POLITIQUE
23/08/2013 11:31 EDT | Actualisé 23/10/2013 05:12 EDT

Pas de guerre des prix avec Verizon, selon Moody's

AP

Le ministre fédéral de l'industrie n'a pas l'intention de céder aux pressions des géants canadiens de la téléphonie du sans-fil qui s'opposent à la possible venue de l'américain Verizon au pays dès 2014.

James Moore défend les vertus de la concurrence et a soutenu, une fois encore jeudi, en entrevue à Radio-Canada, que les consommateurs en tireraient profit.

« Je suis convaincu que la compétition va servir l'intérêt des consommateurs en baissant les prix : on a déjà vu ça dans le passé, dans les derniers cinq ans », a affirmé le ministre, soulignant aussi les bénéfices de la concurrence sur la qualité des services et la présence en région.

Mais selon une étude de Moody's Investment Service, il serait étonnant que Verizon, s'il accède au marché canadien, se lance de sa propre initiative dans une guerre des prix avec Telus, Bell et Rogers.

L'auteur de l'étude estime que le géant américain du sans-fil n'aurait rien à gagner d'une telle approche alors qu'il sera occupé à investir des centaines de millions de dollars pour se bâtir un réseau.

« Ne disposant pas d'un réseau pour absorber des offres au rabais, un nouveau venu n'aurait rien à gagner d'une guerre des prix, car les compagnies établies pourraient alors toujours aller plus bas ». - Rapport Moody's.

L'analyste Bill Wolfe ajoute qu'en plus, les géants canadiens offrent déjà des plans au rabais pour les consommateurs.

Une certaine lutte au niveau des services offerts pourrait cependant avoir lieu, reconnaît-on, notamment pour les consommateurs canadiens qui voyagent souvent aux États-Unis. Mais l'impact global serait marginal.

Pour faire son entrée éventuelle sur le marché canadien, Verizon n'a pas encore tranché entre la possibilité d'acheter un petit joueur canadien comme Mobilicity, Wind Mobile, ou encore Public Mobile, et celle de participer aux enchères de licences de spectre de 700 mégahertz de services cellulaires qui auront lieu en janvier prochain. Voire, les deux approches pourraient être combinées.

Mais d'une façon ou d'une autre, les coûts seront élevés. L'achat d'un seul de ces trois petits joueurs le contraindrait à des investissements d'au moins un milliard de dollars pour en améliorer le réseau et en faire un joueur d'envergure. Et si Verizon voulait prendre de front les géants canadiens en achetant les trois et en améliorant leurs réseaux, le coût dépasserait les 3 milliards.

Sans oublier que si Verizon, fort de ces achats, souhaite s'assurer une expansion, il doit passer par l'achat de spectres.

En somme, Moody's estime que Verizon pourrait réussir son entrée au Canada, mais qu'il lui faudrait au moins cinq ans avant de faire un profit sur ses investissements, pourvu qu'il réussisse à s'emparer d'au moins 15 % d'un marché dominé pour l'instant à 90 % par Bell, Telus et Rogers, tout en tirant de ses clients des revenus similaires à ces trois grands.

Ces derniers ont lancé une offensive dans les médias afin de faire part de leur opposition à l'entrée de Verizon au Canada. Les trois fournisseurs souhaitent que le gouvernement Harper renonce à des règles fédérales qui, déplorent-ils, donneraient à Verizon un avantage injuste.

La capitalisation boursière du géant américain est de 144 milliards de dollars américains, soit deux fois celle des trois Canadiens réunis.

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