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25/11/2013 10:36 EST | Actualisé 25/01/2014 05:12 EST

Des manifestants thaïlandais occupent deux ministères

BANGKOK - Le ton monte de plus en plus entre la première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra et les manifestants qui réclament sa démission.

Mme Shinawatra a imposé, lundi, la loi d'urgence dans la région de Bangkok après que des manifestants aient partiellement occupé les bureaux de deux ministères.

Elle a expliqué que la Loi sur la sécurité intérieure s'appliquera à toute la région de Bangkok et à de larges secteurs voisins. Trois quartiers particulièrement explosifs de la capitale sont couverts par cette loi depuis le mois d'août, quand ont fait surface les premiers signes d'instabilité politique.

La loi permet aux autorités de bloquer des routes, d'agir en réponse à des menaces à la sécurité, d'imposer des couvre-feu et d'interdire l'utilisation des appareils électroniques dans les secteurs désignés. Des manifestations pacifiques sont autorisées par la loi.

Les manifestants réclament le départ de Mme Yingluck sous prétexte que son gouvernement serait dans les faits dirigés par son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui a été chassé du pouvoir par l'armée en 2006.

Dimanche, plus de 150 000 manifestants sont descendus dans les rues de Bangkok à l'occasion de la plus importante démonstration organisée en Thaïlande depuis des années. Les manifestants se sont dits unis face à ce qu'ils appellent «le régime Thaksin».

Les incursions dans les bureaux des ministères des Finances et des Affaires étrangères représentent les coups d'éclat les plus audacieux menés par l'opposition depuis le début des manifestations, le mois dernier. Elles mettent en lumière la nouvelle stratégie de l'opposition, qui cherche à paralyser le gouvernement en contraignant les fonctionnaires à l'inactivité.

Le Parti démocrate, une formation de l'opposition qui organise les manifestations mais qui a été défaite par les partis affiliés aux Thaksin lors de chaque élection depuis 2001, prévoit aussi déposer une motion de censure contre le gouvernement mardi.

Un leader de la manifestation, Suthep Thaugsuban, a mené la foule qui a investi le ministère des Finances au moment où des manifestants se dirigeaient vers 13 emplacements à Bangkok, bloquant la circulation automobile et suscitant des craintes de violence alors que se poursuit la crise politique qui entoure Thaksin depuis des années.

«Allez sur chaque étage, dans chaque pièce, mais ne détruisez rien, a-t-il lancé aux manifestants. Montrez-leur que c'est la volonté du peuple!»

M. Suthep est un ancien vice-premier ministre qui est actuellement un parlementaire de l'opposition.

Les manifestants ont dansé, chanté et utilisé des sifflets bruyants dans les corridors. Un groupe a coupé l'alimentation électrique de l'agence qui finance les projets gouvernementaux. La police n'est pas intervenue, dans l'immédiat, pour les chasser.

En soirée, les manifestants ont fait irruption dans l'enceinte du ministère des Affaires étrangères, qui n'apparaissait pas sur la liste originale des cibles.

Plus d'une vingtaine d'écoles de Bangkok ont été fermées lundi et la police avait resserré la sécurité autour des destinations des manifestants, qui incluaient les quartiers-généraux de l'armée et de la police et cinq stations de télévision contrôlées par l'armée ou le gouvernement.

Lors d'une autre manifestation autour des bureaux de la première ministre, les policiers sur place ont été complètement submergés par un millier de manifestants qui les ont bousculés et ont arraché une barrière de fil barbelé. Un journaliste étranger dans la foule a été malmené avant d'être secouru par les forces de l'ordre.

Plusieurs craignent une explosion de violence entre les manifestants et les partisans de Mme Thaksin, qui organisent leur propre démonstration dans un stade de Bangkok et qui ont promis de rester sur place jusqu'à la fin des manifestations de l'opposition.