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10/10/2013 05:46 EDT | Actualisé 10/12/2013 05:12 EST

Le premier ministre libyen, Ali Zeidan, est libéré après avoir été enlevé

TRIPOLI, Libye - Le premier ministre libyen, Ali Zeidan, a été enlevé de son hôtel de Tripoli et détenu pendant plusieurs heures, jeudi, par des hommes armés qui cherchaient possiblement à se venger du raid des forces spéciales américaines qui, le week-end dernier, a mené à l'arrestation d'un membre présumé d'Al-Qaïda.

L'enlèvement de M. Zeidan témoigne de l'impuissance du gouvernement libyen, qui est pratiquement tenu en otage par de puissantes milices, dont plusieurs sont composées de militants islamistes.

M. Zeidan avait apparemment été enlevé par des miliciens et il n'a été libéré qu'après l'intervention d'autres miliciens qui ont attaqué l'endroit où il était détenu.

Jeudi après-midi, après l'annonce de sa libération, M. Zeidan a pris la parole lors d'une réunion du cabinet libyen retransmise en direct à la télévision. Il a remercié ceux qui l'ont libéré, mais il n'a pas fourni plus de détails et il a refusé d'identifier ses ravisseurs.

«Nous espérons que cette affaire sera gérée avec sagesse et rationalité, loin des tensions, a-t-il déclaré. Il y a plusieurs choses auxquelles nous devons nous attaquer.»

L'incident suscite de nombreuses inquiétudes quant au pouvoir dont jouissent les milices face aux dirigeants gouvernementaux.

Ces milices ont pris naissance lors du soulèvement qui a mené à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Depuis le départ et la mort de l'homme fort, les milices ont refusé de déposer les armes, se multipliant en taille et en nombre.

Le gouvernement a dû embaucher certaines milices pour assurer la sécurité, en raison de la faiblesse et de la désorganisation de la police et de l'armée. Mais ces milices demeurent souvent plus loyales à leurs propres intérêts et commandants qu'au gouvernement, et plusieurs adoptent une idéologie islamiste dure proche d'Al-Qaïda.

Elles n'hésitent pas non plus à intimider les dirigeants pour les plier à leur volonté. Le mois dernier, le fils du ministre de la Défense a été enlevé et plusieurs responsables qui s'étaient opposés aux milices ont été éliminés.

«L'enlèvement (de M. Zeidan) sera un choc qui va réveiller les Libyens. Les faits sur le terrain sont plus clairs que jamais. La Libye est dirigée par les milices», a dit un important militant des droits de la personne, Hassan al-Amin.

Les motivations derrière l'enlèvement du premier ministre n'étaient pas immédiatement connues, mais plusieurs militants islamistes ont dénoncé le raid américain qui a mené, samedi, à l'arrestation d'Abou Anas al-Libi, un membre bien en vue d'Al-Qaïda. Ils ont reproché au gouvernement Zeidan d'avoir collaboré avec les États-Unis en leur permettant d'enlever un Libyen en sol libyen.

Un peu avant l'aube jeudi, environ 150 hommes armés à bord de camionnettes ont assiégé l'hôtel Corinthia, au coeur de Tripoli, où M. Zeidan réside, racontent des témoins. Plusieurs sont entrés dans l'hôtel pour s'emparer du premier ministre vers 5h15, après une brève altercation avec ses gardes du corps.

Les circonstances de sa libération demeurent nébuleuses. En après-midi, un porte-parole du gouvernement libyen, Mohammed Kaabar, a simplement déclaré à l'agence LANA que le premier ministre avait été libéré, sans fournir plus de détails. Il semblerait toutefois que ses ravisseurs ne l'aient pas libéré volontairement et que les forces libyennes aient eu à intervenir.

Le commandant d'une milice affiliée au ministère de l'Intérieur a déclaré à une station de télévision libyenne privée que le premier ministre a été libéré quand les membres d'une milice basée à Tripoli ont attaqué la maison où il était détenu.

Le commandant Haitham al-Tajouri, de la brigade «Force de renfort», a indiqué à la station Al-Ahrar que ses hommes ont échangé des tirs avec les ravisseurs, mais que M. Zeidan n'a pas été blessé.

«Il est maintenant en sécurité dans un endroit sécuritaire», a-t-il dit. Ses propos n'ont pu être vérifiés de source indépendante.

L'enlèvement pourrait avoir été organisé par deux agences gouvernementales associées aux milices. Une de ces agences a été mise sur pied par le président du parlement libyen, Nouri Boushameen, qui a rapidement pris ses distances face au kidnapping.

Le secrétaire-général des Nations unies, Ban Ki-moon, a condamné le kidnapping, estimant qu'il s'agit d'un avertissement sévère lancé aux pays qui font la transition vers la démocratie.

La Maison-Blanche, pour sa part, a indiqué jeudi qu'elle tente toujours de faire la lumière sur cet événement.