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12/12/2013 12:45 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

Le nouveau gouvernement Merkel suspendu ce week-end au vote du SPD

Le nouveau gouvernement allemand de "grande coalition" que devrait diriger la chancelière Angela Merkel doit franchir ce weekend son dernier obstacle avec le résultat d'un vote des militants sociaux-démocrates sur le projet d'alliance avec les conservateurs.

Les observateurs prédisaient une nette victoire du "oui" à cet accord de coalition sur lequel le SPD a su imprimer une ligne sociale, avec notamment l'introduction d'un salaire minimum.

Cette victoire doit mettre fin à près de trois mois de pourparlers difficiles pour former un gouvernement après les législatives du 22 septembre. Elle donnerait un troisième mandat de quatre ans à Mme Merkel à la tête de la première économie européenne, lors d'un vote des députés du Bundestag mardi.

Malgré son triomphe aux législatives, avec 41,5% des voix, Angela Merkel a été contrainte, faute de majorité absolue et à cause de la défaillance de son allié libéral (FPD) éjecté du parlement, de négocier avec les sociaux démocrates arrivés en deuxième position (25,7%).

Le SPD pourrait communiquer dès samedi ou dimanche au plus tard le résultat du vote par correspondance de ses quelque 470.000 adhérents. En cas de résultat positif, la composition du futur gouvernement serait annoncée samedi soir ou dimanche, avec neuf postes attribués aux conservateurs (CDU/CSU) et six aux sociaux démocrates.

Selon des rumeurs persistantes, Wolfgang Schäuble, 71 ans, vieux routier de la politique allemande et fidèle lieutenant de Mme Merkel, conserverait le ministère des Finances, fort d'une solide réputation forgée durant la crise de l'euro. Dans ce cas, le cacique du SPD Frank-Walter Steinmeier, 57 ans, obtiendrait probablement les Affaires étrangères, son maroquin dans la première "grande coalition" Merkel (2005-2009).

Le référendum interne au SPD avait été promis par le président du parti, Sigmar Gabriel, dès l'ouverture des négociations avec la CDU/CSU pour vaincre les fortes réticences de la base.

Le parti est encore miné par l'héritage des réformes de l'Etat providence lancées il y a dix ans par Gerhard Schröder qui ont entamé son image sociale. Il ne s'est pas vraiment relevé de son plus bas score historique aux législatives de 2009, après quatre ans d'une première expérience avec Mme Merkel.

Pour convaincre ses troupes, M. Gabriel a vanté les mesures de progrès social du contrat de coalition annoncé fin novembre: salaire minimum horaire de 8,50 euros, amélioration des petites retraites, mécanisme de limitation des hausses de loyer...

Ce contrat "va considérablement améliorer la vie des gens", a-t-il martelé depuis deux semaines, en sillonnant l'Allemagne à la rencontre des militants.

Les mesures sociales et les investissements, évalués à 23 milliards d'euros d'ici 2017, ont été éreintés par les milieux patronaux et une grande partie de la presse. "C'est une tragédie. L'Etat jette des millions par la fenêtre", commentait mercredi le très influent quotidien populaire Bild, après un rapport critique d'un organisme indépendant de contrôle budgétaire.

Angela Merkel va-t-elle vraiment prendre un virage social? "Tout dépend de ce qui sera réellement mis en oeuvre", souligne Jens Walther, politologue à l'université de Düsseldorf (ouest). "Bien sûr le contrat de coalition est beaucoup plus à gauche que le précédent" noué en 2009 avec les Libéraux. "Mais tout ce qui a été promis au FDP, notamment les baisses d'impôts, n'a pas été réalisé".

M. Walther prédit 60% de oui au référendum du SPD et reconnaît que la "grande coalition" est populaire, comme le montrent les sondages. Il juge qu'elle devrait accoucher d'un gouvernement "très stable" grâce à une majorité écrasante au parlement. Mais c'est une expérience "extrêmement risquée" pour les sociaux démocrates, selon lui.

Lors des coalitions précédentes, avec le FDP comme avec le SPD, "tout ce qui était bon lui a été attribué, et tout ce qui était mauvais était la faute du partenaire", rappelle-t-il.

En cas d'échec du référendum du SPD, Mme Merkel pourrait théoriquement tenter de former un gouvernement minoritaire. Plus vraisemblablement, elle essayerait de négocier une alliance avec les Verts ou irait vers de nouvelles élections. Un scénario très improbable mais qui "ne peut être complètement exclu", selon M. Walther.

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