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30/10/2013 03:28 EDT | Actualisé 29/12/2013 05:12 EST

<em>Maudites coupures,</em> un poème inédit d'Hélène Monette

Dix écrivains gagnants ou finalistes des Prix littéraires du gouverneur général trempent leur plume dans l'encre rouge pour explorer une thématique essentielle : le sang.

Dans ce poème en prose inédit, empli de tristesse, à la fois trash et kitsch, Hélène Monette brode autour des thèmes de l'angoisse et de l'anxiété. 

Maudites coupures, par Hélène Monette

Dans les entailles des blessures le chicot des plumes recommence à brûler ça ne saigne pas mais les ailes ont du mal à pousser

Toutefois de plus en plus tu te fais un sang d'encre tu dors mal la nuit dévisage les autres à la pelle à la loupe et de proche tout le monde est fou tragédie continuelle sang d'encre partout ça coule gluant gothique tyrannique à petit budget la nuit est blanche comme oubliée là tissu sensible comme le ciel entre les arbres qu'on ne reconnaît plus le long des autoroutes tranquilles la nuit blanchit toute chose la vie passe à travers s'enfuit par les mains le sang rame dans les veines de la petite buée de poèmes se colle aux fenêtres aux ampoules aux miroirs de l'âme au verre de rouge qui prie sur la table tu parles il est bleu c'est de l'encre c'est mauvais en diable ça goûte le parfum la misère du monde dans le fond âcre venimeuse qui fait comme de l'hystérie de l'anxiété angoisse totale ça brouille l'estomac à fond le stress effroyable ça rappelle l'époque qui déboule déboussole détonne de l'histoire au complet qui ne brille plus

Sous les sourcils le sang coule dans la rue là-bas aussi les lumières s'éteignent les unes après les autres ampoulées sans fin précieuses la solitude blanchit les murs le matin rouge éclate à petits feux les yeux gardent la tête froide comme de l'eau de roche

T'as tes deux mains tes deux pieds avance               arrange ton affaire le désespoir bio comme le chemin de tes veines comme le tracé de tes nerfs comme l'enfer à perpétuité un langage aphone aux abords d'abord idiots quelques pauvres données chimiques comme le chagrin de tes ancêtres à feu et à sang dans les larmes que tu caches sous tes paupières parce qu'il faut bien flotter quelque part le désarroi aux trousses défait par les circonstances à la une visages pâles en série angoisse à volonté maudites coupures océans de tragédies qui débordent jusque sur les cils aspergés de tes yeux rouges ne pleure pas qu'on regarde ailleurs quand on te voit qu'on voit rouge quand on croise une fin du monde dans ton genre pas solide pour la moyenne des ours qui se déchirent l'âme avec tact et circonspection en toute occasion un peu de poudre sur le silence qui pâlit

Sang d'encre pattes de mouche bonnes mœurs tu parles fin des haricots hors champ ça coule en masse et massacre la boucherie des peines on ne voit rien de cet ordre sang de cochon sur l'écran des foules dressées aux bulles d'abîmes toute tristesse le son coupé qui parle aux absents très chers petites foules mortes chacun embaumé comme une virtualité-tendance qu'on n'a pas eu le temps d'apercevoir dans les trucs en vrac pas vraiment utiles

Ça s'éteint il fait sombre le rouge du monde dans les nouvelles les ruelles les pixels l'espace d'un autre site le mauvais sang en direct des âmes carbonisées que tu n'as pas connues mais qui t'arrachent ce qui te reste de temps qui coule et roucoule que tu n'en peux plus

Foule stress qui donne le la universel au coin de la rue pleine de nids de poules écrasées sinistre monde trash qui te découpe le cœur en bleus de l'âme par millions de particules paramètres et formules de moins en moins lumineuses comme une patente privée qui ne se répare pas et qui n'arrange rien

Au-dessus de l'explosion       nos ombres effarées effrayées l'anxiété fume efface les traces qui disparaissent dans un lavis de tranche de vie du bord que ça tue

Tout est cuit                 les ailes arrêtent de pousser              par ici l'air sec du désespoir cautérise les marques le cœur expire n'inspire plus on n'a rien vu on te le dira ça ne fait rien ça ne saigne pas                  alors retourne dans la cage aux lions comme tout le monde en béton armé les nerfs solides une tête sur les épaules le cœur serré comme on dit la voix blanche prends soin de toi

Cofondatrice du magazine Ciel Variable (CV photo), Hélène Monette a collaboré à des tournées de poésie, des événements multidisciplinaires, des rencontres citoyennes et scolaires. Elle a publié quatorze ouvrages, du recueil de poésie au roman, aux Écrits des Forges, chez XYZ éditeur, aux Éditions Les Herbes rouges et aux Éditions du Boréal, son éditeur depuis Unless (1995). Le recueil Thérèse pour Joie et Orchestre lui a valu le Prix du gouverneur général en 2009. En 2011 elle a publié Là où était ici.