là considérées comme zones militaires et interdites au public, Yassiada et Sivriada --neuf hectares, où se trouvent des ruines romaines et byzantines-- sont désormais constructibles respectivement à 65% et 40%.

Le POS de Yassiada prévoit notamment la construction d'un hôtel, de bungalows, d'un café, d'un restaurant, d'un héliport et de salles de conférence, tandis que celui de Sivriada comprend un centre de congrès et de foires, un espace de prière, un terrain de sport et une marina.

Le projet a non seulement soulevé l'indignation à Istanbul et dans l'archipel, mais a également suscité la colère des familles des victimes du coup d'Etat qui soutiennent que l'île doit rester un "lieu de deuil".

Le gouvernement de M. Erdogan est de plus en plus critiqué pour ses grands projets d'urbanisme à Istanbul qui comprennent notamment la construction d'un centre commercial dans le parc Gezi, un troisième aéroport et un troisième pont sur le Bosphore.

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