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04/11/2013 03:30 EST | Actualisé 03/01/2014 05:12 EST

« J'ai jamais été dans le crime organisé » - Jocelyn Dupuis

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction a tenté de banaliser devant la commission Charbonneau ses relations avec plusieurs individus associés aux Hells Angels.

Un texte de  Bernard Leduc et François Messier

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Les extraits d'écoutes électroniques entendus depuis une semaine ont pourtant amplement démontré la réalité de ces liens. Mais pour Jocelyn Dupuis, il s'agit de relations qui n'ont pas eu d'incidence sur son travail.

« Je n'ai jamais été dans le crime organisé », s'est défendu Jocelyn Dupuis, qui ajoute : « Le crime organisé ne faisait pas partie de la FTQ-Construction ».

Les Hells n'ont pas influencé les élections à la FTQ, soutient Dupuis

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction a reconnu avoir bel et bien soupé au restaurant Cavalli avec le Hells Angel Jacques« Israël » Émond, Rénald Grondin et Dominique Bérubé pour convaincre ce dernier de rallier son camp lors des élections du 12 novembre 2008.

L'appui de M. Bérubé lors du scrutin a permis au clan Dupuis de l'emporter sur celui de Jean Lavallée.

Des extraits d'écoutes électroniques présentés la semaine dernière par l'enquêteur Stephan Cloutier avaient déjà permis d'établir la réalité de cette rencontre du 6 novembre, soit six jours avant les élections.

Il soutient cependant que ce n'est pas la présence du motard qui a convaincu M. Bérubé de ne plus se présenter au poste de directeur général et d'appuyer Richard Goyette, le candidat à sa succession, mais ses propres efforts de persuasion.

M. Dupuis lui aurait notamment rappelé qu'il l'avait fait entrer à la FTQ-Construction.

M. Dupuis soutient d'ailleurs que Jacques« Israël » Émond n'était plus à table lorsqu'il a discuté avec M. Bérubé, et que les discussions qu'il a pu avoir avec le motard lors de la soirée n'ont pas porté sur les élections à venir.

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction rejette par ailleurs du revers de la main l'hypothèse de la commissaire France Charbonneau qui propose que la seule présence de M. Émond au Cavalli a fait en sorte que M. Bérubé change d'avis : « Vraiment pas, madame la présidente, je ne partage pas ça avec vous ».

M. Dupuis a soutenu que c'est Rénald Grondin, directeur du local AMI de la FTQ-Construction, qui avait invité M. Émond au Cavalli, pour toute autre chose que les élections.

Un extrait d'écoute électronique démontre cependant que M. Grondin a appelé M. Émond pour lui dire que M. Dupuis voulait le voir au Cavalli. Mais ce dernier dément avoir fait cette demande.

La commission avait par ailleurs déjà établi, avec l'enquêteur Cloutier, que M. Bérubé avait déjà, par le passé, servi d'homme de main à M. Émond.

Des amitiés hors normes

Jocelyn Dupuis a expliqué qu'il connaissait déjà, à l'époque, M. Émond, qui lui avait été présenté par le sympathisant Hells Angels Ronnie Beaulieu à L'ONYX, propriété de Tony Accurso.

M. Dupuis fait grand cas, devant la commission, de son intérêt pour la réhabilitation des truands, évoquant notamment son rôle auprès du mafieux Raynald Desjardins pour qu'il obtienne sa licence d'entrepreneur en construction.

Il explique de la même façon ses relations avec Ronnie Beaulieu dont il a défendu les intérêts auprès du Fonds de solidarité FTQ.

Il n'a cependant pas expliqué si M. Émond, membre en règle des Hells Angels, était alors dans un processus de réhabilitation.

Les écoutes présentées par l'enquêteur Cloutier ont aussi permis de démontrer que M. Dupuis a appelé Dominique Bérubé après les élections pour le remercier.

