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23/08/2013 07:36 EDT | Actualisé 23/10/2013 05:12 EDT

Plusieurs morts dans des explosions à Tripoli, la grande ville du nord du Liban

Twitter/ElissaWaelFa

TRIPOLI (AFP) - Vingt-neuf personnes ont été tuées et 500 blessées vendredi dans un double attentat à la voiture piégée à Tripoli, la capitale du Liban nord théâtre de heurts fréquents entre pro et anti-régime syrien, l'attaque la plus sanglante depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Les deux explosions, qui surviennent une semaine après un attentat qui a fait le 15 août 27 morts dans la banlieue sud de Beyrouth, un fief du Hezbollah chiite, se sont produites à quelques minutes d'intervalles devant deux mosquées sunnites de la ville distantes d'environ 2 kilomètres.

Elles risquent d'exacerber les tensions confessionnelles au Liban, déjà fortes en raison du conflit en Syrie qui divise profondément le pays, placé sous tutelle du voisin syrien durant une trentaine d'années, jusqu'en 2005.

Deux jours avant ce nouvel attentat, l'armée libanaise avait annoncé être désormais en "guerre totale" contre le "terrorisme", affirmant poursuivre depuis des mois une cellule "qui prépare des voitures piégées", dont celle qui avait explosé le 15 août dans le fief du Hezbollah.

Dans la grande ville portuaire à majorité sunnite du Liban nord, les déflagrations ont visé une mosquée dans le centre et une autre près du port, le jour de la prière hebdomadaire, endommageant ces lieux de culte et dévastant le secteur.

Une chaîne locale a montré des images prises par les caméras de surveillance au moment de l'explosion; on voit les fidèles écouter la prière dans la mosquée puis le souffle énorme de l'explosion suivie d'un mouvement de panique avec des gens courant dans tous les sens. Une porte a sauté et les fidèles sortaient en courant du lieu de culte.

Corps carbonisés, manifestation de colère

Le correspondant de l'AFP a vu des corps carbonisés près de la mosquée Al-Taqwa, sur l'une des principales artères de Tripoli, et cinq corps d'enfants retirés d'une mosquée. Des personnes en pleurs étaient à la recherche de leurs proches.

Des dizaines de voitures étaient en feu et une immense fumée noire s'élevait dans le ciel, tandis que des hommes transportaient dans leurs bras des blessés, le visage en sang, et des devantures d'immeubles étaient dévastées.

A la suite des attentats, des centaines de personnes en colère se sont rassemblées près de la mosquée al-Taqwa et ont scandé des slogans hostiles au Hezbollah chiite et au régime Assad.

Les attaques ravivent le douloureux souvenir des attentats à la voiture piégée durant la guerre civile (1975-1990), et le bilan des victimes à Tripoli est le plus sanglant depuis la fin de ce conflit.

Elles interviennent alors que le pays n'a pas de gouvernement depuis cinq mois, en raison des divisions liées à la guerre en Syrie.

Le puissant Hezbollah est engagé depuis des mois dans cette guerre aux côtés du régime du président Bachar al-Assad, contre les rebelles. Il est accusé par ses rivaux au Liban d'avoir entraîné le pays dans une vague de violences qui a touché son propre bastion.

Le parti chiite, qui a accusé des extrémistes sunnites d'avoir commis l'attentat dans son fief le 15 août, a lié ce dernier aux explosions de Tripoli, estimant dans un communiqué qu'ils faisaient partie d'un "plan pour plonger le Liban dans le chaos et la destruction".

Tripoli est régulièrement le théâtre d'affrontements entre sunnites, qui soutiennent en majorité la rébellion syrienne, et alaouites (une branche du chiisme), favorables au régime Assad. La rébellion est formée en grande partie de sunnites.

"Guerre confessionnelle"?

"Les auteurs de la dissension ne veulent pas que les Libanais vivent en paix une seule minute, ils veulent que la machine à tuer fauche la vie d'innocents dans tout le Liban", a réagi Saad Hariri, ex-Premier ministre sunnite et rival du Hezbollah.

Selon, le chef l'armée libanaise, Jean Kahwaji, la cellule recherchée "ne vise pas une région ou une communauté particulière mais cherche à provoquer une dissension confessionnelle en visant des régions différentes tant du point de vue confessionnel que politique".

"Il est clair qu'il y a une volonté de déclencher une guerre confessionnelle au Liban pour détourner l'attention de ce qui se passe en Syrie", indique Hilal Khachane, chef du département de sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth.

Mais "je ne crois pas que le Liban plongera dans une guerre confessionnelle car elle ne bénéficiera à personne", a-t-il ajouté.

Quelques heures avant le double attentat, Israël a lancé un raid aérien sur le sud du Liban en représailles à un tir de roquettes sur son territoire la veille, revendiqué par un groupe lié à Al-Qaïda.