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07/11/2013 10:39 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

Commission Charbonneau: échanges musclés entre Dupuis et Me Gallant

MONTRÉAL - La Commission Charbonneau a été le théâtre de plusieurs échanges musclés entre le procureur chef adjoint de la commission Denis Gallant et Jocelyn Dupuis, jeudi, ce dernier répondant avec réticence à certaines questions.

«Tous les aveux que vous avez faits, à savoir que vous connaissiez Johnny Bertolo, que vous connaissiez Tony Volpato, que vous connaissiez Tony Suzuki, que vous connaissiez Casper Ouimet, etc. Je regarde votre carnet d'adresses et si vous n'êtes pas membre des Hells Angels ou de la mafia, vous n'êtes pas loin!» s'est exclamé Me Gallant.

M. Dupuis était notamment réticent à répondre au sujet d'un autre entrepreneur qu'il a aidé en poussant son dossier auprès du Fonds de solidarité de la FTQ, Jean-Marc Daigle, et qui concernait un investissement dans un Club Med.

M. Dupuis a finalement admis que M. Daigle lui avait offert un voyage tous frais payés d'une semaine au Club Med de Columbus aux Bahamas, à lui et à son épouse, du 5 au 12 décembre 2008.

M. Dupuis a soutenu qu'il ne s'agissait pas de vacances offertes en cadeau, mais qu'il voulait ainsi aller constater de visu le chantier de l'éventuel investissement du Fonds de solidarité. «On a visité les lieux pour voir les investissements à faire», a justifié M. Dupuis.

La commission a toutefois fait entendre un extrait d'écoute électronique dans lequel M. Dupuis admet lui-même, après, qu'il revient d'une semaine de vacances.

Le Fonds n'y a pas investi.

M. Dupuis a assuré n'avoir «jamais» reçu de pourcentage en argent ou de ristournes pour des projets dont il faisait la promotion auprès du Fonds ou de son bras immobilier, la SOLIM.

«Est-ce que vous aviez connaissance que Jean Lavallée (ex-président de la FTQ-Construction), c'était sa façon de procéder?» lui a demandé Me Gallant.

«Non, je n'ai jamais eu connaissance de ça», a-t-il répondu.

Arsenault se dit menacé par Dupuis

De même, dans un extrait d'écoute électronique entre le président de la FTQ, Michel Arsenault, et son conseiller politique Gilles Audette, les deux hommes laissent entendre que M. Arsenault a été menacé par Jocelyn Dupuis, au point où il se propose de l'enregistrer à l'avenir.

«Il (Dupuis) a commencé à me menacer qu'il allait sortir public et qu'il allait me faire sauter comme président de la FTQ, rapporte M. Arsenault à son conseiller Audette. Ce que je vais faire aujourd'hui Gilles, c'est de l'appeler et de l'enregistrer.»

Son conseiller en conclut que Jocelyn Dupuis lui fait «des menaces», du «chantage» et qu'il est «un hostie de bandit». Il croit que Dupuis «est sous la pression pas à peu près», qu'il est «pogné avec les Hells; il a fait des promesses à ces gars-là, les Hells ou la mafia, et il n'est pas capable de les tenir, alors c'est pour ça qu'il est sur les nerfs de même».

«C'est comme un rat qui est pris qui se débat de tout partout et il se câlisse de la FTQ», résume le conseiller.

M. Audette dit à M. Arsenault qu'il doit ressortir comme celui qui a fait le ménage qui aurait dû être fait avant et celui qui a mis Dupuis à la porte.

«Qu'est-ce que tu veux qu'il sorte sur toi?» lui demande M. Audette.

«Je ne sais pas. Il peut sortir n'importe quoi, tabarnak, des hosties de menteries, mais le temps... Regarde le maire (de Montréal Gérald) Tremblay, il est dans la marde», lui répond M. Arsenault.

«Lui, il est dans la marde parce qu'il a laissé aller des affaires, Michel. Toi, au moins, tu démontres que t'as pris des mesures quand t'as su qu'il y avait des affaires qui se passaient. Tu lui as fait câlisser son camp (à Dupuis), pis Johnny (Lavallée, président de la FTQ-Construction) n'est plus là. T'es pas comme le maire Tremblay complètement innocent», réplique le conseiller Audette.

M. Arsenault lui dit ensuite qu'il veut lui rapporter une conversation qu'il a eue avec Raymond Bachand (ex-ministre des Finances et ex-président du Fonds de solidarité de la FTQ).

Il est ensuite question d'un dossier dont M. Arsenault ne veut pas parler au téléphone avec son conseiller. «On est rendu hostie qu'on ne peut même plus se parler sur le téléphone», conclut avec dépit le président de la FTQ.

Accurso vs Borsellino

Par ailleurs, M. Dupuis a admis s'être mêlé de la guerre entre les deux grands entrepreneurs Tony Accurso (Construction Louisbourg et Simard-Beaudry, notamment) et Joe Borsellino (Construction Garnier, notamment), mais seulement pour voir s'ils pouvaient s'entendre entre eux.

Il a nié être intervenu pour que M. Accurso cesse de bloquer au Fonds les projets menés par son ami Joe Borsellino.

Dans un extrait d'écoute électronique, M. Dupuis décrit d'ailleurs le yacht de Tony Accurso, le Touch, comme «le bateau du pouvoir du Québec». Il y est d'ailleurs mentionné que deux maires y ont séjourné, soit les maires de Mascouche (Richard Marcotte) et de Terrebonne.

Le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, a diffusé un communiqué en fin de journée pour confirmer s'être rendu sur le bateau de M. Accurso «il y a plusieurs années».

Il note toutefois qu'il était déjà en vacances avec sa conjointe à St. Thomas lorsqu'il a rencontré «dans un lieu public Normand Trudel (entrepreneur) et Tony Accurso, accompagnés de leurs conjointes, qui nous ont alors invités à passer un moment avec eux sur le bateau de ce dernier».

Le maire Robitaille affirme qu'à l'époque, Tony Accurso «jouissait d'une bonne réputation» et que ses entreprises «n'avaient aucun lien d'affaires particulier avec la ville de Terrebonne».

Les contre-interrogatoires de M. Dupuis ont commencé jeudi après-midi et se poursuivront lundi.

L'avocat de la FTQ-Construction, Me Robert Laurin, s'est attardé à démontrer que ceux qu'il a appelés «des gens suspects» dans l'entourage de M. Dupuis ne s'étaient pas mêlés de la négociation des conventions collectives dans l'industrie de la construction ni de l'élection des dirigeants dans les sections locales.

Et il a fait dire à M. Dupuis qu'il n'avait imposé personne aux syndicats, mais seulement recommandé.

Et M. Dupuis a soutenu n'avoir jamais eu recours à leurs «bras» pour l'aider dans ses démarches.