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07/11/2013 09:07 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

« Il a fait des promesses à ces gars-là, les Hells » - Audette sur Dupuis

Les pressions en crescendo de Jocelyn Dupuis sur Michel Arsenault pour faire passer les dossiers de Ronnie Beaulieu et Raynald Desjardins au Fonds de solidarité, jusqu'à sa « crise » du 30 avril 2009, démontrent à quel point il est impliqué avec Hells Angels et la mafia, soupçonnent le président de la FTQ et son conseiller politique dans un enregistrement entendu à la commission.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Elles soulignent aussi le fort intérêt de M. Dupuis pour deux entreprises dans lesquels il avait des intérêts : car s'il est déjà connu que M. Dupuis travaillait pour le mafieux Raynald Desjardins chez Carboneutre depuis l'automne 2008, la commission a aussi appris jeudi qu'il espérait travailler pour Ronnie Beaulieu chez Pascal, si le projet décollait.

Mais comme en témoignent des extraits d'écoute électronique entre M. Arsenault et Gilles Audette, au 1er mai 2009, tout les espoirs de M. Dupuis sont devenus illusoires.

M. Arsenault rapporte alors à son conseiller politique la rencontre houleuse qu'il a eue, la veille, avec M. Dupuis, en compagnie de l'ancien président de la FTQ Henri Massé, lors de laquelle l'ex-directeur général de la FTQ-Construction lui aurait fait « toute une crise ».

M. Dupuis, affirme alors M. Arsenault, insistait pour qu'il défende au Fonds le dossier du sympathisant Hells Ronnie Beaulieu qui voulait obtenir un nouvel investissement dans Pascal, après l'avoir aidé à racheter l'entreprise en 2006.

« Il a eu le front de me demander de relancer le dossier de Ron Beaulieu pour la bâtisse », a-t-il rapporté à Gilles Audette, ajoutant : « Il m'a donné de la marde pendant une heure de temps, j'ai pas dit un mot ».

Mais lorsque M. Dupuis aborde le dossier Carboneutre, M. Arsenault brandit alors la carte d'affaires du mafieux Raynald Desjardins, fournie par Ken Pereira, qui démontre que l'homme réputé proche du clan Rizzuto est derrière le projet Carboneutre : « Quand il est tombé sur son dossier, j'ai sorti la carte d'affaires [...] je me suis payé une traite. Pis Henri, il disait pas un mot ».

Michel Arsenault dit avoir alors lancé à Jocelyn Dupuis qu'il irait au Fonds et lui reviendrait pour ses deux dossiers, ce qu'il a fait, pour lui dire que c'était fini.

Jocelyn Dupuis l'aurait alors menacé « de le faire sauter comme président de la FTQ », comme en fait d'aileurs foi un extrait d'enregistrement du 30 avril entre MM. Dupuis et Arsenault déjà présenté à la commission.

« Moi, j'vas le sortir, m'a sortir publiquement, tabarnak, comme quoi j'avais eu une entente avec vous autres. S'il y faut, j'vais faire une entrevue là-dessus », lance M. Dupuis au président de la FTQ : « Je perdrai pas mon chum Ronald Beaulieu, je suis un gars de parole ».

Des écoutes du 1er et du 2 avril entre Jocelyn Dupuis et deux personnes différentes montrent effectivement qu'il avait envisagé de s'attaquer dans les médias à la réputation de M. Arsenault en dévoilant des choses sur l'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée et l'entrepreneur Tony Accurso.

Le président de la FTQ, face aux menaces de M. Dupuis, confie alors à Gilles Audette qu'il lui a demandé 24 heures pour lui revenir sur le sujet. L'enregistrement présenté à la commission a été fait peu avant qu'il ne le rappelle. M. Arsenault affirme alors à M. Audette qu'il entend enregistrer M. Dupuis:

Dupuis banalise et minimise...

M. Dupuis s'est défendu devant la commission d'avoir fait des pressions sur Michel Arsenault ou encore de l'avoir menacé en désespoir de cause : « Je ne me suis jamais senti comme un rat dans une cage ».

