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10/10/2013 10:25 EDT | Actualisé 10/12/2013 05:12 EST

Gel de l'aide américaine : une « mauvaise décision », selon Le Caire

La décision de l'administration Obama de geler une partie de l'aide annuelle de 1,5 milliard de dollars qu'elle verse à l'Égypte est mal accueillie par le ministère égyptien des Affaires étrangères.

« C'est une mauvaise décision. L'Égypte ne cédera pas aux pressions américaines et poursuivra son chemin vers la démocratie, tel qu'établi par la feuille de route », qui doit conduire à des élections démocratiques l'an prochain, a déclaré jeudi un porte-parole du ministère, Badr Abdelatty.

Il a ajouté que l'Égypte « oeuvrera à garantir la sécurité de ses besoins vitaux d'une manière ordonnée, particulièrement en matière de sécurité nationale ».

Un communiqué du ministère souligne en outre que la décision américaine « soulève de sérieuses questions sur la volonté des États-Unis de fournir un soutien stratégique à l'Égypte dans le cadre de ses programmes de sécurité ».

« Elle intervient au moment où le pays fait face à des défis périlleux en matière de terrorisme », a poursuivi le ministère.

Une nouvelle attaque qui a tué trois soldats et un militaire dans le Sinaï, selon une source de sécurité, a d'ailleurs fait écho à cette affirmation.

La région, frontalière d'Israël, est le théâtre de nombreux attentats et attaques depuis le coup d'État mené en juillet dernier contre le premier président démocratiquement élu de l'histoire du pays, Mohamed Morsi.

Des groupes djihadistes en ont revendiqué certains, en soutenant qu'il s'agit de représailles à la répression dont sont victimes les partisans du président déchu.

Le département d'État américain a spécifié mercredi que le gel d'une partie de l'aide américaine sera maintenu jusqu'à ce que « des progrès crédibles vers un gouvernement civil démocratiquement élu » soient constatés.

« En aucune manière, il ne s'agit d'un retrait de notre relation ou d'une rupture de notre engagement à aider le gouvernement » intérimaire égyptien, a renchéri le secrétaire d'État américain John Kerry lors d'un bref point de presse à Kuala Lumpur.

« Nous allons continuer à faire en sorte que cette feuille de route reste l'objectif premier du gouvernement, parce que je crois qu'ils veulent poursuivre leur relation avec les États-Unis de façon positive », a-t-il ajouté.

Israël « perturbé » par la situation

La décision de l'administration Obama a été justifiée par la répression que le nouveau pouvoir, incarné par le chef d'état-major et ministre de la Défense Abdel Fatah Al-Sissi, exerce à l'endroit des Frères musulmans, la confrérie dont est issu M. Morsi.

Des affrontements entre les deux clans ont fait plusieurs centaines de morts, dont une majorité de partisans du président déchu, et une grande partie des dirigeants du mouvement ont été arrêtés.

L'état d'urgence, qui a été en vigueur durant presque tout le règne du président Hosni Moubarak, a été restauré, ce qui a pour effet de suspendre les libertés fondamentales.

Washington verse une aide annuelle de 1,5 milliard de dollars au Caire depuis de nombreuses années. La majeure partie de cette enveloppe, soit 1,3 milliard, est versée à l'armée, en appui à l'accord de paix que l'Égypte a signé avec Israël en 1979. Elle doit aider à assurer la sécurité aux frontières avec Israël et l'enclave palestinienne de Gaza.

Le ministre israélien de la Défense civile, Gilad Erdan, a d'ailleurs admis mercredi que l'État hébreu est « perturbé » par la décision américaine. « J'espère que cette décision des États-Unis n'aura pas d'effet et ne sera pas interprétée comme quelque chose qui devrait avoir un effet », a-t-il ajouté.

La suspension de l'aide soulève également d'autres questions d'ordre stratégique. Le Caire contrôle par exemple le canal de Suez, par lequel transite une très grande quantité de pétrole.

Elle place aussi Washington en porte à faux par rapport à ses alliés du Golfe persique, dont l'Arabie saoudite, qui sont plutôt dans le camp du président déchu Mohamed Morsi.

Ce dernier reste toujours détenu dans un endroit gardé secret. Il doit comparaître le 4 novembre pour répondre à des accusations d'incitation à commettre des meurtres déposées contre lui plusieurs jours après qu'il eut été renversé.

Le Parti de la liberté et de la justice, mis sur pied par les Frères musulmans et banni depuis peu par les nouveaux maîtres du pays, appelle par ailleurs ses partisans à marcher en masse jusqu'à la place Tahrir, vendredi.