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21/11/2013 03:22 EST | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

L'Ukraine tourne le dos à l'UE et se rapproche de Moscou

Le gouvernement ukrainien a suspendu jeudi les négociations en vue d'un accord d'association et de libre-échange avec l'Union européenne et annoncé la relance d'un « dialogue actif » avec la Russie.

La décision de Kiev est intervenue quelques heures après le refus du Parlement de transférer à l'étranger l'opposante Ioulia Timochenko.

L'UE a déploré ce revirement des autorités ukrainiennes, qu'elle a qualifié d'« occasion manquée ».

« C'est une déception non seulement pour l'UE, mais, je pense, aussi pour le peuple ukrainien », a dit la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, dans un communiqué.

La signature de l'accord « aurait fourni une occasion unique d'inverser la récente tendance à la baisse décourageante des investissements étrangers directs en Ukraine », a-t-elle ajouté.

Le rejet par les élus ukrainiens de projets de loi autorisant le départ de Ioulia Timochenko en Allemagne pour raisons médicales avait déjà semé le doute sur l'accord d'association, dont la signature était prévue le 28 novembre lors d'un sommet Ukraine-UE en Lituanie.

L'Union, qui négocie depuis des mois avec Kiev, a lié cette signature à la libération de l'opposante, condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir en 2011. La Russie a dénoncé des « pressions impardonnables ».

Selon un décret du premier ministre ukrainien, Mikola Azarov, le gouvernement a donc décidé de suspendre « le processus de préparation » de l'accord « avec pour objectif l'adoption de mesures assurant la sécurité [économique] nationale ».

Il précise que l'Ukraine va « reprendre un dialogue actif » avec Moscou et les autres membres de la Communauté des États indépendants (CEI) afin de renforcer avec eux les liens économiques et commerciaux, ce dont la Russie s'est félicitée.

« Nous saluons le désir d'améliorer et de développer le commerce et la coopération », a déclaré Dimitri Peskov, porte-parole du président Vladimir Poutine. Quelle qu'elle soit, la Russie respectera la décision de l'Ukraine à propos de l'UE, a-t-il ajouté.

Procédure de destitution

« Notre volonté d'entretenir de bonnes relations avec l'Ukraine est intacte et notre offre en vue d'un véritable partenariat reste d'actualité », a dit quant à lui le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, au nom des 28. « La balle est dans le camp de Kiev. Décider de la marche à suivre relève de leur droit souverain », ajoute-t-il.

Son homologue suédois a été moins diplomate. « Le gouvernement ukrainien penche soudain très fort vers le Kremlin. La politique de pression brutale paie, à l'évidence », écrit Carl Bildt sur Twitter.

L'insistance de l'UE en ce qui concerne la libération de Ioulia Timochenko, qu'elle juge victime d'une « justice sélective », a irrité le président Viktor Ianoukovitch.

Il s'est dit prêt à promulguer une loi autorisant sa libération, à condition qu'elle ne cherche pas à échapper « à sa responsabilité pénale », ce qui supposerait qu'elle purge le reste de sa peine à l'issue de son traitement médical. Le président craint visiblement qu'une réhabilitation politique de sa rivale ne compromette sa propre réélection en 2015.

Le rapprochement entre Kiev et Bruxelles a par ailleurs suscité de vives réactions en Russie, où Vladimir Poutine a menacé de prendre des mesures de rétorsion en cas de signature de l'accord d'association.

Le président russe a exhorté son homologue ukrainien à faire le nécessaire pour que l'Ukraine intègre l'union douanière créée entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, ce qui serait incompatible avec l'instauration d'une zone de libre-échange avec l'UE.

Pour le chef de file de l'opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, l'abandon du rapprochement avec l'UE justifie l'ouverture d'une procédure de destitution du chef de l'État.

Reuters