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12/12/2013 04:04 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

Désespoir et misère au rendez-vous pour les réfugiés syriens

Plus de trois millions de Syriens ont fui les raids et les bombardements dans leur pays, mais la plupart s'entassent dans des camps de misère ou risquent leur vie pour gagner les rives européennes par la mer.

Au Liban, des familles entières survivent dans des abris de fortune installés dans des champs qui seront bientôt recouverts de neige. En Egypte, les Syriens sont traqués par les autorités qui veulent les expulser.

Une poignée de chanceux ont trouvé asile en Suède ou en Allemagne, mais la quête d'un avenir meilleur s'est terminée pour beaucoup d'autres en Bulgarie, pays le plus pauvre de l'Union européenne, dans des abris surpeuplés.

Avec des Africains, certains choisissent, au péril de leur vie, de monter dans des rafiots partant d'Afrique vers l'Europe ou d'Asie vers l'Australie, et versent des milliers de dollars à des trafiquants peu scrupuleux.

En dépit des préparatifs pour la conférence de paix à Genève prévue en janvier, les ONG craignent que le nombre de réfugiés n'augmente encore en Turquie, en Irak, en Jordanie et au Liban alors que les dons se tarissent.

Le Liban paie un lourd tribu à la guerre chez son voisin syrien, plus de 825.000 réfugiés y sont enregistrés, mais en réalité ils sont près d'un million, soit un quart du nombre de ses habitants.

Le petit pays a laissé sa frontière ouverte mais le gouvernement a refusé la création de camps. Conséquence: des centaines de petits campements informels ont vu le jour, notamment dans la plaine de la Bekaa, dans l'est.

Financement pas à la hauteur

Les abris sont faits de bouts de plastique récupérés et tendus sur des cadres en bois et le sol se transforme rapidement en champ de boue aux premières pluies.

"L'hiver ici, c'est quelque chose de terrible", dit Fatima Hahnoun, venue de la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. "L'an dernier, le sol était complètement gorgé d'eau, nous ne pouvions pas sortir de la tente sans nous enfoncer dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux".

"Les dons n'ont pas augmenté proportionnellement au nombre de réfugiés", déplore Roberta Russo, porte-parole du Haut Commissariat pour les réfugiés.

Le système éducatif n'a pas été capable d'absorber les jeunes et 200.000 ne sont pas scolarisés.

A la frontière sud de la Syrie, la Jordanie a construit des camps pour les réfugiés dont celui de Zaatari, en plein désert. Là, les 130.000 Syriens sont à la merci du soleil de plomb l'été et des pluies diluviennes l'hiver.

"La seule solution est de retourner en Syrie, car ici le camp n'est rien d'autre qu'une immense prison", dit Hassan Nashwa.

En août, environ 50.000 Syriens ont traversé la frontière avec l'Irak pour se rendre dans la région autonome kurde (nord).

En Turquie, au moins 200.000 Syriens survivent dans des camps à la frontière du nord-est de la Syrie et 400.000 sont disséminés à travers le pays. A Istanbul, des familles bivouaquent dans les jardins publics.

En Egypte, ils ont commencé à être arrêtés après la destitution le 3 juillet du président islamiste Mohamed Morsi, qui avait soutenu la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad.

Mais en Europe, certains pays se sont montrés plus hospitaliers. La Suède s'est dite prête à accorder un droit de séjour aux Syriens qui demanderaient l'asile.

La famille Hodel a acheté de faux passeports belges pour fuir la Syrie et se rendre en Suède, et pour Khaled, le père de famille, cela valait le coup. "Nous voulons vivre ici et avoir la nationalité suédoise", dit-il, rêvant de voir sa fille devenir médecin.

Mais l'attrait de l'Union européenne a été une désillusion pour les milliers de Syriens ayant voulu transiter par la Bulgarie.

Ses trois centres d'accueil ont rapidement été saturés et les derniers arrivants ont dû se loger dans d'anciennes écoles ou des camps militaires désaffectés.

"Si nous avions su ce que nous allions trouver, jamais nous ne serions venus ici", confie Abdel Jalal Bonja, dans le camp Harmanli.

Et pour une partie de ceux montés à bord d'embarcations de fortune ayant chaviré en route pour l'Europe, la fin a été tragique, comme début octobre au large des côtes italiennes et maltaises.

Ces naufrages ont suscité une vague d'émotion en Europe, mais frappés par la crise économique, la plupart des pays hésitent à ouvrir leurs portes aux réfugiés.

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