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14/12/2013 12:45 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Mauvaise semaine pour le Tea Party aux Etats-Unis

Quand le chef de file du parti républicain aux Etats-Unis traite de "ridicules" les groupes ultra-conservateurs qui ont habituellement l'oreille du Congrès, la situation est grave pour le Tea Party, dont l'influence semblait encore démesurée cet été à Washington.

Cette semaine, la Chambre des représentants a accompli une chose inhabituelle, jamais vue depuis 1986: elle a adopté un budget élaboré conjointement par les républicains, majoritaires à la Chambre, et les démocrates, qui contrôlent le Sénat. Les trois quarts des républicains ont voté pour.

Mais une myriade de groupes conservateurs périphériques du parti républicain, proches des idées du Tea Party et redoutés par les élus en raison de leur puissance de feu financière, ont condamné le compromis avant même qu'il ne soit officialisé, car le nouveau budget fera légèrement regrimper les dépenses publiques en 2014 et 2015.

"C'est ridicule", a lâché John Boehner, président de la Chambre des représentants, mercredi, avant d'en remettre une couche jeudi.

"Franchement, je pense qu'ils ont perdu toute crédibilité", a-t-il dit. "Rien de ce que j'ai fait depuis que je préside la Chambre n'a violé les principes conservateurs, pas une seule fois".

Cette attaque en bonne et due forme a été analysée par les observateurs comme une revanche de la part de l'"establishment" du parti républicain, déstabilisé depuis 2010 par les "insurgés" du Tea Party, qui ont conquis plusieurs dizaines de sièges au Congrès.

La paralysie fédérale d'octobre fut l'étincelle. Pendant seize douloureuses journées, les administrations ont renvoyé la majorité de leurs fonctionnaires car les républicains du Congrès refusaient de voter un budget, une intransigeance due au groupe d'élus du Tea Party hostiles au compromis.

L'échec de cette stratégie, validée alors à reculons par John Boehner, a conduit à une contre-offensive interne contre les éléments les plus conservateurs de la droite américaine, avec les élections législatives de mi-mandat, en novembre 2014, en toile de fond.

"La guérilla va continuer"

La victoire des modérés contre les ultras marquera-t-elle une inflexion durable? Les observateurs sont partagés.

"Ce n'est pas vraiment un coup fatal contre les radicaux et à l'aile du Tea Party du parti républicain", dit à l'AFP Norman Ornstein, expert du Congrès à l'American Enterprise Institute, un centre de réflexion conservateur. "On sortait à peine de la débâcle de la fermeture partielle de l'Etat fédéral. Les élus qui normalement craignent plutôt le Tea Party étaient cette fois plus inquiets à l'idée de porter le chapeau en cas de nouvelle paralysie".

Selon lui, le vrai test de popularité du Tea Party aura lieu au printemps, quand le Congrès devra négocier une nouvelle hausse du plafond légal de la dette, un dossier encore plus explosif que le budget.

"Cette bataille n'a pas résolu grand chose, et la guérilla va continuer", prédit-il.

Les démocrates se disaient aussi circonspects face à la capacité de leurs adversaires à promouvoir un nouvel esprit de coopération.

"Je ne pense pas que ce soit un événement isolé, mais je ne pense pas non plus que ce soit un moment charnière", a commenté Nancy Pelosi, la chef des démocrates de la Chambre.

Les caciques du parti républicain, de fait, continuent de se méfier. Un sondage informel de 93 consultants républicains réalisé par le National Journal, un titre spécialisé, montre que 60 d'entre eux estiment que la concurrence de candidats du Tea Party aux primaires qui auront lieu pendant toute l'année 2014 fragilise le parti.

"Cette obsession pour la pureté idéologique explique pourquoi nous n'avons pas de sénateurs républicains dans le Delaware, le Missouri et le Nevada", trois Etats centristes et jugés gagnables mais perdus aux dernières élections, explique l'un d'eux.

Les ultra-conservateurs n'ont dans tous les cas pas l'intention de baisser les armes. L'un des groupes les mieux financés, Americans For Prosperity, a lancé un avertissement: "les politiciens qui choisissent de revenir sur leurs promesses devront rendre des comptes".

ico/lb