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12/11/2013 06:52 EST | Actualisé 12/01/2014 05:12 EST

Rob Ford : après le scandale, la figurine

Alors qu'une autre semaine difficile attend le maire de Toronto sur le front politique, Rob Ford et son frère tentent plutôt d'attirer l'attention, mardi, sur de nouvelles figurines du maire qui sont mises en vente.

Les profits seront remis à des oeuvres de charité.

Des dizaines de personnes ont fait la queue à l'hôtel de ville pour mettre la main sur l'une d'entre elles. Dans certains cas, ces résidents ont attendu durant trois heures. Certains sont des partisans du maire, alors que d'autres sont simplement curieux et comptent essayer de revendre les figurines sur Internet.

Le maire Ford a lui-même autographié les figurines pour le public.

Pour sa part, le conseiller municipal Doug Ford a répété que son frère s'était excusé au sujet de sa consommation d'alcool et de crack et qu'il resterait en poste. Selon lui, il est temps de tourner la page.

Le conseiller Doug Ford n'a pas voulu donner de détails sur le type d'aide que son frère recevait. Mais il a raconté que le maire était bien endolori lundi, après avoir commencé un nouveau régime d'exercice physique.

Plus tard mardi, un juge de la Cour supérieure de l'Ontario doit statuer s'il permet à l'avocat d'un Torontois accusé de trafic de drogue, qui apparaissait au côté du maire sur une photo prise devant une présumée fumerie de crack, de visionner la fameuse vidéo où l'on voit M. Ford en train d'inhaler ce dérivé de la cocaïne. La Couronne répond que l'accusé, Mohammad Khattak, n'est même pas dans la vidéo. Mais son avocat soutient que son client est condamné par association.  

Si le magistrat accepte de lui montrer l'enregistrement, les médias pourraient vite en demander eux aussi une copie.

Le juge Ian Nordheimer doit aussi décider cette semaine s'il autorisera la publication de dizaines de pages supplémentaires de documents censurés déposés après l'arrestation de l'un des amis du maire, Alessandro Lisi, qui a été accusé de trafic de drogue et d'extorsion pour avoir tenté de s'emparer de la vidéo.

Par ailleurs, le conseil municipal débattra à compter de mercredi de deux motions contre le maire.

La première vise à lui retirer le pouvoir de remplacer le maire adjoint ainsi que les présidents des différents comités municipaux. Selon la deuxième, le conseil municipal demandera l'intervention du gouvernement provincial si M. Ford refuse de quitter son poste volontairement, le temps de subir une cure de désintoxication.

De son côté, le maire a répété, lundi, qu'il n'allait nulle part, « garanti ». Depuis qu'il a avoué il y a une semaine avoir déjà fumé du crack, il maintient qu'il continuera à se battre pour les contribuables. Selon lui, il revient aux électeurs de décider l'an prochain s'il mérite un deuxième mandat.

Un bon gestionnaire?

Rob Ford se décrit comme le maire qui a permis aux Torontois d'économiser 1 milliard de dollars.

Toutefois, certaines de ses réalisations sont échelonnées sur plus d'un mandat de quatre ans.

Par ailleurs, l'élimination de la taxe sur l'immatriculation des véhicules, bien qu'il s'agisse d'une mesure populaire auprès des automobilistes, constitue une perte de revenus pour la Ville.

Au contraire, l'augmentation des frais d'usagers n'est pas une économie pour les résidents, qui doivent payer davantage pour leurs activités récréatives.

Néanmoins, même si le maire Ford n'a pas trouvé les centaines de millions de dollars en économies qu'il avait promises durant la campagne électorale en 2010, il a remis de l'ordre dans les finances publiques, selon nombre d'observateurs.

C'est souvent l'argument qu'invoquent ses partisans pour expliquer qu'ils continuent à l'appuyer malgré le scandale du crack qui le poursuit.

Alors que des allégations de malversations financières ont coupé court à la carrière politique d'une demi-douzaine de maires au Québec au cours de la dernière année, le conseiller municipal torontois Doug Ford se targue à répéter que son frère est le politicien « le plus honnête » au Canada.

L'homme du peuple

L'élection de Rob Ford à la tête de la plus grande ville du pays a surpris nombre d'analystes en 2010.

M. Ford était jusque-là connu comme le bouffon du conseil municipal, celui qui semblait accumuler les gaffes verbales et les votes perdus.

Il n'y a pas de partis en politique municipale en Ontario et Rob Ford était souvent la seule voix dissidente au conseil sur des questions parfois ridicules, comme son refus, d'année en année, de payer un employé pour arroser les plantes à l'hôtel de ville.

Cette attitude d'économe à l'extrême durant ses dix années comme conseiller municipal lui a, toutefois, permis de faire campagne à la mairie en 2010 en tant que défenseur des contribuables, qui allait stopper le « train du gaspillage » à l'hôtel de ville. Son message a séduit les Torontois, las du maire de gauche sortant, David Miller.

Son autre force : il a toujours eu à coeur de régler les problèmes de ses électeurs, que ce soit un nid de poule dans une rue ou des punaises de lit dans un logement social. M. Ford a continué à répondre ainsi aux doléances des résidents, même après son élection à la mairie.

M. Ford se présente comme un homme du peuple. Mais le père de famille, qui a troqué sa minifourgonnette pour un véhicule utilitaire sport de luxe après avoir été élu à la mairie, a grandi dans une famille nantie de l'ouest de la ville.

Son défunt père, un député conservateur sous Mike Harris, a fondé une maison d'impression qui fait des affaires au Canada et aux États-Unis.

Passé trouble

Selon l'émission Fifth Estate de la CBC, Rob Ford était un revendeur de drogue à l'école secondaire.

Il a été arrêté en 1999 en Floride pour conduite avec des facultés affaiblies par l'alcool et possession de marijuana. Lorsque cette arrestation a fait les manchettes durant la dernière campagne électorale, M. Ford a d'abord nié les événements pour ensuite dire qu'il avait oublié.

En 2006, alors qu'il était ivre, il a hurlé des obscénités à l'endroit d'un couple lors d'un match de hockey des Maple Leafs. Après avoir nié l'affaire, en affirmant qu'il n'avait même pas assisté à la joute, il a présenté des excuses quelques jours plus tard.

Après son élection à la mairie en 2010, plusieurs personnes ont affirmé avoir vu Rob Ford ivre à des événements publics. Le maire a d'abord nié ces allégations, pour ensuite confesser, plus tôt ce mois-ci, qu'il buvait parfois « trop, beaucoup trop ».

Mardi dernier, il a aussi admis, après des mois de déni, qu'il avait déjà fumé du crack. Il nie, toutefois, être un toxicomane ou un alcoolique.