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04/11/2013 05:15 EST | Actualisé 04/01/2014 05:12 EST

Égypte : Morsi défie les juges, son procès ajourné

Le président déchu Mohamed Morsi a défié les juges au premier jour de son procès pour incitation à la violence lundi au Caire, scandant « À bas le régime militaire » et se présentant comme le seul chef « légitime » de l'État égyptien.

Le dirigeant islamiste, écarté par l'armée le 3 juillet après de grandes manifestations de rue, a manifesté sa colère et interrompu l'audience à plusieurs reprises, conduisant le tribunal à suspendre les débats avant d'ajourner le procès jusqu'au 8 janvier.

Mohamed Morsi, qui était détenu au secret depuis son renversement, risque, comme 14 autres dirigeants des Frères musulmans qui comparaissent avec lui, la peine de mort ou la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable.

Tous sont poursuivis pour incitation au meurtre et à la torture de manifestants devant le palais présidentiel Etihadeya en décembre 2012. L'acte d'accusation se réfère à la mort de dizaines de personnes lors d'affrontements entre Frères musulmans et opposants qui protestaient contre un décret étendant les pouvoirs de Mohamed Morsi, élu six mois plus tôt.

Les partisans des Frères musulmans dénoncent un simulacre de procès destiné à effacer du paysage politique la confrérie, déjà décimée par une violente répression depuis juillet, et à renforcer la mainmise d'un État policier.

Le procès n'est pas retransmis à la télévision publique et les journalistes se sont vus interdire l'usage du téléphone portable dans la salle d'audience installée dans une école de police, où l'ex-président a été transféré par hélicoptère.

Mohamed Morsi, vêtu d'un costume bleu, a comparu dans une cage. Il a effectué à plusieurs reprises de la main le geste de ralliement des Frères musulmans et exprimé son écœurement face au démantèlement sanglant des campements de ses partisans en août. « Ce procès est illégitime », a encore lancé Mohamed Morsi avant l'interruption du procès.

La place Tahrir bouclée

Oussama Morsi, fils du président déchu, a déclaré par téléphone à Reuters que son père avait refusé d'être représenté par un avocat de la défense et que sa famille n'assisterait pas au procès. « Nous ne reconnaissons pas ce procès. Nous sommes fiers de mon père et nous nous sentons confortés par sa position. »

L'audience a eu lieu là même où Hosni Moubarak, renversé en février 2011, est jugé pour complicité dans le meurtre de manifestants lors de la « Révolution du Nil ».

Mohamed Morsi et les 14 autres dirigeants islamistes seront transférés dans la prison de Torah, au Caire, où l'ancien raïs a également séjourné, a dit une source des services de sécurité.

Des centaines de partisans de Mohamed Morsi se sont réunis pour l'ouverture du procès devant l'école de police afin de lui exprimer leur soutien et dénoncer une nouvelle fois son éviction par le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah Al Sissi. « La volonté du peuple a été violée », pouvait-on lire sur une des banderoles déployées par les manifestants.

Dans le centre du Caire, la place Tahrir, épicentre des manifestations de l'hiver 2011 et des mouvements de contestation qui ont suivi, a été bouclée par les forces de l'ordre. Le trafic était fluide, signe que de nombreux pro-Morsi ont préféré rester chez eux par peur de la répression.

Risque d'escalade

Au cours du week-end, un haut responsable des Frères musulmans a jugé que « si Morsi (était) condamné, il y aur(ait) une escalade majeure par le biais de manifestations pacifiques et sans l'usage de la force ». Il n'a pas exclu que d'autres islamistes puissent prendre les armes contre l'État.

Depuis la chute du premier président démocratiquement élu de l'histoire de l'Égypte, le gouvernement intérimaire appuyé par les militaires a lancé une implacable répression contre la
confrérie islamiste, tuant des centaines de ses partisans et arrêtant presque tous ses dirigeants.

Parallèlement s'est déclenchée une vague de violences sans précédent depuis l'insurrection islamiste des années 1990, qui a fait une centaine de morts dans les rangs des forces de
sécurité.

L'armée accuse les Frères musulmans d'encourager le terrorisme, mais la confrérie rejette tout lien avec des activités violentes.

« Ce procès est un test pour les autorités égyptiennes », estime Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Elles devraient lui accorder un procès équitable, avec la possibilité de remettre en question les preuves présentées contre lui. Sinon, elles ne feront qu'accentuer les interrogations sur les raisons véritables de ce procès. »

Reuters