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12/12/2013 03:56 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

2013, l'année où le monde a découvert qu'il était sur écoute

Les révélations en 2013 d'Edward Snowden sur les écoutes des services américains dans le monde entier ont provoqué la crainte d'un Big Brother tout-puissant face auquel rien ne reste privé.

Au coeur de l'onde de choc qui n'a cessé de se propager depuis début juin se trouve un consultant en informatique devenu à 30 ans un lanceur d'alerte solitaire: Edward Snowden, brocardé comme un "traître" par nombre d'Américains.

Aujourd'hui réfugié en Russie après avoir fui les Etats-Unis, le jeune homme a confié à la presse, notamment au quotidien britannique The Guardian, des dizaines de milliers de documents détaillant les capacités tentaculaires de l'agence américaine chargée des interceptions de communications, la NSA.

Dans un rare entretien publié mercredi, Snowden, a dit espérer que ses révélations aboutiront à plus de transparence. "Ce qui nous inquiète le plus n'est pas que cette surveillance puisse sur un plan théorique être conduite, mais qu'elle est réalisée sans qu'une majorité de la population soit même au courant qu'elle est faisable", a-t-il expliqué au magazine Time qui l'a classé en deuxième position des "personnes de l'année".

Avec l'empilement des révélations, le monde a découvert avec effroi l'étendue de ces programmes de surveillance électronique de la NSA, visant incidemment nombre de citoyens américains au grand dam des organisations américaines de défense des libertés individuelles et de la vie privée qui dénoncent le "Big Brother" gouvernemental.

Cet émoi a conduit Barack Obama à promettre dès le mois d'août des réformes tout en arguant de la nécessité de ces programmes.

Mais "il n'y aura pas de changement majeur", pronostique James Lewis, expert au CSIS, un groupe de réflexion de Washington.

S'il estime à "20 à 25% des électeurs", "la minorité bruyante" d'Américains qui manifeste son opposition à ces programmes, la majorité de la population consent selon lui à ces empiétements sur la vie privée au nom de la sécurité.

Le problème est que "les gens n'ont jamais vraiment compris la différence entre collecter des données et les lire. Personne ne peut lire 70 millions de courriels, mais on peut utiliser des machines pour identifier ceux qui ont des liens avec le terrorisme", explique-t-il à l'AFP.

Collecte de métadonnées

L'un des programmes, instauré par le fameux Patriot Act voté en 2001, prévoit la collecte des métadonnées téléphoniques en obligeant les opérateurs téléphoniques américains à fournir à la NSA ces données comprenant les numéros appelés ainsi que l'heure et la durée des appels.

C'est la collecte incidente de renseignements sur les communications de simples citoyens américains qui a provoqué une levée de boucliers aux Etats-Unis et conduit le Congrès à tenter de mieux encadrer les activités de la NSA.

Un autre programme baptisé Prism, qui constitue selon la NSA son "outil le plus important", cible lui les activités sur internet de millions de personnes dans le monde au grand dam des géants américains de l'internet comme Microsoft, Apple, Google ou Facebook.

Ces sociétés s'inquiètent aujourd'hui de la perte de confiance de leurs clients et réclament une "réforme des pratiques gouvernementales de surveillance dans le monde".

La NSA enregistre également chaque jour les données de localisation de centaines de millions de téléphones portables, aurait écouté les portables de dirigeants étrangers, dont celui de la chancelière allemande Angela Merkel, et se serait livré à l'espionnage à grande échelle de ses alliés.

La colère des alliés

Ces révélations ont placé le président américain dans une position inconfortable vis-à-vis de ses alliés européens, du Brésil ou encore du Mexique, même si les responsables américains se sont empressés de souligner que les alliés de Washington bénéficiaient directement des renseignements de la NSA, avec qui ils collaborent de façon approfondie.

"Les réactions internationales ont été étonnamment discrètes parce que les responsables étrangers savent que leurs services de renseignement se livrent à des activités similaires", juge Karen Kornbluh, experte au Council on Foreign Relations (CFR).

Selon elle, "la principale menace à long terme" concerne la liberté de circulation sur internet.

"Les révélations (de Snowden, ndlr) peuvent fournir une justification à certains gouvernements pour exercer davantage de contrôle sur les flux de données", explique-t-elle.

A ce stade, seuls 1% des 58.000 documents fournis par Snowden ont été divulgués selon un responsable du Guardian. Mais pour James Lewis, le gros de la tempête pourrait bien être passé.

La presse "va être en mesure de divulguer des détails particuliers qui vont provoquer un dommage incroyable aux programmes de collecte mais sur le plan politique, l'effet a déjà été largement accompli", dit-il.

Mais le tonneau des Danaïdes continue de se déverser: la presse révélait lundi que Washington et Londres espionnaient les plateformes de jeux en ligne, comme "World of Warcraft", craignant que des extrémistes les utilisent pour communiquer et planifier des attentats.

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