Il reconnaît par ailleurs avoir admis à M. Arsenault, devant la carte d'affaires de Raynald Desjardins, que ce dernier était bel et bien impliqué dans Carboneutre. Il refuse cependant d'y voir un lien direct entre cette confrontation et l'échec de Carboneutre à obtenir du financement du Fonds. M. Beaulieu, incidemment, n'obtiendra pas non plus un nouvel investissement du Fonds.

Le procureur en chef adjoint s'est montré intrigué que M. Dupuis déploie autant d'efforts pour le dossier de M. Beaulieu, qui ne concerne en rien la FTQ-Construction.

« Vous privilégiez des chums? », lui a lancé Me Denis Gallant, ce à quoi Me Depuis a répondu avoir agi en bon syndicaliste soucieux d'apporter des dossiers d'intérêt au Fonds de solidarité FTQ.

Il maintient encore que cette rencontre avec MM. Massé et Arsenault, qu'il n'avait pas réussi mercredi à situer dans le temps, avait surtout porté sur les déclarations publiques du président de la FTQ sur ses comptes de dépense.

La conversation entre MM. Audette et Arsenault témoigne d'ailleurs qu'ils n'ont pas une haute opinion de M. Dupuis quant à sa façon de gérer ses comptes de dépense :

M. Audette affirme par ailleurs qu'Eddy Brandone, secrétaire-trésorier de la FTQ- Construction, lui aurait confié que ce n'était que récemment que M. Dupuis s'était mis à faire des fausses factures, mais qu'avant, il utilisait beaucoup sa carte de crédit, qu'il lui remboursait.

Eddy Brandone lui aurait aussi confié que M. Dupuis avait imité sa signature.

Beaulieu et Dupuis : une amitié solide

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction a déjà admis devant la commission que M. Beaulieu était un ami, qu'il l'a connu longtemps avant qu'il ne soit à la FTQ-Construction, et que c'était lui qui lui avait présenté Jacques « Israël » Émond, membre en règle des Hells Angels de Sherbrooke.

Ronnie Beaulieu a été décrit par l'enquêteur Stephan Cloutier la semaine dernière comme une « relation » des Hells Angels du chapitre de Sherbrooke et du chapitre South.

M. Dupuis a reconnu avoir défendu au Fonds de solidarité FTQ trois dossiers dans lesquels il était impliqué : la construction d'un centre d'achats à Port-Cartier, le commerce d'équipements de restauration et d'hôtellerie Pascal et les terrains où se trouve le bar de danseuses 10-35 à Carignan.

Il a aussi admis être intervenu auprès de Guy Gionet, ex-PDG de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds pour ces trois dossiers, aucunement liés à l'industrie de la construction. Des écoutes électroniques présentées à la commission ont d'ailleurs prouvé ces interventions.

Un enregistrement du 7 mai 2008 entre MM. Dupuis et Beaulieu, présenté jeudi, indique notamment qu'il entend intervenir auprès de M. Gionet pour qu'il aide le sympathisant Hells à obtenir auprès des banques une aide financière qu'il ne parvient à décrocher lui-même.

M. Dupuis a convenu devant la commission qu'il est « fort possible » que M. Gionet ait écrit une lettre pour M. Beaulieu à l'intention des banques soulignant que le bras immobilier du Fonds de solidarité investissait avec ce dernier, afin de les conforter.

« J'aurais pu intervenir vis-à-vis des banques, j'aurais pu intervenir n'importe où pour un ami, pour qu'il obtienne du financement. Mais là, j'avais une possibilité avec le Fonds. Je l'ai fait », a dit Jocelyn Dupuis, sans démontrer le moindre remords à ce sujet.

Dupuis chez Pascal

M. Dupuis a aussi dû convenir qu'il avait prévu de se joindre à Pascal au terme de sa vie syndicale : « Parce que Ronnie Beaulieu, c'était certain que si tout allait bien chez Pascal, par la suite, j'aurais été avec lui ».

Il se défend cependant d'avoir jamais touché de l'argent de ce dernier.