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18/11/2013 01:24 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Houda-Pepin défend son intégrité

Dénonçant les attaques personnelles dont elle estime être la cible dans les médias, la députée libérale Fatima Houda-Pepin a publié un communiqué, lundi, pour expliquer pourquoi elle était jusqu'ici restée muette au sujet du projet de charte des valeurs et pourquoi elle a récemment choisi de briser ce silence.

Ce communiqué n'a pas été soumis aux autorités du Parti libéral du Québec avant d'être envoyé aux médias.

La députée de La Pinière y explique qu'elle travaillait depuis 2011 sur un projet de loi à propos de la neutralité religieuse de l'État, mais que ce projet a été, en quelque sorte, balayé sous le tapis par Philippe Couillard.

Mme Houda-Pépin rappelle toutefois qu'elle n'adhère pas pour autant au projet de charte des valeurs du Parti québécois.

« Je n'endosse pas la charte des valeurs du gouvernement Marois. J'ai estimé que je pouvais apporter une contribution à ce débat, à l'intérieur de mon parti et de l'aile parlementaire libérale. À cet effet, j'ai proposé que ce projet de loi soit au moins soumis pour discussion au sein du caucus. S'il avait été approuvé après modification, il aurait pu être déposé à l'Assemblée nationale avant la date limite du 15 novembre et être appelé pour étude éventuellement », explique la seule députée musulmane élue à l'Assemblée nationale.

Elle ajoute que « par respect pour [son] chef et [ses] collègues du caucus et par loyauté envers [son] parti », elle a préféré « garder le silence en choisissant la voie du dialogue, non pas en solitaire, mais dans la discrétion ».

« Or, rappelle la députée, le 29 octobre dernier, on m'a proposé de laisser tomber le projet de loi et de présider un comité sur l'intégrisme. J'ai refusé de mettre le projet de loi sous le tapis et j'ai accepté cependant, en femme d'équipe, d'agir comme personne ressource pour le nouveau comité qui n'a reçu son mandat du chef, M. Philippe Couillard, que le 13 novembre dernier. »

Tout en se disant prête à collaborer avec son parti et son chef auxquels elle dit être loyale, Mme Houda-Pepin ne veut pas « se retrouver dans une situation où on [la] force à renier soit [ses] convictions profondes ou [son] attachement au Parti libéral du Québec ».

La députée plaide pour large collaboration des partis politiques « au lieu de se déchirer sur des foulards au grand bonheur des groupes radicaux qui œuvrent à saper les bases de notre démocratie ».

Un dilemme pour Couillard

Le correspondant de Radio-Canada à l'Assemblée nationale, Davide Gentile, a pris le pouls des troupes libérales à Québec. Selon ses informations, les libéraux ont l'impression que Philippe Couillard devra proposer quelque chose de concret à Mme Houda-Pepin pour qu'elle mette de l'eau dans son vin. De manière générale, il semble que les libéraux souhaitent que la députée réintègre le caucus, « mais on nous présente la situation actuelle comme un dilemme », explique Davide Gentile. Car si elle est expulsée, cela pourrait avoir pour effet de créer une sorte de martyre, ce qui nuirait à l'image du parti. D'un autre côté, M. Couillard ne peut pas non plus lui donner tout ce qu'elle demande, dit-on, parce que cela encouragerait la dissidence et affaiblirait son image de chef.

Pour l'heure, au bureau de Philippe Couillard, on soutient que les lignes de communication sont toujours ouvertes. M. Couillard n'a cependant pas fait de commentaire sur cette deuxième sortie publique de sa députée, rapporte la journaliste Martine Biron.

Une première lettre publiée par Mme Houda-Pepin la semaine dernière avait été qualifiée de geste de rupture par les autorités libérales. Dans cette lettre, la députée affirmait que le Parti libéral devait accepter de limiter les droits fondamentaux « quand l'intérêt public l'exige », particulièrement pour protéger l'égalité homme-femme.