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06/11/2013 07:43 EST | Actualisé 06/01/2014 05:12 EST

La question de la prière lors d'assemblées publiques rebondit en Cour suprême américaine

À l'image de la bataille menée par le maire de Saguenay, Jean Tremblay, au Québec, une ville de l'État de New York tente de conserver le droit de réciter la prière aux assemblées publiques du conseil municipal. La Cour suprême des États-Unis s'est saisie du dossier, mardi, se montrant d'emblée hésitante à bousculer les traditions.

Ce sont deux résidentes de Greece, une athée et une juive, qui ont amené l'affaire devant les tribunaux. Elles protestent contre la tradition de leur municipalité d'inviter chaque mois un membre du clergé pour réciter une prière en début de conseil municipal. Une pratique qu'elles jugent inconstitutionnelle. Selon elles, les prières doivent être clairement séparées des débats politiques ou, minimalement, être non confessionnelles.

Dans sa lutte pour conserver la prière, la Ville est soutenue par le gouvernement américain. Elle fait valoir que l'histoire et la tradition américaines autorisent une telle pratique, autant dans les assemblées municipales que dans les réunions du Congrès.

Les neuf juges du haut tribunal américain, dont six sont catholiques et trois juifs, doivent décider si ces prières violent le premier amendement de la Constitution, qui stipule notamment que « le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion ». Cette clause s'applique au gouvernement fédéral, mais aussi aux autorités locales, en vertu du 14e amendement.

Ironiquement, la Cour suprême a ouvert les audiences avec son traditionnel « que Dieu préserve les États-Unis et cette honorable Cour », devant une salle comble. Des Américains avaient fait la queue toute la nuit pour assister aux débats.

L'avocat des deux plaignantes Linda Stephens et Susan Galloway a demandé aux juges comment des citoyens pouvaient espérer convaincre un conseil municipal dans un dossier local « immédiatement après l'avoir contrarié » en s'abstenant de se lever ou de participer à une prière commune.

La juge progressiste Elena Kagan s'est montrée troublée par le fait « qu'une personne soit immédiatement identifiée si elle ne croit pas à la même chose que la majorité des gens dans la salle ». Elle a ensuite suggéré que la Cour suprême ne changerait sans doute rien aux traditionnelles références religieuses dans la politique américaine. « Ce que nous essayons de faire ici, c'est de maintenir une société multireligieuse. Mais il semble que chaque fois que nous tentons de le faire, le problème s'aggrave. »

Une décision est attendue au plus tard en juin.

La bataille de Jean Tremblay

Au Québec, le Tribunal des droits de la personne a ordonné au maire de Saguenay de cesser la prière en 2011, après qu'un citoyen eut porté plainte. Le maire Jean Tremblay a obtenu gain de cause en Cour d'appel du Québec.

En août, le Mouvement laïque québécois a déposé une demande d'autorisation d'interjeter appel en Cour suprême du Canada.