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13/12/2013 06:13 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

L'oligarque le plus riche d'Ukraine prend la défense des manifestants

L'oligarque le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov, a pris vendredi la défense des manifestants pro-européens et pris ses distances avec le président Viktor Ianoukovitch, un signe de possibles renversements d'alliances dans ce pays aux influents clans financiers.

Après trois semaines de contestations dans la capitale ukrainienne, le très influent magnat, dont l'empire va de la métallurgie aux médias en passant par le football, est sorti de son silence via un communiqué de sa holding, SCM.

"Le fait que des gens pacifiques descendent dans la rue pour des manifestations pacifiques montre que l'Ukraine est un pays libre et démocratique", écrit le milliardaire.

"Mais le fait que des gens aient souffert est inacceptable", a ajouté l'homme d'affaires, deux jours après un assaut avorté de la police contre les manifestants, mobilisés depuis trois semaines sur la place centrale de Kiev, qui a fait selon l'opposition une trentaine de blessés.

Même si l'homme d'affaires se garde de soutenir les revendications des manifestations (signature d'un accord avec l'UE et démission du président), sa prise de position a été très remarquée, vu sa proximité avec le pouvoir.

Rinat Akhmetov, 47 ans, est originaire comme Viktor Ianoukovitch de Donetsk, ville industrielle de l'est russophone du pays, dont il détient le club de football Shakhtar Donetsk.

A la tête d'une fortune estimée par le magazine Forbes à 15,2 milliards de dollars, l'oligarque a longtemps été considéré comme l'éminence grise du Parti des régions, actuellement au pouvoir, et son principal bailleur de fonds. Il en a été député.

"Je considère qu'en ce moment difficile pour notre pays il est important de garder la tête froide et d'adopter une position équilibrée", a estimé Rinat Akhmetov.

"Homme politiques, représentants du gouvernement et des autorités morales doivent s'assoir autour de la table des négociations", a-t-il estimé, afin d'arriver à "une décision qui bénéficie à l'Ukraine à court, moyen et long terme".

menaces de sanctions

Cette déclaration "est très importante parce qu'il est le seul oligarque à avoir de l'influence sur M. Ianoukovitch et le Parti des régions", estime Volodymyr Fessenko, du centre d'analyse Penta.

Pour l'expert, il existe ainsi un "lien direct" entre cet appel et la tenue quelques heures plus tard d'une table ronde en présence du président et de l'opposition.

Sa position a entraîné une réaction immédiate des Etats-Unis, dont l'ambassadeur à Kiev Geoffrey Pyatt a salué sur Twitter "un conseil sage".

Selon le site internet Ukraïnska Pravda, M. Akhmetov a eu un entretien cette semaine avec la secrétaire d'Etat adjointe Victoria Nuland, présente à Kiev. Elle lui fait savoir qu'"en cas de dispersion violente (des manifestants sur la place de l'Indépendance), des sanctions seraient prise non seulement contre les hauts fonctionnaires et responsables politiques, mais contre tous ceux qui ont soutenu son régime", écrit le site.

Les experts avaient déjà relevé des signes de prise de distance de la part des oligarques du pays. Aussi bien la chaîne Ukraïna de Rinat Akhmetov que la chaîne Inter liée au magnat de l'industrie chimique Dmytro Firtach ont donné la parole aux manifestants, du jamais vu dans le pays.

Les chaînes ICTV et STB contrôlées par Viktor Pintchouk, deuxième fortune d'Ukraine et gendre de l'ex-président Léonid Koutchma, font pour leur part la promotion de Vitali Klitschko, un des leaders de l'opposition.

M. Pintchouk avait déjà fait part de sa sympathie pour le mouvement.

"Le plus important, c'est que la société civile ukrainienne ait montré sa force. Pas que les gens se prononcent en faveur d'un accord politique en particulier, mais qu'ils se fassent une opinion et l'expriment", a-t-il déclaré cette semaine au Financial Times.

Selon les experts, les oligarques ne verraient d'ailleurs pas forcément d'un très mauvais oeil un changement de pouvoir. Ils ont vu leurs positions faiblir après l'arrivée au pouvoir en 2010 de Viktor Ianoukovitch, et l'émergence à ses côtés d'un nouveau clan politico-financier, surnommé "la famille".

Hormis le chef de l'Etat lui-même, c'est son fils aîné Olexandre qui est considéré comme la figure centrale du clan dont font partie le premier vice-Premier ministre Serguï Arbouzov, 37 ans, et le ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko.

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