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12/12/2013 02:13 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Pour Ernst & Young, une franchise du Baseball majeur à Montréal serait viable

MONTRÉAL - Pour Ernst & Young, il ne fait pas de doute: Montréal, avec un nouveau stade, serait en mesure de faire vivre une franchise du Baseball majeur.

C'est le constat qu'a fait le cabinet d'audits financiers chargé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et de Projet Baseball Montréal, groupe dirigé par l'ex-Expo Warren Cromartie, de mener l'étude de faisabilité sur le retour d'une concession près de 10 ans après le départ des Expos.

Pour Ernst & Young, la demande forte pour les abonnements de saison, le prix moyen que les gens seraient prêts à payer pour les billets (ou les loges corporatives), la masse salariale dont l'équipe pourrait disposer, mais surtout, les droits de télévision plus élevés et le partage des revenus font en sorte que le projet serait viable.

Pour Michel Leblanc, président de la CCMM, le fait que Montréal ferait partie du groupe d'équipes bénéficiant du partage des revenus ne constitue pas un obstacle au transfert d'une franchise.

«Il ne semble pas exister de marchés miracles qui participeraient positivement au partage des revenus, a-t-il souligné. Il y a des équipes qui reçoivent des sommes très élevées en partage de revenus. De substituer l'une de ces équipes par une équipe qui recevrait un montant moindre est intéressant pour le Baseball majeur.»

Ernst & Young rappelle toutefois que deux éléments sont nécessaires au projet: la construction d'un nouveau stade et l'acquisition d'une équipe, ce qui coûterait 1,025 milliard $, dont un investissement gouvernemental de 335 millions $.

De ce 1,025 milliard $, 500 millions $ seront nécessaires pour la construction d'un stade et 525 millions $ pour l'acquisition d'une équipe, soit le coût moyen de la valeur des 10 équipes ayant la valeur la moins élevée selon l'évaluation faite par le magazine américain Forbes en mars dernier, le type d'équipe qu'un éventuel propriétaire pourrait se procurer.

Ernst & Young croit que l'équipe pourrait aspirer à une masse salariale d'environ 75 millions $ US par saison, ce qui lui permettrait d'être compétitive sans se trouver dans le premier tiers au niveau de la masse salariale. En 2013, la masse salariale moyenne du Baseball majeur se chiffrait à 102,4 millions $, dont les 229 millions $ payés par les Yankees de New York et les 217 millions octroyés aux joueurs des Dodgers de Los Angeles. Sans ces deux clubs, la masse salariale moyenne se chiffrait à 93,8 millions $.

Construction à financement hybride

L'acquisition de l'équipe se ferait uniquement avec des fonds privés. C'est au niveau de la construction du stade, d'une capacité de 36 000 spectateurs, que la participation des différents paliers de gouvernement serait sollicitée. Que ce soit pour Ernst & Young ou pour la haute direction du Baseball majeur, le Stade olympique ne se veut pas une option viable.

Le scénario privilégié par Ernst & Young est un scénario hybride où la participation des gouvernements se ferait à hauteur de 335 millions $, soit les deux tiers de la facture de 500 millions $. Ce modèle est utilisé par la majeure partie des clubs du Baseball majeur.

Selon ce scénario, le stade et le terrain seraient la propriété des gouvernements. Le propriétaire de l'équipe serait l'unique gestionnaire des activités du stade, dont il assumerait tous les coûts et les risques. Trois sites au centre-ville ont été identifiés: un terrain adjacent à l'autoroute Bonaventure, le bassin Wellington et l'actuel site de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Pour respecter ce montant de 500 millions $, Ernst & Young privilégie un stade à ciel ouvert. Le groupe s'est grandement inspiré du Target Field, domicile des Twins du Minnesota, qui évoluent dans des conditions climatiques à celles que vivraient les futurs Expos. Construit au coût de 390 millions $ US, ce stade est à ciel ouvert. Les coûts additionnels liés à l'ajout d'un toit rétractable seraient de l'ordre de 150 à 180 millions $.

Ernst & Young estime que les gouvernements impliqués récupéreraient leur mise en huit ans et engrangeraient des profits de 1,2 milliard $ sur 30 ans, soit la durée moyenne d'un bail dans ce genre de partenariat. Ses estimations reposent sur les revenus de TVQ sur les activités tenues au stade (18 millions $ annuellement), les taxes en période d'exploitation (26 millions $) et les impôts sur le revenu des joueurs montréalais (10 millions $), soit 54 millions $ annuellement. C'est sans compter l'impôt sur le revenu payé par les joueurs adverses, qui ne peut être estimé à ce moment-ci.

La firme souligne également qu'à compter de 2014, les équipes profitant du système de partage de revenus toucheront 110 millions $ par saison avant d'avoir vendu un seul billet: une moyenne de 20 millions $ en partage de revenus, 15 millions $ de la vente de marchandises et des revenus de nouveaux médias, de 35 à 40 millions $ en droits de télévision nationaux et de 40 à 60 millions $ en droits de télévision régionaux.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, compte suivre de très près la suite de ce dossier.

«Je vois d'un bon oeil les résultats de cette étude, mais je pense aussi qu'il est prématuré de parler de deniers publics. Je crois que Montréal est une ville de baseball, une ville des Majeures. Je vais rencontrer au cours des prochains jours des gens d'affaires: après tout, les deux tiers des sommes impliquées doivent provenir du privé.

«Je suis un pro-baseball et je suis en faveur du retour des Expos, ce qui fait que je vais regarder le dossier avec beaucoup d'intérêt. Le maire de Montréal va s'en mêler.»

Une moyenne de près de 28 000 spectateurs par partie

Dans son étude, Ernst & Young a évalué la moyenne d'assistance par match de 27 600 à 31 600 personnes pour une moyenne d'environ 2,4 millions par saison, une projection un peu en deça de la moyenne des Mariners de Seattle, des Twins du Minnesota, des Brewers de Milwaukee, des Padres de San Diego et des Diamondbacks de l'Arizona, cinq équipes évoluant dans des marchés comparables à Montréal. Les Expos n'ont attiré plus de 2 millions de spectateurs que quatre fois au cours de leurs 36 ans d'histoire.

Ernst & Young a également estimé le coût moyen d'un billet à Montréal à 29,57 $, alors que le coût moyen d'un match dans les cinq villes comparables est de 22,95 $ US et de 27,73 $ US dans le Baseball majeur.

Ce sont d'abord les résultats encourageants des sondages menés par Léger Marketing auprès du public et de la communauté d'affaire qui ont mené à cette étude. Pas moins de 69 pour cent des gens sondés étaient favorables au retour du Baseball majeur. Dans la communauté des affaires, cet appui passe à 81 pour cent.