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15/11/2013 10:23 EST | Actualisé 15/01/2014 05:12 EST

Philippe Couillard veut le retour de Fatima Houda-Pepin mais lui donne raison

MONTRÉAL - Visiblement très irrité par la sortie publique de sa députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, lui a néanmoins donné raison sur la question du port du tchador.

Il lui a toutefois lancé du même coup un avertissement clair de réintégrer les rangs et de ne plus intervenir en dehors des cadres du parti.

Jeudi, Mme Houda-Pepin, la seule députée musulmane à l'Assemblée nationale, a dénoncé avec vigueur dans une lettre à La Presse Canadienne les propos de son collègue, Marc Tanguay, voulant qu'une femme portant le tchador serait la bienvenue comme candidate du parti. Le tchador est un grand voile noir qui recouvre tout le corps et la tête de la femme, mais laisse voir son visage.

Moins de 24 heures plus tard, Philippe Couillard a convoqué les médias à une conférence de presse, vendredi matin, au cours de laquelle il a désavoué les propos de M. Tanguay.

«M. Tanguay a fait une communication. Il nous arrive tous qu'on dise des choses de façon un peu différente de la façon dont on aurait voulu les exprimer», a fait valoir le chef libéral.

«En pratique et en réalité, il n'y aura pas de candidate libérale portant le tchador», a-t-il tranché.

Cependant, il a reproché à Mme Houda-Pepin d'avoir posé un geste de rupture avec le parti et le caucus en effectuant une telle sortie et a exigé qu'elle se présente au caucus et s'engage de façon «explicite» à travailler avec celui-ci, notamment sur un projet de loi visant à contrer l'extrémisme et l'intégrisme.

Ce que réclame le chef libéral, en d'autres termes, est une profession de foi publique et inconditionnelle de Mme Houda-Pepin envers la position de son parti.

«Si elle ne fait pas ce geste-là — et je crois qu'elle le fera — elle se placerait elle-même en situation d'exclusion du caucus», a indiqué le leader libéral, refusant de dire clairement s'il l'écarterait du caucus dans le cas contraire.

Philippe Couillard a cependant été clair sur un point: Mme Houda-Pepin devra suivre la ligne de parti lorsque viendra le temps de voter sur le projet de charte de la laïcité. La députée avait affirmé, au début du mois, que la neutralité de l'État était un enjeu de société et pas un enjeu de parti. Elle avait même laissé entendre qu'elle se prononcerait en son nom en affirmant qu'elle n'avait jamais fait de partisanerie politique avec un dossier aussi important que celui-là.

Son chef a toutefois fermé la porte à double tour à cette possibilité.

«On ne peut pas être député libéral et donner son accord à une discrimination à l'emploi basée sur le port de signes religieux, c'est impossible. C'est clair qu'il y aura un vote de parti là-dessus», a déclaré avec fermeté M. Couillard, tout en reconnaissant que Mme Houda-Pepin avait pu se sentir triplement interpellée par le débat entourant le projet de charte sur la laïcité — à titre de femme, de Québécoise et de musulmane.

Dans son texte, la députée de La Pinière depuis 1994 affirme que le PLQ doit accepter de limiter les droits, même fondamentaux, «quand l'intérêt public l'exige», dans ce cas-ci au nom de l'égalité entre hommes et femmes.

Une question demeure toutefois en suspens: la sortie de Mme Houda-Pepin visait spécifiquement le tchador mais ne faisait aucune mention sur le hijab, ce foulard qui recouvre les cheveux tout en laissant le visage à découvert et qui est très commun dans le paysage public. On ne sait donc toujours pas si la députée de La Pinière est en harmonie avec son parti qui entend permettre le port du hijab tant dans la fonction publique que chez une candidate du PLQ qui voudrait le porter.

Philippe Couillard, lui, croit qu'elle l'est. «Je n'ai pas entendu Mme Houda-Pepin dire le contraire. Attendez qu'elle en parle. Elle a mentionné qu'elle était tout à fait confortable avec les orientations du Parti libéral du Québec. C'est cette question du tchador qui a éveillé chez elle des sentiments que je comprends», a-t-il soutenu.