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05/11/2013 12:10 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Crack: le maire de Toronto s'excuse pour ses «erreurs» mais reste en poste

TORONTO - Le maire de Toronto, Rob Ford, a présenté mardi après-midi de nouvelles excuses pour ses «erreurs», mais a affirmé qu'il aimait son travail et qu'il ne démissionnerait pas.

La gorge nouée par l'émotion, il a prononcé une brève allocution, martelant au passage qu'il serait candidat à sa propre succession, en 2014, avant de quitter la salle sans répondre aux questions.

Plus tôt, mardi matin, M. Ford avait admis avoir fumé du crack, après avoir passé des mois à le nier.

Le maire a dit avoir caché sa consommation de drogue et n'en avoir donc pas informé sa famille, son personnel et ses collègues à l'hôtel de ville, parce qu'il était «embarrassé et honteux».

Le maire a assuré que ces «erreurs» ne se reproduiraient «plus jamais».

Mardi matin, M. Ford a déclaré à des journalistes à l'hôtel de ville qu'il avait essayé cette drogue, «probablement alors (qu'il) était soûl». Il a assuré ne pas être dépendant au crack, mais en avoir effectivement consommé il y a environ un an.

«Oui, j'ai fumé du crack. Mais est-ce toujours le cas? Non. Suis-je dépendant? Non. Ai-je essayé (cette drogue)? Probablement lors d'un moment où j'étais en état d'ébriété, sans doute il y a environ un an. J'ai répondu à votre question. Posez la question correctement, j'y répondrai», a-t-il lancé aux journalistes.

«Oui, j'ai commis des erreurs, et tout ce que je peux faire est de m'excuser et d'aller de l'avant.»

M. Ford subit d'énormes pressions médiatiques et politiques depuis le mois de mai, après que deux médias eurent fait état d'une vidéo où le maire semblait fumer du crack.

La semaine dernière, le chef de la police de Toronto a annoncé que les autorités avaient mis la main sur une vidéo du maire, dont les images correspondaient aux reportages des médias faisant état d'une possible consommation de crack par M. Ford.

«Il m'est arrivé d'être soûl. Voilà pourquoi je veux voir la vidéo. Je veux que tout le monde puisse voir cette vidéo. Je ne me souviens pas qu'il y avait une vidéo, et j'aimerais voir l'état dans lequel je me trouvais alors, et voilà tout. Je ne sais pas quoi dire d'autre», a ajouté le maire.

Jusqu'à mardi, M. Ford niait avoir consommé cette drogue et laissait entendre que la vidéo n'existait pas.

«Je ne mentais pas, vous ne m'avez pas posé les bonnes questions», a-t-il lancé aux journalistes, mardi. «J'ai commis des erreurs par le passé, et je ne peux que m'excuser envers ma famille, mes amis, mes collègues et les gens de cette grande ville.»

Selon un expert en droit, l'admission surprenante du maire l'expose très peu à des poursuites criminelles, et semble donc n'être qu'une stratégie visant à susciter la sympathie du public.

L'avocat criminaliste James Lockyer croit que toute cette affaire «fait partie d'une tentative cynique» consistant à manipuler l'opinion publique.

«Il joue ses cartes de façon très intelligente ici», estime-t-il.

Le maire a beau avoir admis qu'il avait fumé du crack, le plus grand problème est que cette révélation explosive ne comporte pas de détails spécifiques, soulignent d'autres experts.

Entre autres choses, la police aurait besoin de pouvoir démontrer que ce qu'il a fumé est effectivement du crack. Les autorités devraient également connaître la date approximative de l'acte, et même en connaître l'emplacement.

«Il a beau affirmer que cela constitue des preuves, la police a besoin de plus que ça», souligne le criminaliste Mark Polley.

«Vous ne voudriez pas tenter le coup dans cette affaire, avec toutes les ressources que cela nécessiterait.»

Un porte-parole a fait savoir que la police de Toronto ne commenterait pas les révélations du maire.

Ce qui est clair, disent les observateurs, c'est que M. Ford a suivi à la lettre les conseils de son avocat, même lorsqu'il a dit à quel point il était difficile et embarrassant de faire sa confession.

«Son admission ne nous dit rien que nous ne sachions déjà, mais cela lui permet d'aller chercher la sympathie des électeurs», estime Me Lockyer.

«Ce que nous voyons ici, c'est une stratégie politique habile et hautement cynique concoctée par M. Ford et ses proches, dont un avocat criminaliste qui sait ce qu'il fait.»

Par ailleurs, peu avant la confession du maire Ford, son frère a lancé mardi matin un appel au retrait temporaire du chef de la police de Toronto.

Le conseiller municipal Doug Ford a également demandé au comité de surveillance de la police de Toronto d'enquêter sur la récupération de la vidéo qui montrerait le maire Rob Ford fumer du crack, et sur la gestion de l'affaire par le chef de police, Bill Blair.

Doug Ford a déclaré aux médias que M. Blair devrait quitter ses fonctions le temps qu'une enquête soit menée par le comité de surveillance de la police, composé de civils. Il a affirmé n'avoir jamais croisé auparavant un chef de police aussi biaisé, allant même jusqu'à dire que M. Blair a agi comme «juge et jury» dans cette affaire.