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13/12/2013 09:11 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Pourparlers tendus en Ukraine entre pouvoir et opposition

Le pouvoir et l'opposition en Ukraine se sont retrouvés vendredi autour d'une table pour des négociations qui ne semblaient cependant pas devoir apaiser la tension, à la quatrième semaine de contestation et à la veille de nouvelles manifestations massives.

"Je m'adresse à vous, Viktor Ianoukovitch. Vous portez la responsabilité personnelle de ce qui se passe dans le pays", a lancé lors de ces négociations le champion du monde de boxe et leader du parti Udar (la frappe) Vitali Klitschko, assis en face du président.

"Nous savons qu'il existe des plans pour régler la situation par la force. Cela aurait des conséquences catastrophiques pour le pays, et pour vous personnellement", a poursuivi le boxeur, alors que M. Ianoukovitch prenait des notes en baissant les yeux.

Pouvoir et opposition étaient réunis autour d'une longue table, en présence notamment du Premier ministre Mykola Azarov.

Ianoukovitch promet une amnistie

Ouvrant la réunion, M. Ianoukovitch a émis le voeu de "trouver une voie qui donnerait l'espoir aux Ukrainiens que nous sommes capables de surmonter de telles crises".

Il avait fait savoir avant la rencontre qu'il allait proposer une amnistie pour les manifestants arrêtés, dans un apparent geste de conciliation.

"Je vais proposer qu'il y ait une amnistie. Que l'on libère les gens qui ont été arrêtés (...) et que l'on termine ce conflit", a-t-il déclaré, selon la présidence.

L'opposition s'est montrée intransigeante, réclamant la démission du Premier ministre Mykola Azarov.

"Ce gouvernement est responsable de la crise politique et économique", a déclaré à la table ronde Arseni Iatseniouk, un responsable du parti Batkivtschina (la patrie) de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

L'appel à la démission de M. Ianoukovitch, leitmotiv des manifestants lors des grands rassemblements de ces dernières semaines, n'a pas été évoqué vendredi hormis la mise en garde lancée par Vitali Klitschko.

La table ronde a été organisée par l'ex-président Leonid Kravtchouk, à l'origine d'une tentative de médiation la semaine dernière avec deux autres anciens chefs de l'Etat, Viktor Iouchtchenko et Leonid Koutchma.

Cette initiative a reçu un soutien de poids vendredi avec l'appel lancé par l'oligarque le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov, qui est sorti de sa réserve pour dénoncer le recours à la force, mercredi, contre les manifestants et inviter à la négociation.

Il faut arriver à "une décision qui bénéficie à l'Ukraine à court, moyen et long terme", a déclaré M. Akhmetov.

Cet homme d'affaires très influent, originaire comme le président Ianoukovitch de la ville de Donetsk, dans l'est russophone du pays, a aussi jugé "inacceptable" le recours mercredi à la force contre les manifestants.

Les experts avaient déjà relevé que sa chaîne de télévision, Ukraïna, avait donné la parole à l'opposition, un indice significatif dans un pays ou les différents "clans" financiers ont un potentiel d'influence considérable.

Galvanisée par l'assaut policier avorté de mercredi -- les troupes ont fini par se retirer après l'afflux de milliers de personnes --, et par le soutien de représentants de l'UE et des Etats-Unis, l'opposition abordait ces pourparlers dans une relative position de force.

Appel à une grande manifestation dimanche

Des manifestations ces deux derniers week-ends dans le centre de Kiev ont mobilisé des centaines de milliers de personnes, et l'opposition a appelé à venir encore plus nombreux dimanche prochain à 12H00 (10H00 GMT).

"Tous les Ukrainiens doivent venir sur Maïdan (la place de l'Indépendance à Kiev) pour exprimer leur aspiration à vivre dans un pays européen moderne", a lancé jeudi soir Vitali Klitschko devant des milliers de personnes sur la place de l'Indépendance.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, dont le pays exerce la présidence tournante de l'UE, a indiqué avoir reçu l'assurance de son homologue ukrainien Leonid Kojara que la force ne serait pas employée contre les manifestants.

La mobilisation de l'opposition est née de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé subitement, fin novembre, à la signature d'un accord d'association avec l'UE pour se tourner vers Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est accusé ouvertement par les Européens d'avoir fait pression sur l'Ukraine, a vanté à nouveau jeudi les "intérêts économiques réels" d'un rapprochement.

L'Union européenne s'est elle aussi montrée insistante, promettant un soutien financier de l'UE "à la hauteur des ambitions" de l'Ukraine, si le pays prenait un "engagement clair" sur la voie européenne.

Le commissaire européen chargé de la politique de voisinage, Stefan Füle, a cependant refusé de fournir des chiffres.

Le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov avait demandé mercredi à l'UE une aide de 20 milliards d'euros pour signer un accord.

Symbole du mouvement de contestation et haut lieu de la révolution orange de 2004, la place de l'Indépendance à Kiev a pris des airs de camp retranché avec des barricades renforcées de sacs de sable et de fils barbelés.

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