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07/11/2013 06:24 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

Les discussions sur le nucléaire progressent, dit l'Iran

Les négociations entamées jeudi par les grandes puissances et l'Iran pour tenter de sceller la première étape d'un accord sur le programme nucléaire iranien sont « dures », a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères.

Mohammad Javad Zarif a néanmoins fait état de « progrès » à l'issue d'une première séance de discussions, à Genève, et s'est dit relativement optimiste sur les chances de parvenir à un accord d'ici à vendredi soir.

« Les discussions se sont bien passées. J'ai bon espoir que nous puissions avancer », a déclaré à Reuters le ministre iranien.

Son adjoint a également dit croire en la possibilité d'un accord, mais estimé que la position de l'Iran et celle des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et de l'Allemagne (P5+1) étaient encore très éloignées.

« Les divergences sont importantes et profondes. Personne ne peut le nier », a souligné Abbas Araqchi.

Un porte-parole de la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, qui coordonne les négociations au nom des grandes puissances, a qualifié les discussions en cours de « bonnes ».

« Les discussions sont très complexes et elles sont entrées dans la phase la plus délicate. Nous espérons qu'il y aura des avancées concrètes dans les deux prochains jours », a déclaré Michael Mann à la presse.

En marge des négociations, la sous-secrétaire d'État américaine chargée des affaires politiques, Wendy Sherman, et Abbas Araqchi ont présidé une réunion d'une heure entre les délégations de leur pays qui, dit-on de source américaine, a permis une « conversation substantielle et sérieuse ».

Gagner du temps

Européens et Américains se sont félicités du changement de ton à Téhéran depuis l'élection du président Hassan Rohani en juin, mais ils ont appelé les Iraniens à traduire leurs paroles en actes et à prendre des mesures concrètes pour démontrer que leur programme nucléaire n'a pas d'autre visée que pacifique, comme l'Iran l'affirme.

« Nous aimerions parvenir à une première phase, une première étape, un compromis initial qui empêcherait le programme nucléaire iranien de progresser et le ferait reculer pour la première fois depuis des décennies », a déclaré un responsable américain avant le début des discussions.

Un tel compromis permettrait à l'Iran et aux P5+1 de gagner du temps pour négocier un accord diplomatique plus large en diminuant le risque d'une nouvelle guerre au Proche-Orient, Israël ayant menacé de bombarder les installations nucléaires iraniennes avant que celles-ci ne permettent à la République islamique de se doter de la bombe atomique.

Les grandes puissances - Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie - et l'Allemagne proposent à Téhéran de cesser de produire de l'uranium hautement enrichi et de réduire ses stocks existants et ses moyens de production.

L'Iran demande en contrepartie un allègement des sanctions internationales qui ont fait chuter ses revenus pétroliers de 60 % et diminué de moitié la valeur du rial iranien.

Signe de la situation critique de l'économie iranienne, Téhéran a offert de livrer gratuitement le pétrole brut acheté par ses clients indiens, disent des sources au fait du dossier.

L'Inde est un des derniers pays à se fournir en pétrole auprès de l'Iran et cette mesure permettrait aux pétroliers locaux d'économiser entre 70 ¢ et 1 $ par baril, a précisé une des sources.

À Genève, aucun négociateur ne s'est hasardé à dire sur quelle base un compromis pourrait être conclu, mais il semble improbable que les P5+1 acceptent moins qu'une suspension de l'enrichissement de l'uranium à 20 %.

Une supervision plus étroite des installations nucléaires iraniennes est également la clé d'un accord, a ajouté le responsable américain. « Nous cherchons des moyens de gagner du temps [pour négocier] », a-t-il insisté.

Israël parle d'« erreur historique »

À Washington, la Maison-Blanche a confirmé jeudi que le P5+1 pourrait « envisager un allégement limité, ciblé et réversible qui ne remette pas en cause l'architecture centrale des sanctions » si la République islamique prenait des « mesures concrètes et vérifiables ».

L'Iran cesserait en retour l'enrichissement de l'uranium à 20 % et convertirait son stock existant en carburant compatible pour les réacteurs civils, sous peine de se voir imposer de nouvelles sanctions pétrolières - déjà votées par la Chambre des représentants américaine et dont l'examen en commission au Sénat débutera après la fin de la réunion de Genève.

Les diplomates occidentaux interrogés par Reuters n'ont pas voulu donner plus de précisions pour ne pas risquer de provoquer des réactions enflammées à Téhéran, où les conservateurs critiquent par avance toute « capitulation », comme à Washington, où les faucons pro-israéliens sont opposés à tout allègement prématuré des sanctions.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a jugé jeudi qu'un accord à Genève constituerait une « erreur historique ».

« Israël comprend qu'il y a des propositions sur la table à Genève qui allégeraient la pression sur l'Iran en échange de concessions qui n'en sont pas. Cette offre revient à permettre à l'Iran de conserver le moyen de se doter d'armes nucléaires », a-t-il accusé.

« Israël s'oppose totalement à ces propositions. Je pense que les adopter constituerait une erreur d'ampleur historique. Il faut absolument les rejeter », a ajouté Benyamin Nétanyahou, qui brandit régulièrement la menace de frappes militaires contre les installations nucléaires iraniennes.

Reuters

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