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13/12/2013 06:22 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Mali/Centrafrique: des opérations militaires très différentes, des risques élevés

Opération de sécurisation plus que vraie action de guerre, l'intervention française Sangaris en Centrafrique se distingue de celle encore en cours au Mali, mais leurs objectifs sont proches et les risques tout aussi élevés.

- Différences d'échelle et d'effectifs :

Au Mali, la France a engagé dans l'urgence plus de 4.500 soldats pour stopper l'avancée des jihadistes. En RCA, l'effectif français se limite jusqu'à présent à 1.600 hommes, dont 1.200 à Bangui. François Hollande a assuré que la France n'irait pas au-delà, mais le niveau de forces dépendra au final du déroulement des opérations et des besoins sur le terrain.

- Des zones de combat peu comparables:

Durant l'opération Serval, les forces françaises ont combattu dans le désert du nord Mali par des températures extrêmes. L'immensité de la zone des combats a été l'un des principaux obstacles au déroulement de l'intervention. En Centrafrique, les soldats français opèrent pour l'instant en milieu urbain, dans Bangui, et devraient se déployer peu à peu vers l'est du pays, sur environ 300 km, où des milliers de villageois se sont réfugiés dans la brousse pour échapper aux exactions.

Le Mali représente une superficie de deux fois et demie la France, la Centrafrique une fois et demie.

- Jihadistes au Sahel, miliciens en RCA:

Début 2013, le noyau dur des jihadistes dans le nord du Mali était évalué à environ 2.000, sur un total de quelque 5.000 combattants. Des islamistes convaincus et aguerris, membres de groupes radicaux, dont Aqmi, affilié à Al-Qaïda. En RCA, les Français font face à des miliciens plus habitués à terroriser la population qu'à affronter une armée régulière.

Selon la Défense, de "3.000 à 8.000" membres de groupes armés sont présents dans la seule capitale Bangui. Pour le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, l'opération en Centrafrique "est beaucoup plus difficile", "parce que l'identification de l'adversaire n'est pas simple". Il y a d'un côté les ex-rebelles de la Séléka, majoritairement musulmans et originaires du nord, coalition hétéroclite de différents groupes plus ou moins disciplinés mêlant combattants aguerris, simples voyous, mercenaires tchadiens et soudanais...

Ils font face aux milices chrétiennes "anti-balaka", milices d'auto-défense villageoises apparues depuis septembre dans le nord-ouest du pays, et aujourd'hui infiltrées au sein de la population dans les quartiers chrétiens. Armés de fusils et de machettes, ces miliciens se vengent sur les civils musulmans, éleveurs peuls et commerçants.

S'y mêlent également des partisans et anciens militaires du régime de l'ex-président François Bozizé (renversé en mars 2013 par la Séléka).

- Un Etat en perdition au Mali, l'anarchie en Centrafrique:

Mars 2012, un coup d'Etat militaire a lieu à Bamako. Mars 2013, la Séléka prend le pouvoir à Bangui. Mais si l'Etat malien est alors en pleine déconfiture, la RCA a carrément sombré dans l'anarchie. Les pillages, voire les scènes de lynchage, se sont multipliées malgré le début de l'intervention française, des violences auxquelles les Français n'ont guère été confrontés au Sahel. Au Mali, Français et Européens ont dû reconstruire une armée, en Centrafrique, il faudra tout simplement la construire.

- Raids aériens au Mali, face-à-face en RCA:

Au Mali, l'opération débute par des raids aériens contre les colonnes jihadistes. Avant de vastes opérations de ratissage dans tout le Nord. A Bangui, les soldats français patrouillent à pied, de jour et de nuit, dans des quartiers livrés aux pillards et aux bandes armées. "Il n'y a pas de ligne de contact, pas de dispositif figé", souligne l'état-major des armées. Autre différence, dans le nord du Mali les soldats français, comme la population, étaient sous la menace des bombes artisanales qu'il leur fallait sans cesse détecter et désamorcer. En RCA, ces engins ne font pas partie de l'arsenal des miliciens.

- La durée des opérations s'évalue à l'arrivée:

François Hollande a parlé d'une opération "rapide" en Centrafrique. De quatre à six mois, selon la Défense, et autant pour se désengager. Le chef de l'Etat a depuis ajusté le tir, et l'intervention, a-t-il dit, "durera le temps que les forces africaines prennent le relais". La montée en puissance de ces forces, la Misca, dont l'efficacité est encore très faible, prendra du temps. Près d'un an après le début de l'opération au Mali, 2.800 soldats français sont encore dans le pays.

- Des objectifs assez proches :

En Centrafrique, la France veut faire cesser les exactions contre les civils et rétablir le calme pour empêcher la déstabilisation de toute la région. Début 2013, elle est intervenue au Mali pour empêcher la zone sahélienne de devenir un sanctuaire jihadiste. Au Mali, la présidentielle a eu lieu dès le mois de juillet. En RCA, Paris souhaite des élections à l'automne 2014.

dch/sm/bma/thm/hba