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12/12/2013 07:53 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

A Kiev, Gricha, vétéran d'Afghanistan, "prêt à lutter jusqu'à la mort"

Béret turquois vissé sur la tête, tenue de camouflage, Gricha monte la garde derrière la barricade qui protège la place de l'Indépendance de Kiev. "On est prêt à lutter jusqu'à la mort contre ces bandits", assure ce vétéran de la guerre d'Afghanistan.

"On est solide, on n'a peur de rien", poursuit d'un ton posé cet homme de 52 ans à la silhouette massive et aux yeux bleus acier, qui refuse de donner son nom parce qu'il n'est "pas un héros".

Mobilisé pendant quatre ans comme parachutiste lors de la guerre menée par l'Union soviétique en Afghanistan (1979-1989), Gricha (diminutif de Grigory) est aujourd'hui chauffeur à Kryvyï Rig, ville industriel de l'Est de l'Ukraine.

Il est arrivé samedi et a rejoint les "patrouilles" composées d'anciens militaires sur la place de l'Indépendance, occupée depuis trois semaines par l'opposition pro-européenne.

Après la tentative d'assaut de la police mercredi, le mouvement pro-européen a musclé son organisation et la place a pris des airs de camp retranché.

Les barrages de fortune démontés par les forces de l'ordre ont été aussitôt remplacés par de véritable barricades, hautes de plus de deux mètres, renforcées par des sacs de sable, des barres métalliques et d'épais amas de neige tassée.

"Ces gens là ne font pas de compromis"

Gricha se tient derrière l'une d'entre elles, hérissée de drapeaux de l'UE et ukrainiens, qui barre le boulevard Khrechtchatik. Cette large artère traverse la place de l'Indépendance et est en partie occupée par les manifestants.

Lors des cinq derniers jours, l'ancien soldat reconnaît avoir peu dormi, se contentant de quelques heures de sommeil grappillées de temps en temps dans les tentes installées à même le bitume sur la place centrale de la capitale ukrainienne.

Lorsque les forces anti-émeute s'y sont déployées par centaines mercredi à 2H00 du matin, il leur a fait face dans une chaîne humaine, "sans violence".

"Il y avait des femmes et des enfants derrière", explique le manifestant, endurci par son service en Afghanistan, puis par deux ans dans une cellule du KGB pour avoir déserté en allant voir sa mère.

Mais le parachutiste, qui se dit "trahi" par le refus du président Viktor Ianoukovitch de signer un accord avec l'UE, n'a aucun doute: il y aura d'autres tentatives d'assaut.

"Ces gens là ne s'arrêteront pas là, ils ne font pas de compromis. Nous aussi, nous resterons jusqu'au bout", assure Gricha.

A ses côtés au pied de la barricade, des manifestants se réchauffent par groupes de quatre ou cinq autour de braseros, maintenant la vigilance jour et nuit malgré le froid glacial.

"On ne sait pas ce que le pouvoir prépare, ils n'ont pas d'issue", explique l'un d'eux, Artur Madatian, assis sur un banc de fortune fait de rondins de bois et de planches. "Il faut être prêt tout le temps".

La tête protégée par une casquette en laine noire, il désigne la neige que les militants les plus impliqués ont tassée sur la barricade: "Touche, elle est dure comme la pierre!"

Ce père de famille de 39 ans vient d'arriver depuis la ville de Lviv, dans l'ouest. Il pris la route après avoir vu les images des centaines de policiers anti-émeute qui repoussaient les manifestants, et parcouru les 500 kilomètres qui séparent de Kiev cette ville proche de la frontière polonaise, très mobilisée pour l'intégration européenne.

"Plus le pouvoir est violent, plus on s'organise", explique Artur, qui vient d'arriver. "On reste tant qu'on a des forces".

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