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13/12/2013 05:31 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Liste noire: l'Iran dénonce une décision "contraire à l'esprit" de Genève

L'Iran a interrompu ses négociations avec les grandes puissances, dénonçant la décision des Etats-Unis d'étoffer sa liste noire des entreprises soupçonnées de violer les sanctions américaines contre Téhéran, un geste "contraire à l'esprit" de l'accord de Genève conclu fin novembre.

"Le geste américain est contraire à l'esprit de l'accord de Genève" dans lequel les grandes puissances se sont engagées à ne pas imposer de nouvelles sanctions à l'Iran pendant six mois, a affirmé vendredi le négociateur iranien Abbas Araghchi, cité par les médias iraniens.

"En vue d'établir une atmosphère de coopération, une telle mesure n'est pas du tout constructive et nous la critiquons fermement, a-t-il dit à la télévision d'Etat.

"Nous examinons la situation et nous réagirons de façon appropriée", a-t-il ajouté sans autre précision, au lendemain de l'interruption à Vienne des négociations techniques sur l'application de l'accord.

L'agence Irna avait auparavant annoncé que les experts iraniens étaient retournés à Téhéran "pour des consultations", sans préciser les raisons de cette décision.

Selon l'agence Mehr, citant des sources informées, les négociations qui duraient depuis lundi à Vienne entre l'équipe d'experts iraniens et les représentants des 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) ont été stoppées en raison des "nouvelles sanctions américaines" et "du manque d'implication des Américains dans l'accord" de Genève.

La porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham, a a également dénoncé "un geste inutile et qui pose question", prévenant que Washington serait entièrement responsable des "conséquences de cette décision".

En application de sanctions existantes, les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir ajouté à leur liste noire une dizaine d'entreprises et d'individus, en majorité iraniens, soupçonnés de commercer illégalement avec l'Iran.

Ces sociétés et dirigeants verront leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis gelés, et toute société américaine ou faisant des affaires aux Etats-Unis a désormais interdiction de commercer avec eux.

L'accord de Genève "n'interfère pas et n'interférera pas avec nos efforts sans relâche destinés à démasquer et à atteindre tous ceux qui soutiennent le programme nucléaire de l'Iran ou qui cherchent à contourner les sanctions", a averti David Cohen, sous-secrétaire au Trésor en charge de la lutte anti-terroriste.

Ne pas donner de prétexte

Vendredi matin, l'Union européenne a affirmé qu'après quatre jours de discussions, "des consultations" auraient lieu dans les capitales, "en espérant que les négociations techniques reprendront bientôt".

Les discussions "longues et détaillées" menées à Vienne "reflètent la complexité des questions techniques" liées à l'application de l'accord de Genève, a expliqué Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

La délégation iranienne négociait des aspects pratiques de l'accord signé le 24 novembre. Des responsables de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de superviser sa mise en application, participaient également aux discussions.

Selon l'accord, qui vise à donner des garanties à la communauté internationale de la nature purement pacifique du programme nucléaire de Téhéran, l'Iran doit limiter pendant six mois ses activités nucléaires en échange d'une levée partielle des sanctions occidentales.

L'ONU et l'Union européenne s'engagent également à ne pas imposer de nouvelles sanctions liées au nucléaire pendant cette période, tandis que l'administration américaine doit "éviter" d'en imposer.

Mais de nombreux parlementaires américains, méfiants vis-à-vis des dirigeants iraniens, envisagent de nouvelles sanctions économiques pour forcer Téhéran à signer un accord final qui inclurait l'abandon du droit à l'enrichissement d'uranium.

Tim Johnson, le président démocrate de la commission bancaire du Sénat, traditionnellement chargée d'élaborer et de voter toute sanction économique contre Téhéran, a toutefois expliqué jeudi qu'il n'était pas favorable à un nouveau volet de sanctions.

"Nous ne devrions pas faire quoi que ce soit de contre-productif qui risquerait de fragiliser l'unité occidentale dans ce dossier. Nous devrions faire en sorte que si les négociations échouent, l'échec sera de la faute de l'Iran", a-t-il justifié.

Ces derniers jours, les responsables iraniens avaient mis en garde contre l'adoption de nouvelles sanctions en affirmant qu'elles affecteraient l'accord de Genève.

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