M. Bérubé va de son côté envoyer un texto à « Israël » Émond pour lui dire : « J'ai suivi la demande de Jocelyn, en espérant qu'ils vont me respecter. »

Puis, dans une conversation le lendemain entre les deux hommes, M. Bérubé va dire à M. Émond : « J'ai fait ce qu'ils m'avaient demandé, je me suis retiré pis j'ai voté pour ton gars ».

D'autres écoutes démontrent aussi que Ronnie Beaulieu va appeler M. Dupuis pour le féliciter du résultat des élections. « Félicitations les boys », lance M. Beaulieu à qui M. Dupuis confirme que c'est l'appui de Dominique Bérubé et de son représentant, obtenu au Cavalli, qui a fait la différence : « C'était serré en maudit mon chum ! ».

Richard Goyette, le candidat au poste de directeur général de la FTQ-Construction du clan Dupuis, qui avait été jusqu'alors son adjoint, l'a emporté par deux voix contre Bernard Girard le candidat du clan du président sortant Jean Lavallée, qu'appuyait incidemment l'ex-syndicaliste Ken Pereira.

M. Dupuis va sinon nier que M. Bérubé au profité d'un quelconque retour d'ascenseur en échange de son appui.

Que faisait Dupuis avec « Casper » Ouimet?

La commission s'est aussi intéressée aux liens entre M. Dupuis et le Hells Angels Normand « Casper » Ouimet. L'ex-directeur général de la FTQ-Construction soutient que c'est l'entrepreneur Paul Sauvé qui lui a présenté l'homme, qui travaillait pour lui, à l'été 2006, lors du tournoi de golf du syndicat.

C'est d'ailleurs ce qu'il soutient d'ailleurs dans son livre Syndicaliste ou voyou?

M. Dupuis a dit l'avoir revu quelques fois par la suite et n'avoir jamais entretenu de relations avec lui, tout en reconnaissant avoir appris un mois, sinon un mois et demi après cette rencontre, qu'il « faisait partie des Hells Angels du chapitre de Trois-Rivières ».

Il a notamment mentionné une rencontre à ses bureaux avec M. Sauvé, venu sollicité du financement du Fonds de solidarité FTQ, à laquelle se trouvaient aussi MM. Ouimet et Guy Dufour, représentant syndical du local 100.

Il n'a cependant pas mentionné une autre rencontre, dont fait état un extrait d'écoute électronique du 4 novembre 2008. On y entend notamment M. Ouimet qui se propose de venir rejoindre M. Dupuis et sa famille au restaurant du casino de Montréal. M. Dupuis dit ne plus se souvenir pourquoi M. Ouimet voulait alors le voir.

Devant l'air dubitatif de Me Gallant, le témoin a cru bon d'ajouter : « Madame la présidente, je n'ai jamais été dans le crime organisé. Je n'ai jamais participé à du trafic de drogues. Je n'ai jamais participé à du blanchiment d'argent. J'ai participé avec les entrepreneurs en collaboration avec qu'est-ce que je représentais, c'est ça que je faisais. Si Normand Ouimet m'appelait, c'est parce qu'il travaillait pour LM Sauvé, pis j'ai discuté avec lui. ».

Ensuite, la commission a présenté d'autres conversations du 15 décembre 2008 dans lesquelles M. Ouimet appelle M. Dupuis. Les deux hommes se donnent rendez-vous à l'angle de Bombardier et Sécan, l'endroit précis où se trouve l'entrepôt de l'entreprise de construction Samara, propriété de Raynald Desjardins.

« Je ne me souviens pas de ça, pas du tout », a dit Dupuis, forcé alors d'admettre que cette rencontre n'avait forcément rien à voir avec LM Sauvé. Il a assuré que M. Ouimet n'était pas en affaires avec M. Desjardins.

Une conversation subséquente enregistrée la même journée a ensuite permis de comprendre que Louis-Pierre Lafortune, alors vice-président des Grues Guay, devait se joindre au groupe.