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12/12/2013 12:39 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

En parallèle des négociations, les Etats-Unis gardent la pression sur l'Iran

Washington a ciblé jeudi plusieurs Iraniens soupçonnés de contourner les sanctions existantes sur le nucléaire iranien, un geste de fermeté montrant aux faucons du Congrès que l'administration de Barack Obama ne relâche pas sa vigilance pendant les négociations de Genève.

De nombreux parlementaires américains, méfiants des dirigeants iraniens et sceptiques de l'accord intérimaire du 24 novembre, tentent de faire adopter de nouvelles sanctions économiques américaines pour forcer le régime de Téhéran à signer un accord final qui inclurait l'abandon du droit à l'enrichissement d'uranium.

La Maison Blanche et le département d'Etat entendent au contraire respecter à la lettre l'accord de Genève, qui stipule que les puissances du groupe P5+1 ne renforceront pas leurs sanctions actuelles pendant six mois, et en suspendront même une petite partie.

Fruit d'un lobbying intense, leur position prévalait à ce jour au sein des dirigeants du Congrès, et la menace d'un vote rebelle semblait écartée jusqu'à janvier, après les congés parlementaires de Noël.

La commission bancaire du Sénat, qui a la tutelle du dossier, n'agira pas dans l'immédiat, a déclaré jeudi son président, le démocrate Tim Johnson.

"La demande de l'administration d'une pause diplomatique est raisonnable", a-t-il déclaré lors de l'audition de deux hauts responsables, dont la numéro trois du département d'Etat, Wendy Sherman.

"Nous ne devrions pas faire quoi que ce soit de contre-productif qui risquerait de fragiliser l'unité occidentale dans ce dossier. Nous devrions faire en sorte que si les négociations échouent, l'échec sera la faute de l'Iran", a-t-il expliqué.

"Il n'y a aucun doute que nous ne voulons pas que l'Iran puisse dire que les Etats-Unis sont la cause du blocage sur l'accord", a approuvé Wendy Sherman.

Le matin même, en application de sanctions existantes et qui restent en place malgré Genève, les Etats-Unis ont annoncé avoir ajouté à leur liste noire une dizaine d'entreprises et d'individus, en majorité iraniens, soupçonnés de commercer illégalement avec l'Iran.

Ces sociétés et dirigeants verront leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis gelés, et toute société américaine ou faisant des affaires aux Etats-Unis a désormais interdiction de commercer avec eux.

"Détermination" intacte

Les dirigeants américains martèlent que l'accord de six mois de Genève, qui commencera à s'appliquer dans "quelques semaines", selon Mme Sherman, maintient l'immense étau des sanctions américaines, européennes et onusiennes accumulées depuis des années.

Sur les six prochains mois, si l'Iran coopère, l'allègement progressif de certaines sanctions fera gagner au pays environ 6 à 7 milliards de dollars, notamment via l'accès à 4,2 milliards de fonds bloqués, selon Washington.

Mais le volume d'exportations pétrolières iraniennes restera bloqué au niveau actuel, ce qui fera perdre à l'Iran environ 30 milliards de dollars par rapport à leurs revenus pétroliers de 2011, a expliqué le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, devant une organisation humanitaire juive à Washington, l'American Jewish Joint Distribution Committee.

"L'allègement qui a été offert ne représente qu'une fraction des sanctions, dont la pression continuera de se faire sentir sur les six prochains mois", a-t-il dit. "Les PDG (...) ou les hommes d'affaires qui penseraient que c'est le moment de tester notre détermination devraient y réfléchir à deux fois".

Le Congrès entend cependant user de ses prérogatives et surveiller de près la mise en place de l'accord de Genève.

Des sanctions seront adoptées "rapidement si l'Iran ne respecte pas les termes de l'accord intérimaire de Genève", a prévenu Tim Johnson --mais pas tout de suite.

Les sénateurs démocrate Robert Menendez et républicain Mark Kirk poussent au contraire pour une proposition de loi immédiate, qui déclencherait des sanctions très dures à l'issue de la période initiale de six mois, à moins qu'un accord final sur le nucléaire soit imminent avec Téhéran --une menace qui doit, selon eux, forcer la main des Iraniens.

Mais ces élus ne peuvent d'eux-mêmes forcer un vote au Sénat, et le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, ne leur a pas encore accordé son feu vert.

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