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18/11/2013 08:23 EST | Actualisé 18/01/2014 05:12 EST

Le Qatar dans le collimateur 

Le Qatar est exhorté à respecter les droits de ses travailleurs immigrés sur les chantiers de la Coupe du monde de 2022. 

L'Organisation des Nations-Unies, Amnesty International ont toutes deux constaté des abus visant les travailleurs immigrés au Qatar et demandent à ce pays de prouver son respect des droits de la personne.

Dans un rapport publié dimanche, et rendu public à Doha, Amnesty International exhorte la FIFA à faire pression sur le richissime émirat gazier pour qu'il améliore les conditions des ouvriers étrangers, majoritairement asiatiques.

Le gouvernement de Doha a annoncé joindre les conclusions d'Amnesty à l'enquête « indépendante » menée par un cabinet d'avocats international mandaté pour enquêter sur de précédentes allégations d'abus. Le Qatar a néanmoins rejeté les accusations d'esclavagisme moderne.

« Nos conclusions montrent un niveau alarmant d'exploitation dans le secteur de la construction au Qatar », a expliqué le secrétaire général d'Amnesty, Salil Shetty, à l'occasion de la publication du rapport « L'aspect sombre de la migration: pleins feux sur le secteur de la construction au Qatar avant la Coupe du Monde ».

« Il est simplement inexcusable que tant de travailleurs immigrés soient impitoyablement exploités et privés de leur salaire dans l'un des pays les plus riches du monde », a-t-il ajouté.

« Le Qatar va être sous le feu des projecteurs dans la perspective du Mondial de 2022, ce qui donne au gouvernement une occasion unique de prouver au monde qu'il est sérieux dans son engagement à respecter les droits de l'Homme », a ajouté M. Shetty. 

On estime à 88% la population de travailleurs migrants au sein de la population totale du Qatar. 

Radio-Canada Sports a parlé au rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de la personne des migrants, qui revient d'une mission de huit jours au Qatar, et qui a constaté les conditions de travail des ouvriers. 

« Tous les travailleurs de la construction sur les chantiers vivent dans des conditions extrêmement difficiles dans la plupart des cas, et ont souvent été exploités dès leur départ dans leur pays d'origine, dès leur recrutement. Donc, c'est l'ensemble du parcours migratoire qui est problématique, a expliqué l'avocat montréalais François Crépeau, professeur de droit à l'Université McGill, dans l'émission Culture physique.   

« Le nombre de morts sur les chantiers du Qatar est mineur, mais, ce qui est très vrai,  il y a une exploitation souvent éhontée des travailleurs, sur les chantiers de construction, surtout dans les plus bas niveaux de l'échelle, les travailleurs non qualifiés ou peu qualifiés, ceux qui transportent des briques, qui font la circulation sur les chantiers.  Pour ces gens-là, il y a toute une série de problèmes qui se posent », précise M. Crépeau.

Le non-respect du contrat 

« Ces gens arrivent sur les chantiers déjà endettés, parce que les recruteurs dans les petits villages au Népal ou au Bangladesh leur promettent monts et merveilles contre paiement d'argent. Et pour cet argent, ils ont dû emprunter ou vendre une maison, un champ ou une vache. Ils leur promettent un niveau de salaire, quelque chose comme 1800 dollars par mois, qu'ils seront chauffeurs ou contremaîtres.

« Or, quand ils arrivent, ils découvrent que c'est 800 $ par mois, qu'ils vont être manœuvre et pas contremaître, qu'ils vont transporter des briques. Il est prévu dans le contrat des journées de 8 heures, or la pratique c'est 11 heures. Il est prévu dans le contrat 2 jours de congé, alors que dans la pratique, c'est un jour de congé par semaine. Et bien souvent, le contrat signé dans le pays d'origine n'est tout simplement pas reconnu une fois que ces gens-là sont arrivés.  

« Alors, on leur fait signer un autre contrat, on leur dit : tu signes, ou on te renvoie chez toi. Or, la personne, avec les dettes qu'elle a, ne peut pas se permettre de rentrer dans son pays, car elle doit gagner de l'argent pour payer ses dettes. Le droit qatari, comme le droit international, interdit cette pratique, or dans le petit échantillon de travailleurs auquel j'ai parlé, c'est une pratique systématique.

« J'ai donc écrit dans mon rapport de fin de mission, que j'ai remis aux autorités du Qatar, qu'il y avait un effort substantiel à faire avec les pays d'origine », explique le professeur de l'Université McGill.

La réaction des autorités du Qatar

« J'ai été assez surpris par la finesse de l'analyse que l'on trouve au plus haut niveau. Ils comprennent très bien le problème, a constaté le rapporteur spécial de l'ONU. Particulièrement l'équipe qui a été mise en place pour préparer la Coupe du monde de 2022. Elle veut une Coupe du monde propre, qui ne soit pas ternie par des histoires d'exploitation de travailleurs.

« Le sentiment que j'ai eu, et je suis prêt à parier, je vais peut-être le perdre, mais j'espère le gagner, le sentiment que j'ai eu, c'est que sur l'ensemble des infrastructures qui seront construites pour le mondial, et qui n'ont pas encore commencé, pour l'instant, ils ont commencé à faire les routes, mais les stades et les logements, rien n'a commencé, ils veulent que tous les travailleurs aient leurs droits absolument garantis. Donc, pas de frais de recrutement et le respect du contrat une fois arrivé sur place.      

« Et pour ça, on m'a annoncé que l'équipe qui prépare la Coupe du monde allait mettre en place des audits particuliers, et rendre responsables les entreprises qui construisent les stades et autres lieux de la Coupe du monde  pour ce qui se passe chez leurs sous-contractants, car c'est souvent là qu'est le problème, ses sous-sous-sous contractants qui fournissent 1500 personnes à la demande à 15 jours d'avis », a conclu François Crépeau.        

Dans un communiqué publié lundi, la FIFA a dit « croire fermement » en l'impact positif de la Coupe du monde de 2022 qui se traduira par « une amélioration des droits du travail et des conditions des travailleurs immigrés ».