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14/12/2013 12:02 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

A Kiev, des manifestants partisans du pouvoir payés et peu enthousiastes

"On nous a trompés !" : Tetiana, une retraitée ukrainienne, ne se doutait pas en acceptant de se rendre samedi à Kiev qu'elle participerait à un grand rassemblement pour soutenir le président Viktor Ianoukovitch.

"On nous a dit que cette manifestation serait pour la paix et l'unité de l'Ukraine, et sur place il s'est avéré que c'est un rassemblement pour le Parti des régions" du président Ianoukovitch, se plaint Tetiana Skliarenko, 58 ans, qui habite dans la ville de Koziatyne, située au sud-ouest de Kiev, et qui a fait 200 km en car avec un groupe et contre rémunération.

Elle a tout compris une fois arrivée place de l'Europe à Kiev, où le pouvoir a organisé samedi une grande contre-manifestation à quelques centaines de mètres de Maïdan, haut lieu de la contestation contre le régime et pour l'Europe.

"Les organisateurs ont promis de nous payer 250 hryvnias (un peu plus de 20 euros, somme non négligeable pour ce pays en crise, ndlr). Je ne les ai pas encore touchés", confie-t-elle, soufflant: "Peut-être après la manif' dans le car".

Cette manifestation, qui a réuni environ 35.000 personnes, selon un journaliste de l'AFP - 60.000, selon la police et 200.000, selon les organisateurs - se voulait une démonstration de force à la veille d'un nouveau grand rassemblement de l'opposition prévu dimanche.

Mais dans ses rangs, l'humeur semblait bien moins enthousiaste que dans le camp adverse.

Brandissant des drapeaux bleus du Parti des régions ou bleus et jaunes aux couleurs de l'Ukraine, ainsi que des portraits de Viktor Ianoukovitch où il était écrit "Nous sommes avec vous", les manifestants ont défilé dans le silence, ne scandant aucun slogan.

"Demain j'irai sur Maïdan, ma petite-fille y manifeste gratuitement", lance Tetiana.

Mykola Fedorov, un autre manifestant, âgé de 66 ans, venu de Bila Tserkva dans la région de Kiev, souligne qu'il n'est pas partisan du gouvernement.

"Je suis ici pour soutenir l'unité du pays, pas le gouvernement", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Il ne faut pas tenter de rassembler des millions de personnes ici. C'est inutile d'organiser des concours de manifestations. On va ainsi dresser les uns contre les autres et que deviendra le pays"?, s'interroge-t-il.

Le mouvement de contestation contre le pouvoir, provoqué par la volte-face du président sur l'intégration européenne au profit de la Russie, est inédit depuis la Révolution orange de 2004 qui avait porté au pouvoir des partisans de l'Occident.

La dispersion violente d'une manifestation d'étudiants le 30 novembre, qui a fait des dizaines de blessés, a renforcé la mobilisation et les manifestants pro-européens réclament désormais la démission de M. Ianoukovitch.

Une crise à l'issue incertaine qui n'est pas du goût de tout le monde place de l'Europe.

"Nous voulons la stabilité", explique Dmytro Khorounjy, 29 ans. "Les manifestations détruisent l'économie".

"Je veux avoir un boulot et gagner ma vie. Sans le calme et la stabilité, ce n'est pas possible", déclare de son côté Natalia Bouguera, une agricultrice venue de la région de Tcherkassy (centre).

"Soyez sûrs, nous avons assez de forces et de moyens pour remédier à cette situation", a assuré pour sa part le Premier ministre, Mykola Azarov.

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