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11/10/2013 06:08 EDT | Actualisé 11/12/2013 05:12 EST

Les Canadiens détenus en Égypte sont de retour au pays

TORONTO - Les deux Canadiens qui ont passé sept semaines dans une prison égyptienne sans être accusés sont finalement rentrés au Canada vendredi, se disant reconnaissants envers tous ceux qui ont fait des efforts pour obtenir leur libération.

John Greyson et Tarek Loubani ont été chaleureusement accueillis par leurs proches et leurs amis lors de leur arrivée à l'aéroport international Pearson de Toronto, en soirée.

«Nous sommes ravis d'être ici, d'être libres», a déclaré M. Loubani.

«Nous voulons remercier nos amis, nos familles — ces gens qui nous ont soutenus croyaient en notre innocence et ont été inébranlables», a-t-il ajouté. «Votre travail ardu a été important, votre voix a compté, elle a fait une différence et nous vous devons notre liberté.»

M. Greyson, un cinéaste et professeur de Toronto, et M. Loubani, un médecin de London, en Ontario, avaient été arrêtés le 16 août après être allés observer une manifestation antigouvernementale au Caire. Ils affirment avoir été battus et détenus pendant des semaines dans une cellule surpeuplée infestée de cafards.

M. Greyson a indiqué vendredi qu'ils avaient été détenus sans accusations après avoir été «arrêtés lors d'une rafle brutale».

«Nous avons été battus, nous avons vécu dans des conditions très exiguës en dormant sur le ciment avec des coquerelles», a-t-il raconté. «Nous étions parfois désespérés, et parfois, nous nous disputions.»

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, et d'autres responsables du gouvernement ont exercé des pressions soutenues auprès des autorités égyptiennes pour obtenir leur libération. Les deux hommes, qui n'ont jamais été accusés formellement, ont été libérés de prison le week-end dernier.

Mais ils ont été empêchés de prendre l'avion pour quitter le pays, dimanche, quand leurs noms sont apparus sur une «liste d'exclusion» établie par les procureurs égyptiens.

Le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdel-Atty, a indiqué que les deux hommes étaient accusés d'avoir participé à un rassemblement illégal et d'avoir résisté à leur arrestation, comme plusieurs autres personnes ayant participé ou assisté à une manifestation de partisans du président égyptien destitué, Mohammed Morsi.

M. Abdel-Atty a toutefois indiqué jeudi que les accusations contre les deux Canadiens avaient été abandonnées et qu'ils avaient obtenu l'autorisation de quitter l'Égypte.

Les deux hommes affirment que durant la manifestation à laquelle ils assistaient, M. Loubani a entendu des gens appeler un médecin à l'aide, et qu'il s'est mis à soigner des manifestants blessés pendant que M. Greyson filmait la scène. Ils ont indiqué avoir été arrêtés et battus après avoir quitté les lieux de la manifestation.

À l'origine, les deux hommes avaient l'intention de rester au Caire pour une nuit seulement, en route vers la bande de Gaza, où ils avaient prévu se rendre. Ils ont admis vendredi qu'ils avaient été imprudents en allant voir les manifestations dans la capitale égyptienne.

«Avec le recul, il est évident que nous avons fait des erreurs», a déclaré Tarek Loubani, qui a admis avoir mal évalué la façon dont les autorités égyptiennes percevraient leurs actions.

Le médecin a indiqué qu'il avait appris des choses pratiques durant sa détention, comme fabriquer une bouilloire de fortune avec «deux clous, deux bouchons de bouteille et un bout de fil de fer».

«Je peux vous montrer comment faire si ça vous intéresse», a-t-il lancé aux journalistes.

M. Loubani a également affirmé que son collègue et lui avaient appris à concocter une boisson alcoolisée avec des macaronis et du sucre. «C'est incroyablement fort — il suffit de faire bouillir et de laisser le mélange fermenter pendant trois jours.»

John Greyson a abordé des questions politiques lors de la conférence de presse ayant suivi le retour du duo à Toronto.

«Nous critiquons la collusion des puissances occidentales, qui semblent peu disposées à dénoncer la violence des militaires contre des citoyens pacifiques, et en particulier le rôle des milliards de dollars en aide militaire américaine (...) qui contribuent à renvoyer l'Égypte dans le cauchemar de la dictature militaire», a déclaré M. Greyson.