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13/11/2013 03:01 EST | Actualisé 12/01/2014 05:12 EST

Une campagne de sociofinancement qui passe du rêve au cauchemar

Sur le point d'empocher des centaines de milliers de dollars, un promoteur de Trois-Rivières a soudainement mis fin à sa campagne de financement, considérée comme une arnaque par plusieurs donateurs.

Un reportage de Bruno Maltais

Au cours du dernier mois, plus de 2500 personnes d'un peu partout dans le monde se sont engagées à financer le développement d'un système qui permettrait de contrôler consciemment les rêves grâce à un bandeau capable de détecter les phases du sommeil et de conditionner le cerveau. Le projet LUCI, présenté par le Québécois Wayne Kendall Jr sur le site Kickstarter, a obtenu des promesses d'investissement de plus de 400 000 $ en quatre semaines, soit 10 fois plus que l'objectif.

Mais au cours des derniers jours, les interrogations se sont multipliées. Certains petits philanthropes de la plateforme de financement communautaire se sont transformés en petits enquêteurs. Parmi eux, Amine Barnat, un étudiant à Paris, a recensé plusieurs éléments jugés suspects, dont des photos truquées, des problèmes de fonctionnement du site web et du courriel du promoteur et la suppression des pages Facebook du promoteur et de sa copine.

Alexandre Dubé-Pakenham, qui étudie en biologie à l'Université Laval, a posé une série de questions au promoteur de LUCI afin de vérifier l'authenticité du projet. Après s'être engagé à verser 150 $, il souhaitait voir des images de l'avancement du projet. « La seule chose que nous voulions était une preuve de ce qu'ils ont affirmé avoir », explique-t-il en entrevue à Radio-Canada. Incapable d'obtenir des réponses, Alexandre Dubé-Pakenham a alerté l'entreprise américaine Kickstarter et les autres donateurs de ce qu'il estime être une fraude.

Alors que les questions sur le projet se transformaient de plus en plus en messages dénonçant une campagne de financement jugée trompeuse par certains des donateurs, le promoteur a soudainement annulé sa collecte de fonds, affirmant avoir signé une entente avec un investisseur mystérieux, à 48 heures de la fin de la période de financement, au moment où les promesses de contribution se seraient transformées en argent sonnant.

Toutes les tentatives de Radio-Canada pour joindre Wayne Kendall Jr étaient alors vaines. Des membres de sa famille disaient ne pas savoir où il était. Les appels au numéro de téléphone associé à l'entreprise Caluka mènent à un message enregistré expliquant comment expédier des colis de métaux précieux, sans pouvoir parler à qui que ce soit, et nos courriels étaient restés lettre morte. Pendant ce temps, le promoteur de LUCI répondait toutefois aux commentaires sur le site Kickstarter, défendant bec et ongles son projet de bandeau qui permettrait de faire des rêves lucides. Il a également écrit qu'une plainte pour harcèlement serait déposée contre ceux qui ont communiqué avec sa famille.

Qui est derrière le projet LUCI?

Sur le site Kickstarter, le projet LUCI est présenté comme étant l'initiative de GXP Technologies, « une filiale du Groupe Caluka ». Immatriculé auprès du Registraire des entreprises du Québec depuis 1998, le Groupe Caluka est une entreprise individuelle appartenant à Wayne Kendall Jr. Les activités de l'entreprise sont liées aux services informatiques et au recyclage des métaux précieux. Caluka est d'ailleurs derrière les sites GoldExperts.ca et Gold-Experts.com, qui proposent d'acheter des bijoux, que l'on doit envoyer par la poste à une adresse dans un quartier résidentiel de Trois-Rivières. L'adresse indiquée pour l'envoi de colis n'est toutefois plus celle de Wayne Kendall Jr depuis septembre dernier.

De nombreuses personnes qui s'étaient engagées à faire un don au projet LUCI se sont réjouies de l'annulation de la campagne de financement, donc de la confirmation que personne ne perdra d'argent dans cette affaire. « Internet a encore gagné », a écrit un donateur, comme quoi la collaboration des internautes a permis d'éviter ce qu'il estime être une arnaque. Mais Internet ne gagne pas toujours. Et lorsque des fraudes se concrétisent, il est souvent difficile de poursuivre les responsables, notamment lorsque les intervenants sont dans différents pays et que les montants en cause sont inférieurs à ce que pourraient coûter les démarches judiciaires.

Avec la collaboration de Pierre Marceau