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18/11/2013 09:24 EST | Actualisé 18/01/2014 05:12 EST

Libye: l'armée investit les rues de Tripoli pour chasser les milices

TRIPOLI, Libye - L'armée libyenne a investi les rues de Tripoli lundi, à bord de dizaines de camions munis de canons antiaériens pour tenter de chasser les miliciens de la capitale.

L'opération a été chaleureusement accueillie par des résidants qui en ont plus qu'assez de ces groupes armés qui font la pluie et le beau temps à travers le pays.

La population libyenne n'a jamais été aussi mobilisée contre les milices, qui sèment le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Ces groupes lourdement armés, dont certains sont composés de militants islamistes, échappent au contrôle d'un gouvernement central faible. Ils se sont taillés des petits royaumes où ils imposent leur loi.

Toute tentative pour les déloger risque de dégénérer en des combats entre les milices pro- et antigouvernementales. Puisque plusieurs milices sont ancrées dans des villes spécifiques, toute explosion de violence pourrait voir ville affronter ville dans ce pays déjà fortement fragmenté.

L'opération de lundi est la plus musclée à ce jour par l'armée, mais les forces gouvernementales et la police demeurent faibles et mal équipées et auront besoin de la puissance de feu des milices alliées.

Des automobilistes ont klaxonné et agité le «V» de la victoire pour témoigner de leur appui quand l'armée est entrée dans Tripoli pour ériger des points de contrôle et patrouiller les rues. Le ministère de la Défense a demandé à la population, par téléphone mobile et à la télévision, d'appuyer les soldats.

Un porte-parole gouvernemental a indiqué que des milices issues de la ville de Misrata, dans l'ouest du pays, se sont retirées de quatre secteurs de la capitale face au déploiement de l'armée et qu'elles sont rentrées chez elles.

Des échanges de tirs sporadiques ont été entendus dans la portion orientale de la capitale, quand des membres d'une milice de Misrata ont ouvert le feu contre une milice de Tripoli qui demandait qu'ils déposent les armes avant de partir. On ne disposait d'aucun bilan dans l'immédiat.

Des affrontements meurtriers entre milices ont fait au moins 50 morts dans la ville depuis quelques jours, provoquant la colère des résidants.

Les combats ont éclaté vendredi quand des milliers de manifestants ont défilé dans un quartier de Tripoli contrôlé par plusieurs milices originaires de Misrata. Au moins 43 personnes ont perdu la vie quand les miliciens ont tiré dans la foule. Puis, samedi, une autre milice a tenté de prendre le contrôle d'une base militaire, provoquant des affrontements qui ont fait quatre morts.

La frustration populaire est aussi à l'origine d'une grève de trois jours à Tripoli. Lundi, lors du deuxième jour de grève, la ville était tranquille et seulement quelques commerces essentiels, comme les boulangeries et les hôpitaux, étaient ouverts.

Les milices libyennes sont issues de la rébellion qui a mené à la chute du régime Kadhafi. Elles ont refusé de déposer les armes après son départ et la police et l'armée sont trop faibles pour les désarmer par la force.

Par ailleurs, le directeur adjoint des services libyens du renseignement a été libéré lundi, quelques heures après avoir été enlevé par des hommes armés au moment où il quittait l'aéroport de Tripoli, a révélé un responsable de la sécurité.

Mustafa Nouh avait été enlevé dimanche après que L'identité des ravisseurs de M. Nouh demeure inconnue, mais sa famille est originaire de Misrata, une ancienne place-forte de l'insurrection anti-Kadhafi. Un homme qui accompagnait M. Nouh mais qui a réussi à s'échapper a indiqué que ses ravisseurs voyageaient à bord de trois voitures.