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04/11/2013 10:43 EST | Actualisé 04/01/2014 05:12 EST

Jocelyn Dupuis admet ses relations douteuses... pour les aider à se réintégrer

MONTRÉAL - Devant la Commission Charbonneau lundi, l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, a admis avoir comme amis des membres de groupes criminels, mais n'y a vu aucun mal, ajoutant qu'il voulait les aider à se réhabiliter.

Interrogé par le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant, M. Dupuis a ainsi admis connaître le Hells Angel Jacques Israël Émond, de même que le caïd Raynald Desjardins. C'est d'ailleurs Ronnie Beaulieu, un ami de M. Dupuis et proche des Hells Angels, qui lui a présenté Jacques Israël Émond. Et plus tard, la commission a fait entendre des extraits d'écoute électronique entre M. Dupuis et un autre Hells Angel, Normand Casper Ouimet.

«Moi, si je peux aider quelqu'un pour réintégrer la société, peu importe ce qui a été fait, soyez-en sûr que je vais l'aider», a lancé M. Dupuis.

«C'est une coïncidence que vos amis sont soit dans les Hells Angels ou soit sont liés au clan Rizzuto?» lui a demandé Me Gallant.

«Si on peut les sortir de là, si on peut les aider pour qu'ils quittent ce milieu-là, ça va me faire plaisir de le faire. Et c'est ça que j'ai tout le temps fait», a dit M. Dupuis, ajoutant qu'il avait quelque 3000 numéros de téléphone dans son carnet.

«Est-ce que c'était la même chose avec M. (Raynald) Desjardins?» lui a demandé la juge France Charbonneau.

«Même affaire», a répondu Jocelyn Dupuis.

Il a précisé lui avoir donné un coup de main pour qu'il obtienne sa licence d'entrepreneur en construction. M. Dupuis a aussi fait des pressions pour que Raynald Desjardins obtienne du financement du Fonds de solidarité pour l'entreprise Carboneutre _ en vain puisque le Fonds n'y a jamais investi.

Quant à ses contacts avec Normand Casper Ouimet, il les a justifiés par le fait que l'homme avait été embauché par l'entreprise de maçonnerie LM Sauvé. Pourtant, M. Ouimet lui a parlé un soir à 21h32, selon un extrait d'écoute électronique entendu.

«Pour moi, quand un entrepreneur appelle, je suis disponible sept jours par semaine», a justifié Jocelyn Dupuis. Il a aussi rencontré M. Ouimet à une occasion, mais ne se rappelait plus de quoi il avait été question.

À un moment de son témoignage, M. Dupuis a reproché au gouvernement d'avoir divisé le monde syndical de la construction en y imposant le pluralisme syndical, donc les périodes de maraudage qui viennent avec.

«Donc si je résume ce que vous venez de nous dire, c'est la faute du gouvernement si le crime organisé est entré à la FTQ-Construction par votre porte?» lui a demandé Me Gallant.

«Le crime organisé n'est pas entré dans ma porte à la FTQ-Construction, puis le crime organisé ne faisait pas partie de la FTQ-Construction», a objecté M. Dupuis. Et le caïd Raynald Desjardins n'avait «aucunement» son mot à dire sur les affaires de la FTQ-Construction, a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, il a de nouveau été question de la succession de Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée à la tête de la FTQ-Construction lors de l'élection de novembre 2008.

Par le biais d'un extrait d'écoute électronique entre Jocelyn Dupuis et Eddy Brandone, secrétaire financier de la FTQ-Construction, on a appris que ce dernier était prêt à aller jusqu'à sortir un homme malade de l'hôpital pour qu'il aille voter en faveur de l'équipe favorable à Dupuis, lors du scrutin.

«Je vais vous dénoncer»

Par ailleurs, dans un autre extrait d'écoute électronique, Jocelyn Dupuis menace le président de la FTQ, Michel Arsenault, de dénoncer certaines choses lorsqu'il apprend que les projets dont il faisait la promotion ne passeront pas au Fonds de solidarité de la FTQ.

Dans cet extrait du 30 avril 2009, M. Arsenault, aussi président du conseil d'administration du Fonds de solidarité de la FTQ, informe M. Dupuis que ses dossiers ne passeront pas.

«C'est définitif, c'est pas vrai que je vais lâcher Ronnie Beaulieu là-dessus. Je vais vous dénoncer, je te le dis: je vais vous dénoncer. Je vais sortir publiquement comme quoi j'avais une entente avec vous autres», lui lance Jocelyn Dupuis, qui se dit prêt à donner une entrevue à ce sujet.

Invité par la commission à préciser ce qu'il voulait dénoncer au juste, M. Dupuis a laissé croire qu'il n'y avait rien de précis. «Quand t'es en beau... tu dis toutes sortes de choses», a-t-il répondu.

Très en colère contre M. Arsenault, Jocelyn Dupuis poursuit: «cette bâtisse-là, vous ne l'auriez jamais eue. Moi, j'appelle ça des hosties de crosseurs. Si vous faites ça, là... Ce dossier-là, je ne le lâcherai jamais. Faites attention à vous autres. Moi je n'ai plus rien à perdre; vous ne pouvez plus me salir. Si c'est ça ta décision, check ça mon homme, ça va sortir vite en tabarnak. Pis tu te défendras, tu te défendras pis pas juste là-dessus», lui lance-t-il.

M. Arsenault conclut la conversation en lui disant de lui donner 24 heures et qu'il allait le rappeler.

Accurso-Lavallée

Par ailleurs, M. Dupuis a admis qu'il n'appréciait pas la grande proximité entre le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, et l'entrepreneur Tony Accurso, qui a obtenu du financement du Fonds de solidarité de la FTQ.

«Il y avait une omniprésence de Tony Accurso avec Jean Lavallée, ça c'est définitif», s'est-il exclamé.

Mais il a nié que ce soit surtout cette proximité Lavallée-Accurso qui l'ait dérangé, affirmant que lui se souciait peu du Fonds de solidarité ou de son bras immobilier SOLIM, mais que c'est le sort de la FTQ-Construction qui le préoccupait.

Dans un autre extrait d'écoute électronique entendu, il parle de Jean Lavallée qui «perce des boutons» et «détruit le Fonds».

Quand la juge France Charbonneau lui a demandé comment M. Lavallée pouvait détruire le Fonds, M. Dupuis a répondu: «avec les ouï-dire que le monde me mentionne qu'il privilégie trop Tony Accurso». MM. Lavallée et Accurso sont des amis assez proches, selon M. Dupuis.

M. Lavallée était non seulement président de la FTQ-Construction, mais aussi vice-président de la FTQ et il siégeait également au Fonds de solidarité et s'occupait de son bras immobilier, la SOLIM.