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17/11/2013 09:51 EST | Actualisé 17/01/2014 05:12 EST

Le gouvernement du Pakistan veut poursuivre Pervez Musharraf pour trahison

ISLAMABAD - Le gouvernement du Pakistan a l'intention de traduire l'ancien président Pervez Musharraf en justice pour trahison, pour avoir décrété l'état d'urgence et suspendu la Constitution alors qu'il était au pouvoir en 2007, a annoncé le ministre de l'Intérieur, dimanche.

M. Musharraf, un ancien chef de l'armée, serait le premier dirigeant militaire à être traduit en justice pour trahison, dans ce pays qui a fait face à trois coups d'État durant ses 66 ans d'histoire. Il pourrait être condamné à la peine de mort ou à l'emprisonnement à perpétuité, mais certaines personnes doutent du fait que l'armée, très puissante dans le pays, le permettra. L'ancien président clame son innocence.

Le gouvernement prévoit envoyer une lettre à la Cour suprême lundi, lui demandant d'entamer les procédures pour trahison en vertu de l'article 6 de la Constitution, a annoncé le ministre de l'Intérieur Chaudhry Nizar Ali Khan en conférence de presse. Le gouvernement a pris sa décision après qu'un comité d'enquête formé sous la direction de la Cour suprême eut rassemblé assez de preuves pour un procès, a-t-il ajouté.

Il a spécifiquement invoqué une décision de M. Musharraf de suspendre des juges en chef, dont le juge en chef de la Cour suprême, et de les avoir détenus après avoir décrété l'état d'urgence le 3 novembre 2007. Il appert qu'il craignait qu'ils mettent en doute sa réélection à la présidence.

Il a aussi mentionné que la décision de poursuivre l'ancien président n'était pas une vengeance personnelle du premier ministre Nawaz Sharif, tassé de son siège dans un coup d'état militaire orchestré par M. Musharraf en 1999.

Raza Bokhari, un porte-parole de M. Musharraf, a vertement critiqué l'intention du gouvernement, affirmant qu'il s'agissait d'une gifle à l'armée.

«Non seulement rejetons-nous fortement ces accusations, nous les considérons aussi comme une vicieuse tentative de miner l'armée du Pakistan, a réagi M. Bokhari, dans une déclaration officiel. Il s'agit aussi d'une tentative avortée par le gouvernement d'éloigner temporairement l'attention de menaces existentielles que doit affronter le Pakistan.»

Un des avocats de M. Musharraf, Ilyas Siddiqui, a affirmé que l'équipe judiciaire de son client établirait sa stratégie une fois que les procédures débuteront de façon formelle.

M. Musharraf a gouverné le pays pendant près de dix ans, après le coup d'état de 1999, mais été forcé de démissionner en 2008 devant le mécontentement grandissant. Il a quitté le pays peu après. Après des années d'exil volontaire, il est revenu au pays en mars dernier, dans l'espoir de se présenter aux élections nationales tenues en mai. Il a été disqualifié en raison des actions qu'il a posées pendant son règne et a passé la plupart de son temps à débattre en cour.

Un mandat d'arrêt a été émis contre lui et il est demeuré en détention durant des mois après son retour au Pakistan. Il a été relâché le mois dernier seulement, après avoir été libéré sous caution dans quatre autres dossiers. Il lui est interdit de quitter le pays.

Les autres dossiers judiciaires portent sur sa présumée implication dans le meurtre de l'ancienne première ministre Benazir Bhutto, la mort d'un chef séparatiste baloutche tué par l'armée, le meurtre de religieux radicaux et la détention de juges pakistanais.