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13/12/2013 12:01 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Pourparlers en Ukraine: l'opposition dénonce un "simulacre" du pouvoir

L'opposition ukrainienne s'est rendue vendredi à une table ronde avec le président Ianoukovitch, mais a ensuite dénoncé un "simulacre" organisé à la veille de nouvelles manifestations massives.

"Le pouvoir n'a pris en compte aucune de nos exigences. Cette table ronde n'est qu'un simulacre", a déclaré en sortant le champion du monde de boxe et dirigeant du parti Udar (la Frappe) Vitali Klitschko, cité par l'agence de presse Interfax.

Après une hésitation dans la journée, les trois dirigeants de l'opposition pro-européenne qui manifeste depuis plus de trois semaines -- Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk (un responsable du parti La patrie de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko) et le nationaliste Oleg Tiagnybok -- avaient accepté de ce rendre à la table ronde pour y présenter leurs exigences et entendre les réponses du gouvernement.

Ianoukovitch appelle à "se calmer"

Mais, hormis une promesse d'amnistie formulée avant la rencontre par M. Ianoukovitch pour les manifestants interpellés, rien de concret n'est sorti de cette table ronde, à laquelle avaient été conviées plusieurs dizaines de personnalités, dont des responsables religieux.

"J'appelle tous les Ukrainiens qui sont dans la rue à se calmer et à cesser la confrontation", a déclaré le président Ianoukovitch à la fin de la rencontre.

Galvanisée par l'échec infligé à un assaut policier mercredi -- les troupes ont fini par se retirer après l'afflux de milliers de personnes --, et par le soutien de représentants de l'UE et des Etats-Unis, l'opposition a appelé à des manifestations massives dimanche à midi (10h00 GMT) à Kiev.

L'opposition réclame la démission du gouvernement et le retour à la signature d'un accord d'association avec l'UE brutalement suspendu fin novembre.

Lors de la table ronde, Vladimir Klitschko a mis en garde le président contre toute répression policière.

"Je m'adresse à vous, Viktor Ianoukovitch. Vous portez la responsabilité personnelle de ce qui se passe dans le pays", a lancé le boxeur, et candidat déclaré à la présidence du pays.

"Nous savons qu'il existe des plans pour régler la situation par la force. Cela aurait des conséquences catastrophiques pour le pays, et pour vous personnellement", a-t-il poursuivi.

Les Etats-Unis ont eux aussi exhorté les autorités ukrainiennes à laisser se dérouler de manière pacifique les prochaines manifestations.

"Il est impératif que les manifestations de ce week-end puissent avoir lieu de façon pacifique", a déclaré Marie Harf, la porte-parole adjointe du département d'Etat américain.

En outre, le sénateur républicain John McCain, ancien candidat à la présidentielle amricaine, se rendra samedi et dimanche à Kiev "pour rencontrer des responsables du gouvernement, de l'opposition et de la société civile au moment où ils cherchent à déterminer l'avenir de leur pays", a indiqué son porte-parole, Brian Rogers.

Le sénateur démocrate Chris Murphy le rejoindra dimanche, a par ailleurs confirmé le porte-parole de celui-ci.

John McCain avait vivement condamné le pouvoir ukrainien dans le conflit qui l'oppose depuis plus de trois semaines aux manifestants pro-européens, dans un communiqué publié mercredi.

La table ronde de vendredi a été organisée par l'ex-président Leonid Kravtchouk, à l'origine d'une tentative de médiation la semaine dernière avec deux autres anciens chefs de l'Etat, Viktor Iouchtchenko et Leonid Koutchma.

Cette initiative a reçu un soutien de poids vendredi avec l'appel lancé par l'oligarque le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov, qui est sorti de sa réserve pour dénoncer le recours "inacceptable" à la force, mercredi, contre les manifestants et inviter à la négociation.

Il faut arriver à "une décision qui bénéficie à l'Ukraine à court, moyen et long terme", a déclaré cet homme d'affaires très influent, originaire comme le président Ianoukovitch de la ville de Donetsk, dans l'est russophone du pays, et encore récemment considéré comme une "éminence grise" du pouvoir en place.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, dont le pays assure la présidence semestrielle de l'UE, a indiqué avoir reçu l'assurance de son homologue ukrainien Leonid Kojara que la force ne serait pas employée contre les manifestants.

La mobilisation de l'opposition est née de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé subitement, fin novembre, à la signature d'un accord d'association avec l'UE pour se tourner vers Moscou.

La Russie dénonce les "ingérences grossières" des Occidentaux

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est accusé ouvertement par les Européens d'avoir fait pression sur l'Ukraine, a vanté à nouveau jeudi les "intérêts économiques réels" d'un rapprochement entre Kiev et Moscou.

Son Premier ministre, Dmitri Medvedev, a, lui, dénoncé vendredi les visites de responsables européens ou américains aux manifestants sur la place de l'Indépendance, "une ingérence grossière dans les affaires intérieures d'un Etat souverain".

L'Union européenne a promis jeudi un soutien financier de l'UE "à la hauteur des ambitions" de l'Ukraine, si le pays prenait un "engagement clair" sur la voie européenne. Le commissaire européen chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle, a cependant refusé de fournir des chiffres.

Le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov avait demandé mercredi à l'UE une aide de 20 milliards d'euros pour signer un accord.

Symbole du mouvement de contestation et haut lieu de la "révolution orange" de 2004, la place de l'Indépendance à Kiev a pris des airs de camp retranché avec des barricades renforcées de sacs de sable et de fils barbelés.

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