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22/08/2013 12:05 EDT | Actualisé 27/10/2013 05:12 EDT

«La maison du pêcheur»: la crise d'Octobre revue par le cinéaste Alain Chartrand (VIDÉO)

MONTRÉAL - La crise d'Octobre a fait couler beaucoup d'encre, mais elle a aussi usé beaucoup de pellicule. Après Les Ordres (1974) et Octobre (1994), voilà qu'un nouveau long métrage s'intéressant à cet épisode marquant de l'histoire du Québec prend l'affiche en salles.

Si le premier s'intéressait aux arrestations massives de présumés sympathisants du Front de libération du Québec (FLQ) et que le second proposait un huis clos sur l'enlèvement du ministre Pierre Laporte, le plus récent, La maison du pêcheur, s'intéresse à la genèse de la fameuse cellule Chénier.

«Il y avait un trou dans l'histoire. Là, on va comprendre qui sont ces gars-là, et on va comprendre pourquoi ils vont passer à l'action directe à la fin du film», a exposé le réalisateur Alain Chartrand lors du dévoilement de la programmation du Festival des films du monde (FFM).

Le long métrage, qui sera projeté lundi en compétition officielle au FFM, nous ramène à l'été 1969, à Percé, où l'on assiste à la rencontre entre Bernard Lortie, Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard, mais surtout à la radicalisation de leur discours et de leurs actions — quatorze mois plus tard, ils enlèveront le ministre Laporte.

Plus de quarante ans après les événements d'octobre 1970, le fils du syndicaliste Michel Chartrand estime que toute la lumière n'a pas encore été faite sur ce pan de l'histoire du Québec.

«Les gens vont se poser des questions sur (les membres de la cellule Chénier). Il y en a qui les traitent de terroristes et d'autres qui disent que ces gens-là ont fait quelque chose pour le Québec, alors il y a quand même tout ce paradoxe-là», lance le cinéaste.

Et il espère que son film incitera les citoyens à exercer leur devoir de mémoire: «C'est essentiel, parce qu'on ne connaît pas assez notre histoire, et il y a des trous dans notre histoire. Je pense que même les films sur la crise d'Octobre, il pourrait y en avoir cinq autres. Il y a trop de secrets gardés encore, il y a trop d'énigmes».

Le comédien Benoît Langlais, qui prête ses traits à Jacques Rose dans ce film tourné en noir et blanc, abonde dans le même sens.

Il a lui-même dû faire ses devoirs, enfilant films, documentaires et bouquins avant de débarquer à Percé pour le tournage.

«On espère que les gens vont en discuter. Les événements d'octobre, on n'en parle plus tellement à l'école et tout, mais peu importe de quel côté on se range, juste en parler, ouvrir le débat, je pense que c'est tout à fait positif», suggère l'acteur.

Il a également tenu à rencontrer en chair et en os celui qu'il incarne au grand écran.

En compagnie de son camarade de jeu Vincent-Guillaume Otis, il s'est rendu au domicile de Jacques Rose afin de faire connaissance et de tenter de cerner le personnage. C'était avant le décès de Paul Rose, survenu en mars dernier.

«Ça avait été génial, parce que ça nous avait permis, à moi et à Vincent-Guillaume Otis (qui campe Paul Rose), de voir leur complicité. Ça a été un privilège», se souvient-il.

Benoît Langlais conservera également d'excellents souvenirs des trois semaines passées à Percé pour le tournage de ce film, tout comme son réalisateur, qui s'est non seulement réjoui d'avoir ravivé des souvenirs chez certains habitants de la région, mais aussi d'avoir pu réaliser un premier long métrage depuis Ding et Dong le film (1990).

«Ça a été difficile, toute cette période-là, reconnaît-il. Mais j'ai toujours persisté, je suis très tenace, et je vais en faire d'autres», assure le cinéaste.

Il planche d'ores et déjà sur une adaptation cinématographique du seul roman publié par le défunt auteur-compositeur-interprète Sylvain Lelièvre, Le Troisième Orchestre, paru chez Québec Amérique en 1996.

Le film, qui devrait s'intituler Le joueur de piano, mettra en scène un jeune musicien âgé de 15 ans qui craque pour la mère de son meilleur ami, une violoncelliste de 42 ans.

Mais en attendant, toute l'attention d'Alain Chartrand est dirigée vers la projection de son film, qu'il s'est dit ravi de pouvoir enfin partager avec le public.

«Le 'bébé' est accouché depuis le mois d'avril, mais personne ne l'a vu! Alors là, on a hâte. On est bien contents d'être en compétition officielle au FFM», lance-t-il avec le sourire aux lèvres.

Deux autres réalisateurs québécois courent la chance de mettre la main sur la plus haute distinction du FFM, le Grand Prix des Amériques: Mathieu Roy, pour L'autre maison, et Christian Duguay, à qui l'on doit Jappeloup, une coproduction canado-française.

Le FFM prend son envol jeudi soir avec la présentation du long métrage L'autre maison et se poursuit jusqu'au 2 septembre.

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