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11/11/2013 01:42 EST | Actualisé 11/01/2014 05:12 EST

Haiyan: les préparatifs philippins ont été insuffisants

MANILLE, Philippines - Quelques heures avant que le typhon Haiyan ne matraque les Philippines, les responsables ont déplacé quelque 800 000 personnes vers des abris d'urgence solides — des églises, des écoles et d'autres établissements publics.

Ces structures se sont toutefois révélées incapables de résister à des vents d'une puissance inimaginable et aux murs d'eau qui ont déferlé vendredi, dévastant des communautés toutes entières et faisant des milliers de morts, y compris plusieurs de ceux qui s'étaient rassemblés dans ces abris d'urgence.

Cette tragédie rappelle une fois de plus que la colère de la nature est telle qu'elle peut surpasser même les préparatifs les plus minutieux. Si on ajoute à tout cela certaines circonstances malencontreuses, dont certaines d'origine humaine, on obtient une catastrophe aussi dévastatrice que celle à laquelle les Philippines sont aujourd'hui confrontées.

«Parfois, peu importe à quel point on se prépare, le désastre est tout simplement trop important», a dit Zhang Qiang, un expert de la question à l'Université de Pékin.

Quelque 10 000 personnes pourraient avoir perdu la vie après avoir été emportées par les eaux ou ensevelies sous des tonnes de débris. L'ampleur exacte de la destruction pourrait ne pas être connue avant des semaines ou des mois.

Les autorités avaient pourtant réagi aux prédictions d'une tempête sans précédent en évacuant les résidences fragiles le long des côtes au profit d'édifices plus solides à l'intérieur des terres. Des tactiques similaires s'étaient révélées efficaces quelques semaines plus tôt quand le passage du typhon Phailin sur la côte orientale de l'Inde n'avait fait que 25 morts, pendant que des milliers de personnes s'entassaient dans des refuges gouvernementaux.

Le Viêtnam semblait aussi avoir réussi à évacuer quelque 600 000 personnes avant l'arrivée de Haiyan, lundi matin.

Les responsables philippins n'avaient toutefois pas prévu l'onde de tempête de six mètres qui a balayé Tacloban, la capitale de la province insulaire de Leyte, qui a subi les pires dommages causés par Haiyan. Et si plusieurs personnes ont perdu la vie dans les abris d'urgence, d'autres sont mortes quand elles ont choisi de rester chez elles par insouciance ou par crainte des pillards.

«J'ai parlé aux gens de Tacloban, a dit un proche du président Benigno Aquino III, Rene Alemendras. Ils ont dit, 'Nous étions prêts pour le vent. Nous n'étions pas prêts pour l'eau'. Nous avons tout tenté pour prévenir tout le monde. Mais c'était écrasant, surtout l'onde de tempête.»

Si l'onde de tempête s'est révélée meurtrière, la destruction initiale a été causée par des vents qui soufflaient à 235 kilomètres/heure, avec des rafales de 275 kilomètres/heure.

Un lieutenant-colonel de l'armée de l'air philippine a raconté que ses hommes et lui avaient tenté de se mettre à l'abri sur le toit de leur caserne quand l'eau a commencé à monter. L'édifice s'est éventuellement écroulé sous la force du vent et ils ont été jetés à la mer. Le colonel Fermin Carangan a flotté pendant plusieurs heures, accroché à un morceau de bois, avant de pouvoir finalement revenir vers le rivage. Il s'est aussi porté au secours d'un garçonnet de sept ans qui flottait suspendu à un cocotier, qu'il a ensuite confié à un policier.

Les préparatifs des Philippines ont été freinés par la faiblesse du gouvernement central et par l'autonomie presque totale dont jouissent les gouverneurs régionaux pour gérer les problèmes locaux. En comparaison, au Viêtnam, les décisions du gouvernement central ne peuvent être laissées pour compte.

Il est aussi plus facile de déplacer les gens au Viêtnam qu'aux Philippines, un pays composé de quelque 7000 îles.