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21/11/2013 12:58 EST | Actualisé 21/01/2014 05:12 EST

Trois femmes libérées après 30 ans de captivité au sud de Londres

LONDRES - Trois femmes ont été libérées après avoir été retenues captives pendant 30 ans dans une maison du sud de Londres, dont une qui aurait passé sa vie entière en état de servitude domestique, a révélé jeudi la police.

La police métropolitaine de Londres a annoncé leur libération après que deux personnes — un homme et une femme tous deux âgés de 67 ans — eurent été arrêtées tôt jeudi dans le cadre d'une enquête pour esclavage et servitude domestique.

Les deux suspects ont ensuite été libérés sous caution.

L'enquête a débuté quand l'une des trois femmes a communiqué avec un organisme de charité, qui a ensuite alerté la police.

Les trois captives, qui ont été libérées le 25 octobre, sont une Malaisienne de 69 ans, une Irlandaise de 57 ans et une Britannique de 30 ans.

Le chef de l'unité de lutte contre le trafic de personnes au sein de la police métropolitaine de Londres, Kevin Hyland, a déclaré que les femmes étaient «très traumatisées» et n'avaient eu «aucune exposition réelle au monde extérieur» au cours des 30 dernières années.

«Tenter de comprendre exactement ce qui s'est passé durant trois décennies prendra évidemment du temps», a-t-il indiqué.

La police avait initialement affirmé qu'il n'y avait pas de lien familial entre les victimes mais a semblé se rétracter par la suite, affirmant que la relation entre les trois femmes faisait partie de l'enquête et qu'elle n'allait pas spéculer sur cet élément.

On ne sait pas si la femme de 30 ans est née dans la résidence londonienne, mais elle semble avoir passé toute sa vie en état d'esclavage, ont indiqué les policiers.

La police a également affirmé qu'aucune preuve ne permettait de croire à des crimes de nature sexuelle, mais a souligné que l'enquête était toujours en cours. Les enquêteurs n'ont pas voulu préciser la nationalité des suspects, qui ne sont pas citoyens britanniques, ni dire s'ils forment un couple.

Les trois femmes, dont les noms n'ont pas été divulgués, sont maintenant en sécurité dans un endroit non précisé au Royaume-Uni et sont appuyées par des experts des traumatismes graves depuis leur libération, a indiqué M. Hyland.

Il a expliqué que les policiers avaient été contactés en octobre par Freedom Charity, un groupe qui lutte contre les agressions d'enfants, les mariages forcés et les crimes d'honneur. Le groupe a indiqué aux policiers avoir reçu un appel d'une femme prétendant être retenue contre son gré, à Londres, depuis 30 ans.

Elles vont «aussi bien que ce qu'on pourrait espérer» dans une telle situation, a indiqué Anita Prem, fondatrice de Freedom Charity.

Elle n'a pas voulu révéler comment les femmes se sont retrouvées captives ni dire si elles partagent des liens familiaux, précisant seulement qu'elles étaient prisonnières d'une situation «très difficile».

«Elles ont été soumises à de la cruauté mentale et physique et à de l'esclavage», a dit Mme Prem. Elle n'a pas voulu donner plus de détails pour ne pas nuire à l'enquête.

Les femmes auraient décidé d'agir après avoir vu un reportage télévisé sur les mariages forcés, selon la police. L'enquête policière a mené à l'identification de la résidence dans le quartier de Lambeth, sur la rive sud de la Tamise; les femmes ont ensuite été secourues avec l'aide de Freedom Charity.

Mme Prem a indiqué à la chaîne SkyNews avoir eu des conversations secrètes et «détaillées» avec les femmes.

«Il a fallu s'organiser pour qu'elles puissent nous appeler et il fallait que ça se fasse très secrètement, parce qu'elles se croyaient en très grand danger», a-t-elle dit.

Les policiers ont finalement retracé la maison de Lambeth. Mme Prem affirme que les femmes ont pu quitter la maison, avec la police sur place, après de multiples conversations téléphoniques.

M. Hyland a indiqué qu'un certain temps s'était écoulé avant l'arrestation des deux suspects, alors que la police s'affairait à confirmer les faits et à s'assurer que les captives ne seraient pas traumatisées davantage.

«Une fois les faits établis, nous avons procédé aux arrestations», a dit M. Hyland aux journalistes.

La police londonienne a refusé de dévoiler l'emplacement exact de la maison.

M. Hyland a affirmé que les femmes vivaient dans une «liberté contrôlée», mais que la police tentait toujours de déterminer leurs conditions de vie des 30 dernières années. «La plupart (du temps), elles ont été gardées sur place», a-t-il dit.

Il a raconté que son unité avait déjà vu des cas de personnes retenues contre leur gré pendant dix ans. «Mais nous n'avons jamais rien vu d'une telle ampleur», a-t-il confié.