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16/11/2013 05:35 EST | Actualisé 16/01/2014 05:12 EST

Schisme au sein des troupes de Berlusconi

Angelino Alfano, secrétaire du Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, a annoncé, vendredi, la création d'un groupe parlementaire dissident qui soutiendrait le fragile gouvernement de coalition d'Enrico Letta.

Ministre de l'Intérieur et vice-président du Conseil, Angelino Alfano s'émancipe de son mentor à la veille d'un congrès du PDL au cours duquel Silvio Berlusconi entend donner un nouveau souffle au parti en le renommant symboliquement « Forza Italia », son nom d'origine lorsque l'ancien président du Conseil l'a fondé en 1994, lors de son entrée en politique.

Ce geste de défi survient après plusieurs mois de tensions à droite entre « faucons » et « colombes », entre adversaires et partisans d'un maintien au sein de la coalition gouvernementale après la condamnation définitive pour fraude fiscale de Silvio Berlusconi, qui risque en conséquence d'être destitué de son poste de sénateur le 27 novembre.

« Je suis en train d'effectuer un choix que je n'aurais jamais pensé devoir faire, ne pas rejoindre Forza Italia », a déclaré Angelino Alfano à un groupe de « modérés » du PDL après une discussion de la dernière chance avec Silvio Berlusconi, qui lui avait confié les rênes du parti en 2011.

Le nom provisoire de ce nouveau groupe parlementaire sera le « Nouveau Centre Droit », a-t-il précisé.

« Acte très grave »

Ce groupe comptera suffisamment d'élus pour permettre la survie du gouvernement Letta jusqu'en 2015, a dit l'un de ces parlementaires dissidents, le sénateur Carlo Giovanardi.

Raffaele Fitto, l'un des « faucons » fidèles à Silvio Berlusconi, a jugé que la décision d'Angelino Alfano était « un acte très grave contre sa propre histoire, contre Silvio Berlusconi, notre programme et nos électeurs ». « Les électeurs du véritable centre droit le jugeront », a-t-il ajouté.

Réunions et coups de téléphone se sont multipliés, vendredi, pour trouver les modalités d'une trêve entre les deux camps et éviter une confrontation publique lors du congrès, en vain.

Le couperet du 27 novembre

Début octobre, la tentative de Silvio Berlusconi de faire tomber le gouvernement de grande coalition qui rassemble le PDL et le Parti démocrate n'a pu aboutir en raison de la fronde des modérés de son parti, notamment des cinq ministres de centre-droit qui ont refusé de désavouer Enrico Letta.

Ces « colombes » du PDL se sont rassemblées autour d'Angelino Alfano, présenté depuis comme un nouveau Brutus par les proches de Berlusconi.

Ce dernier a été condamné, début août, pour fraude fiscale à quatre ans de prison, commués en une peine d'un an de travaux d'intérêt général. Il s'agit de sa première condamnation définitive dans la trentaine de procès qui lui ont été intentés pour des accusations allant de la fraude fiscale aux relations sexuelles tarifées avec une mineure, le fameux « Rubygate ».

Le 27 novembre, les sénateurs se prononceront sur la déchéance du « Cavaliere », qui semble pratiquement acquise.

Furieux de ce qu'il considère comme une condamnation « politique », Silvio Berlusconi entend provoquer une crise qui entraînerait la chute du gouvernement et de nouvelles élections malgré une situation économique inquiétante.

L'économie italienne s'est légèrement contractée au troisième trimestre, le produit intérieur brut reculant de 0,1 %, son neuvième trimestre consécutif de baisse.

Dans ce contexte difficile, les déchirements au sein du PDL fragilisent encore la coalition au pouvoir et le président Giorgio Napolitano a déploré, jeudi, un climat politique « empoisonné » qui contribue à l'instabilité du pays.

Les 850 délégués au congrès entendront, samedi, un discours de Silvio Berlusconi mais personne ne croit ni à un véritable débat, ni à une clarification, dans l'attente du vote du 27 novembre au Sénat.

Il est difficile de dire combien de parlementaires du PDL, qui doivent pratiquement tous leur carrière politique à Silvio Berlusconi, suivront Angelino Alfano.

« C'est vraiment la confusion. On est dans le brouillard, car beaucoup de gens ont multiplié les déclarations d'allégeance aux uns comme aux autres », a commenté un responsable du parti.

Reuters