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13/12/2013 12:45 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Les Cubains suspendus aux feuilletons télévisés sud-coréens

Après trois décennies de règne sans partage, les feuilletons télévisés brésiliens affrontent désormais la concurrence sud-coréenne à Cuba, où tout est bon pour oublier durant une heure les tracas de la vie quotidienne.

Dans la foulée du cinéma et de la musique venus de Corée du Sud, les "doramas", telenovelas sud-coréennes, doublées en espagnol, ont fait leur apparition en début d'année avec la diffusion de "La Reine des Epouses", suivie de diverses autres, "Ma belle Dame", "Rêve sans limites" et, depuis un mois, "Jardin Secret".

Des dizaines d'autres feuilletons à l'eau de rose coréenne circulent en parallèle sur les clés USB des Cubains, un des outils les plus communs dans l'île pour la diffusion de toutes sortes d'informations, en raison d'un faible accès à internet.

"C'est ce qui se vend le mieux ces jours-ci, elles sont faciles à suivre et très drôles", explique à l'AFP Yosmely Batista, 21 ans, qui a monté un petit commerce de ventes de films et feuilletons dans une pièce de son appartement du quartier populaire du Centro de La Havane.

"Pourquoi ont-elles tant de succès ? Avec toutes les différences culturelles entre Sud-Coréens et Cubains ? Je suppose que c'est très exotique, ils ne s'embrassent pratiquement jamais dans les séries sud-coréennes !", s'amuse le jeune homme qui vend une soixantaine de séries télé, la moitié sud-américaines (Brésil, Colombie, Mexique) et l'autre moitié sud-coréennes.

Laura, une écolière de 13 ans, a 24 séries télé sud-coréennes dans son ordinateur. Elle n'en a encore regardé que neuf. "Les garçons sont meilleurs que les fleurs" est la plus courue des séries entre ses copines de classe.

"Je les adore, elles sont très courtes et très fraîches", explique Laura à l'AFP.

Les telenovelas sud-coréennes, construites sur les mêmes thèmes mélodramatiques que les grands succès latino-américains, ont permis aux Cubains de découvrir un autre monde : officiellement, Cuba n'entretient des relations qu'avec la Corée du Nord...

"Coréens et Cubains ont beaucoup de choses en commun", a affirmé le chanteur sud-coréen Yoon Sang Hyun, plus connu des Cubains comme un des héros de la série "Ma Belle Dame", récemment de passage à Cuba.

"Un peu de comédie, un peu de drame, de la romance, mais jamais rien de très grave", voilà la recette des telenovelas sud-coréennes, selon le jeune acteur : "Tout simplement les relations entre personnes dans la vie réelle".

Mais les séries brésiliennes continuent d'avoir leurs inconditionnels. Et depuis plus de 30 ans, les Cubains n'en manquent pas une.

"Les Brésiliennes sont les meilleures et +Avenida Brasil+ me scotche à la télé", reconnaît Susana Suarez, une femme au foyer de 64 ans qui assure n'avoir jamais raté un épisode des telenovelas brésiliennes, depuis les diffusion de "Malu" ou "L'esclave Isaura" au début des années 80.

Ces jours-ci, quatre telenovelas se disputent les faveurs des téléspectateurs cubains: la sud-coréenne "Jardin Secret", "Avenida Brasil", l'argentine "Vies volées" et la cubaine "Terres de feu".

Comme pour beaucoup de Cubains, Susana Suarez, qui vit avec une retraite mensuelle de huit dollars, considère les feuilletons comme une "thérapie" : "Tu arrêtes de penser aux problèmes quotidiens, tu oublies tout, au moins pour un moment".

"Ici, tu es toute la journée sous stress", soupire Susana qui confesse passer chaque jour deux heures et demie devant les telenovelas.

"Entre voisins, on préfère commenter le feuilleton que parler de la vie quotidienne", ajoute de son côté Yaima Rosaen, une éditrice de livres de 32 ans.

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