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22/11/2013 12:36 EST | Actualisé 22/01/2014 05:12 EST

La fissure s'est aggravée au pont Champlain et oblige une autre solution

MONTRÉAL - La situation est à ce point critique au pont Champlain que les responsables de la structure ont été forcés de complètement revoir leur intervention pour sécuriser une poutre endommagée.

«Les méthodes normales pour intervenir sur la poutre ne s'appliquent plus et on doit arriver avec une solution qui est beaucoup plus robuste», a expliqué en conférence de presse, vendredi matin, le directeur général de la société Les Ponts Jacques-Cartier et Champlain (PJCCI), Glen Carlin.

Une voie avait été retranchée la semaine dernière après que l'on eut constaté l'apparition d'une fissure dans la poutre. Or, non seulement cette fissure s'est-elle prolongée, mais de nouvelles fissures sont apparues et un des blocs d'ancrage de la poutre montre également des signes de fissuration.

«Ce sont tous des signes que la poutre est en détresse», a déclaré sans détour M. Carlin.

La situation vécue vendredi matin, soit la fermeture de deux voies en direction de la rive-sud, sera donc prolongée — probablement jusqu'à la mi-décembre — afin d'enlever de la pression sur la structure endommagée en attendant d'installer une «super poutre» par-dessus la poutre endommagée pour la solidifier temporairement.

Cette installation exigera la fermeture de quatre des six voies du pont durant deux jours, de sorte qu'on souhaite la faire un week-end, mais la société des Ponts Jacques-Cartier et Champlain assure qu'elle est prête à procéder à tout moment si elle constate que la situation se détériore et que la sécurité des usagers est compromise.

«Dans un monde idéal, nous ferions cela lors d'une fin de semaine, a indiqué Glen Carlin. Tout va dépendre du comportement de la poutre. Si nous voyons que la poutre continue à se fissurer, nous allons l'installer sans délai.»

L'administrateur a cependant précisé que la fermeture d'une deuxième voie vendredi avait permis de constater que la structure «s'était calmée», selon son expression.

D'ici à l'installation de la nouvelle poutre, puisqu'il ne restera que quatre voies au total, la circulation se fera à trois voies vers Montréal et une vers la rive-sud le matin et à deux voies vers la rive-sud et deux vers Montréal le soir. On n'écarte pas la possibilité d'aménager trois voies vers la rive-sud et une seule vers Montréal pour l'heure de pointe du soir mais les autorités n'étaient pas certaines de pouvoir aménager une configuration adéquate pour obtenir un tel résultat.

Une fois la «super poutre» de 75 tonnes installée, la circulation pourra être rétablie sur six voies mais celles en direction de la rive-sud seront légèrement rétrécies. Au printemps, un treillis permanent sera installé sous la structure et la «super poutre» pourra être retirée, redonnant sa pleine largeur au pont sur toute sa longueur.

La société des Ponts Jacques-Cartier et Champlain avait commandé dès 2009 la «super poutre» et la gardait entreposée justement dans l'éventualité où une intervention du genre serait requise. À la suite des événements des derniers jours, elle a décidé d'en commander deux autres.

M. Carlin n'a pas caché que l'on payait aujourd'hui le prix des économies d'hier, en l'occurrence la décision d'aménager le tablier du pont directement sur les semelles des poutres plutôt que d'installer d'abord une dalle sur les semelles pour y ajouter ensuite le tablier.

«Des efforts avaient été mis à l'époque pour couper les coûts de construction. S'il n'y avait pas de dalles à construire, on économisait en roulant sur les semelles des poutres et on les attachait toutes ensemble. À l'époque, les gens y ont vu une solution fantastique mais aujourd'hui nous sommes pris avec les problèmes de ces décisions-là.»

M. Carlin n'a pas hésité, non plus, à exprimer le souhait que la construction du nouveau pont Champlain soit accélérée.

«Dans un monde idéal, le plus vite que l'on peut avoir un nouveau pont, nous aurons moins de risques à gérer. (...) La date, néanmoins, est toujours celle de 2021», a-t-il dit.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, a exprimé le même souhait alors qu'elle était de passage à Montréal pour faire la promotion de son projet d'électrification des transports.

«Ce qui est urgent, c'est que l'on procède à la construction du nouveau pont, que les plans et devis soient adoptés le plus rapidement possible. Nous avons déjà fait une proposition et nous avons en plus les moyens de l'assumer pour ce qui est d'implanter un train léger sur rail», a déclaré Mme Marois qui, dans le dossier du pont à tout le moins, s'est montrée plus accommodante que jamais.

«Nous sommes prêts à collaborer à 100 pour cent avec le fédéral pour que cela aille le plus rapidement possible», a-t-elle dit.

Le ministre fédéral de l'Infrastructure, Denis Lebel, qui était au Lac-Saint-Jean pour une annonce, n'a d'ailleurs pas fermé la porte à une accélération du projet.

«J'ai dit que je communiquerais dans les prochaines semaines un nouvel agenda. Le 2 octobre, lorsque j'ai annoncé le pont-jetée de l'Île-des-Soeurs, j'ai dit à ce moment-là qu'on travaillerait sur un nouvel agenda. Je bouscule très fort, on travaille très fort pour rapetisser cette période-là. Au départ, (un échéancier de) 10 ans annoncés... On travaille très fort pour ramener ça le plus possible.»

M. Lebel a cependant précisé que, d'ici à ce qu'un nouveau pont soit construit, le gouvernement fédéral ferait tout ce qui est nécessaire pour maintenir le pont Champlain en opération et sécuritaire, allant même jusqu'à refuser d'envisager un scénario de fermeture.

«Il n'est pas prévu de solution de fermeture du pont. Lorsque le pont est ouvert, s'il y a des voies d'ouvertes sur le pont, c'est parce qu'elles sont sécuritaires. On travaille en amont des problèmes, Dès qu'on voit des problèmes on s'assure que le travail soit fait. Dans certains cas on doit fermer des voies comme actuellement et je sais que c'est très malheureux pour les gens.»

En ce sens, même la première ministre Marois a salué la manière dont le gouvernement fédéral s'est occupé de la structure jusqu'ici.

«Ils (le gouvernement fédéral et la société des Ponts Jacques-Cartier et Champlain) sont en mode prévention et c'est préférable et c'est heureux que ce soit le cas. J'aime mieux qu'ils soient comme ça plutôt que de faire courir des risques à la population», a fait valoir Mme Marois.