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25/11/2013 11:02 EST | Actualisé 25/01/2014 05:12 EST

Produits du phoque: Ottawa en appellera de la décision de l'OMC

OTTAWA - Le gouvernement de Stephen Harper fera appel de la décision rendue par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) concernant l'interdiction des produits du phoque par l'Union européenne (UE).

L'OMC a reconnu lundi que si les interdictions imposées par l'UE aux importations de produits du phoque violaient des principes commerciaux, elles pouvaient se justifier par des considérations d'ordre éthique sur le bien-être des animaux.

Ottawa a immédiatement annoncé son intention de contester la décision, insistant sur le fait que ce type de chasse est pratiquée sans cruauté et de façon durable. «Toute opinion contraire se fonde sur des mythes et est le résultat de la désinformation», ont écrit des ministres fédéraux dans une déclaration conjointe.

Alors que les détracteurs de la chasse au phoque soutiennent qu'il s'agit là d'une victoire historique se traduisant par le maintien de l'embargo, l'OMC signale que certaines incohérences devraient être corrigées.

Selon l'organisation internationale, les exceptions prévues pour les produits du phoque issus de la chasse inuite ou d'autres communautés autochtones ne sont pas correctement appliquées.

Par conséquent, «les produits dérivés du phoque en provenance du Canada et de la Norvège (produits importés)» bénéficient d'«un traitement moins favorable que celui qui est accordé aux produits dérivés du phoque similaires d'origine nationale», souligne dans un volumineux rapport le groupe spécial de règlement des différends de l'OMC.

Malgré tout, l'interdiction commerciale «réalise l'objectif consistant à répondre aux préoccupations morales du public de l'UE concernant le bien-être des phoques dans une certaine mesure», peut-on lire dans le document.

Il s'agit là d'un dur coup pour les chasseurs de loup marin, même si la décision de l'OMC comporte certaines nuances. Les conclusions de ce rapport auront également un impact sur certaines communautés inuites, selon qui l'embargo commercial est discriminatoire pour les produits du phoque canadien.

Le président de l'Association des chasseurs de phoques des Îles-de-la-Madeleine, Denis Longuépée, se désole que la décision de l'organisation soit basée sur ce qu'il juge être des émotions, plutôt que sur des réalités scientifiques.

«On pourrait décider que le Canada ne trouve pas ça éthique de gaver les oies, et donc (interdire) le foie gras au Canada», a-t-il illustré.

M. Longuépée convient que les chasseurs de son association exportaient historiquement peu vers l'Europe, mais il croit que le maintien de l'embargo ne sera pas sans conséquence, puisqu'il aura un effet désavantageux sur les prix de la fourrure au pays.

L'interdiction de l'UE est soutenue par des groupes de défense des droits des animaux, et la mesure a obtenu l'appui de personnalités comme l'acteur Jude Law, qui ont pris position publiquement en faveur de son maintien.

Le Canada et la Norvège ont contesté l'embargo adopté il y a trois ans, arguant que celui-ci empêchait injustement les produits issus de la chasse au phoque de pénétrer le marché européen.

Ottawa soutient que la chasse commerciale au phoque est pratiquée de façon humaine et durable, tandis que les groupes y étant opposés estiment qu'il s'agit d'une «boucherie» cruelle et inutile.

L'embargo de l'UE ne vise toutefois pas les produits du phoque issus de la chasse inuite ou d'autres communautés autochtones, pas plus que celles qui sont effectuées dans l'unique but de contrôler les populations de phoques et protéger les bancs de poissons.

Selon la Commission européenne, environ 900 000 phoques sont chassés à l'échelle mondiale à chaque année.

Au printemps dernier, environ 91 000 phoques du Groenland ont été chassés à des fins commerciales au large de Terre-Neuve-et-Labrador.

Il s'agit d'une augmentation comparativement aux quelque 69 000 bêtes capturées l'année précédente, mais la quantité de prises est nettement inférieure au quota fédéral de 400 000.

La chasse au phoque commerciale est pratiquée au Canada, en Norvège, au Groenland (Danemark) et en Namibie.

Les États-Unis, le Mexique, la Russie et Taiwan figurent parmi les nations qui ont imposé une interdiction sur les produits du phoque.

À Ottawa, l'opposition a applaudi l'intention du gouvernement d'en appeler de la décision de l'OMC, mais n'a pas manqué de rappeler que le sujet avait été complètement écarté des négociations du traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.

«On aurait eu la chance de négocier de gré à gré, et là, on met tout dans les mains de gens qui (...) ont interprété les règles de façon émotive», a signalé le député néo-démocrate Philip Toone.